34e édition de L'été de Vaour : festival du rire à travers le spectacle vivant

Pour présenter le festival L'été de Vaour qui se déroule du mardi 6 au dimanche 11 août dans le village de Vaour dans le Tarn, Stéphane Bou, responsable de la programmation de l'événement, a bien voulu répondre aux questions suivantes sous la forme d'un entretien.

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Cédric Lépine : Pouvez-vous présenter l'équipe qui organise L'été de Vaour ?
Stéphane Bou :
3 salariés permanents, 2 personnes prestataires à l’année, 2 volontaires en services civiques, 9 personnes au Conseil d’Administration de L’été de Vaour, une quinzaine d’intermittents du spectacle à la technique et à la logistique et plus de 130 bénévoles pendant le festival.


C. L. : Quelles étaient les intentions à l'origine de la création de ce rendez-vous annuel en 1986 ?
S. B. :
Présenter du spectacle de qualité dans des conditions professionnelles d’accueil technique et d’accueil du public, et dans un esprit convivial.
À l’origine, des liens avec le PRATO à Lille et certains café théâtres parisiens donnent une tendance artistique autour du théâtre burlesque (Yolande Moreau, Romain Bouteille…). Aujourd’hui, l’événement s’est ouvert à tous types de disciplines artistiques (cirque, théâtre, danse, marionnette…) et continue de garder cette ligne artistique autour des écritures originales du rire, et de la mise en valeur de tous ces artistes qui utilisent l’outil d’écriture magnifique qu’est le rire pour ouvrir notre vision du monde, découvrir des sujets complexes de manière décalée, s’intéresser à l’inconnu, à l’autre pour nous remplir d’émotions et de rires mais aussi nous questionner sur nous-mêmes et nous donner envie de prolonger le spectacle, de discuter, d’échanger. L’art comme rassembleur, vecteur d’ouverture au monde, et participant à l’émancipation et au développement du sens critique des individus ainsi qu’au vivre ensemble.
Vous pouvez aussi avoir plus d’informations sur notre site http://www.etedevaour.org/le-festival-ete-de-vaour


C. L. : Quelle est l’identité du festival autour de ces mots-clés que sont : village, théâtre, cirque, spectacles vivants ?
S. B. :
L’été de Vaour est une histoire créée et portée par ses habitants. Aujourd’hui c’est une histoire que l’on partage avec des gens venus de partout en France mais qui veut garder deux grandes valeurs portées depuis le départ : la qualité artistique et la qualité d’accueil, le spectacle dans un esprit de convivialité, en milieu rural.


C. L. : Qui porte la responsabilité de la programmation de L'été de Vaour ?
S. B. :
Je suis le programmateur de l’association.
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rité, une commission musique rassemblant Stéphane Bou, quelques membres de l’association et habitants du territoire a été mise en place pour la programmation musique.


C. L. : Comment la programmation se construit-elle ? Autour de thématiques qui vous sont chères ? Un public que vous pressentez ? Des propositions de compagnie ?
S. B. :
Nous allons voir des spectacles toute l’année, aux quatre coins de la France et des festivals bien sûr.
Nous suivons des parcours de compagnies et d’artistes qui nous sont chers et qui ont traversés l’histoire du festival.
Nous tentons également de découvrir chaque année de nouveaux artistes, nouvelles créations que l’on réussit à faire venir à Vaour (avant qu’ils ne soient plus abordables financièrement pour certains…).
Et toujours nous cherchons à déceler des spectacles qui nous font rire, oui bien sûr, mais qui surtout nous émeuvent, nous racontent quelque chose, nous questionnent.
Et puis, nous cherchons à surprendre ce public curieux qui se rassemble chaque année autour de cette programmation éclectique dont souvent ils ne savent pas grand-chose au moment d’acheter leur billet…
Après, financièrement et techniquement bien sûr, nous sommes contraints, et tout n’est pas possible malheureusement (spectacles en déambulation, grands spectacles de cirque sous chapiteau...).


C. L. : Sentez-vous des attentes de la part du public de certains sujets liés à des problématiques locales ?
S. B. :
Locales, pas spécialement, le public n’étant pas du tout que local, des gens de toute la France et même de plus loin se rassemblent à Vaour autour du spectacle vivant.
En revanche, oui je pense que les publics sont sensibles au fait qu’une bonne partie des spectacles programmés traitent de problématiques actuelles, ouvrent notre regard sur des sujets méconnus et questionnent le monde dans lequel nous vivons...


