Le mystère de l’adolescence sur le banc des accusés

Au tribunal de la cour d’assise de Nantes, Lise Bataille, 18 ans, est jugée en tant qu’unique accusée de l’assassinat de sa meilleure amie deux ans plus tôt.

"La Fille au bracelet" de Stéphane Demoustier © Le Pacte "La Fille au bracelet" de Stéphane Demoustier © Le Pacte
Sortie DVD : La Fille au bracelet de Stéphane Demoustier

À peu de distance dans le temps, deux cinéastes ont été inspirés par le même fait divers qui s’est déroulé en Argentine et tous deux en ont proposé une adaptation distincte. Alors qu’Acusada de Gonzalo Tobal développait une mise en scène entièrement dévouée à la tradition du film de procès en insistant aussi bien sur le thriller que la tension psychologique sur fond de lutte de classe, La Fille au bracelet prend l’exact contrepoint en refusant toute explication psychologique et en désamorçant les ressources qui font la fascination d’un film de procès. Stéphane Demoustier met tout d’abord au centre de son récit le mystère de l’adolescence autour du personnage de cette jeune femme mutique portée avec maestria et forte subtilité par Melissa Guers pour sa première interprétation au cinéma.

La résolution du meurtre importe bien moins que la mise en scène de la justice en France avec notamment une avocate générale, jeune, belle et dynamique mais profondément réactionnaire dans son choix délibéré de construire son accusation dans la condamnation de la liberté sexuelle de l’accusée. La justice semble tourner à vide dans cette architecture de tribunal conçue par Jean Nouvel, la lumière grisâtre omniprésente tout au long du film qui fige chaque personnage dans une solitude profonde. La famille n’est pas ici le foyer chaleureux attendu et l’incarnation de la justice semble totalement à côté de sa prétendue impartialité. Ce procès vise finalement à confronter deux mondes opposés qui ont du mal à se réconcilier autour du dialogue : les adultes face à l’adolescence. Quant au spectateur, face à cette distance vis-à-vis de chaque personnage qui semble s’être exclu de sa responsabilité à l’égard du corps social, le réalisateur lui propose d’épouser le rôle du membre du jury invisible à l’écran. C’est avec une grande sobriété dans ses choix de mise en scène que Stéphane Demoustier réalise un film pudique, discret et qui vient pointer du doigt une inquiétante étrangeté du côté d’une jeunesse fantasmée, violentée par son exposition médiatique mais toujours incomprise dans sa singularité.

 

 

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La Fille au bracelet
de Stéphane Demoustier
Avec : Melissa Guers (Lise Bataille), Roschdy Zem (Bruno Bataille), Chiara Mastroianni (Céline Bataille), Annie Mercier (l'avocate de Lise), Anaïs Demoustier (l'avocate générale), Mikaël Halimi (Nathan), Carlo Ferrante (l'avocat des parties civiles), Pascal-Pierre Garbarini (le président du tribunal), Paul Aïssaoui-Cuvelier (Jules Bataille), Anne Paulicevich (la mère de Flora), Jean-Louis Dupont (le grand-père de Flora)
France, Belgique, 2019.
Durée : 95 min
Sortie en salles (France) : 15 février 2020
Sortie France du DVD : 29 juillet 2020
Format : 1,66 – Couleur
Langue : français - Sous-titres : français.
Éditeur : Le Pacte

Bonus :
Entretien avec Stéphane Demoustier (28’)
Scènes coupées commentées par Stéphane Demoustier et Damien Maestraggi (10’)
Essai de Mélissa Guers (4’)
Bande-annonce

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