C. L. : Comment envisagez-vous les efforts à mener pour pérenniser un festival avec toute l’énergie qu’il y a autour, alors que la politique du gouvernement actuel consiste à diminuer les budgets alloués à la culture ? Quels sont vos sources de financements ? Quels sont les appuis politiques ?
S. B. :
Nous continuons d’être soutenus par un certain nombre de partenaires publics : la commune de Vaour, la Communauté de Communes du Cordais et du Causse, le département du Tarn, la Région Occitanie, la DRAC Occitanie.

Mais aussi par des mécènes privés, entreprises ou individuels.

Et puis la SACD, ONDA (Office National de Diffusion Artistique), OARA (Office Artistique de la Région Nouvelle Aquitaine) et différents organismes.

Bien sûr, la fragilité des subventions publiques n’est pas rassurante et effraie, surtout lorsque l’on est sur un village de 350 habitants en milieu rural. En effet, les budgets d’un tel village et d’une si petite communauté de communes ne permettent pas de financer correctement un tel événement. Il faut donc d’autant plus le soutien du Département, de la Région, de la DRAC... En tout cas la qualité du travail qui est menée à Vaour ne saurait être réalisée sans subventions, et nous continuerons donc de défendre notre projet auprès des institutions publiques.
Globalement, comme tout, la culture qui nous restera, ce sera celle pour laquelle les publics et les habitants d’un territoire se battent, celle qu’ils revendiquent, celle à laquelle ils participent, et celle à laquelle ils sont prêts à participer financièrement car les fonds publics ne suffisent plus.
C’est le cas à Vaour pour l’instant, avec une grande proportion de gens du territoire proche parmi les publics, des spectacles complets chaque année et des retours très positifs sur le festival globalement, nous espérons donc un soutien continu et même accru de nos différents partenaires, notamment pour pérenniser les nouvelles actions mises en place (L'été vagabond…).


C. L. : Pouvez-vous définir les enjeux sociaux et économiques de la politique culturelle d'un village comme Vaour ?
S. B. :
Pour un si petit village, un événement comme L’été de Vaour a participé et participe forcément et de manière significative à l’activité économique du territoire, à la vie sociale de celui-ci et a un impact évident sur la démographie et le dynamisme local.
En effet, beaucoup d’artistes et de gens habitent aujourd’hui à Vaour car ils ont découvert le village et le coin lors d’une première visite pendant le festival. Les petits commerces et associations locales tirent un bénéfice non négligeable de leurs activités autour du festival, participant ainsi à la pérennisation de leur activité à l’année.
Et bien sûr, tous ceux qui se sont installés ont participé à l’effort collectif et ont même créé de nouvelles dynamiques sociales et culturelles, affirmant ainsi un territoire riche et vivant où il continue de faire bon vivre et s’installer.


C. L. : Quelles sont vos actions à l'année ?
S. B. :
Festival L’été de Vaour, dont L'été Vagabond en amont du festival.

Saison de spectacles et résidences au Théâtre de la Commanderie et sur le territoire du Cordais et du Causse.

Festival Nect’art à Carmaux (L’été de Vaour assure la programmation et la technique des spectacles), en partenariat avec la ville de Carmaux.

Actions culturelles (ateliers..) en lien avec les écoles et les associations du territoire.


C. L. : Quels sont vos liens avec les artistes et intermittents du spectacle locaux et de la région ?
S. B. :
La majorité des personnes avec lesquelles nous travaillons de manière salariée sont des habitants du territoire ou des bénévoles d’hier, qui viennent et reviennent depuis des années au festival.
Bien sûr, nous suivons les actualités des compagnies et artistes professionnels du territoire. À titre d’exemple, la compagnie Zampanos, installée à Penne, est programmée cette année au festival avec sa nouvelle création et nous accueillerons Cridacompany en résidence en septembre au Théâtre de la Commanderie.


C. L. : Comment pourriez-vous présenter l’édition 2019 de L'été de Vaour autour de sa programmation ?
S. B. :
Une édition où l’on retrouve des habitués du festival : Jérôme Rouger et son impertinent abécédaire de la séduction, mais aussi Les GüMs qui nous avait ravis avec leur spectacle Stoïk il y a quelques années et qui reviennent avec leur nouvelle création KäLk, Joblard qui était venu il y a 15 ans avec Mazout et NeutronAmi Ami d’Hélène Ventoura est également une nouvelle création.

Un spectacle an anglais (sous-titré en français!) avec
Meet Fred de la compagnie Hijinx Theatre & Blind Summit où même les anglophones peuvent profiter du festival.

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