Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
Abonné·e de Mediapart

2539 Billets

6 Éditions

Billet de blog 4 déc. 2022

Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
Abonné·e de Mediapart

"Peter von Kant" de François Ozon

Cinéaste allemand de renommée internationale, Peter von Kant s'éprend du charme du jeune Amir et devient son Pygmalion, s'abîmant dans son désir, ses demandes d'affection et de domination.

Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Sortie DVD : Peter von Kant de François Ozon

Film gigogne à plus d'un titre, la nouvelle réalisation du très productif et toujours inspiré François Ozon est une déclaration d'amour à sa figure tutélaire au cinéma comme au théâtre : le cinéaste et metteur en scène Rainer Werner Fassbinder. En hors champs contextuel de la réalisation du film, la période de confinement du covid est un fantôme omniprésent autant que la figure de l'artiste disparu. Ainsi, les contraintes de la pandémie invite le cinéma à fusionner avec la mise en scène théâtrale où l'histoire est un huis clos passionnel se déroulant presque intégralement à l'exception de quelques scènes de transition dans l'appartement du personnage éponyme.

Illustration 1
Peter von Kant de François Ozon © Diaphana

François Ozon ne se contente pas de filmer une pièce de théâtre : il ouvre en permanence les portes d'un dialogue constant entre cinéma et théâtre, autant qu'une réflexion comme forme artistique de mise en miroir du rapport de l'art à la vie, l'artiste démiurge et Pygmalion devenant un ogre avide d'émotions et de tendresse dans un monde extérieur incertain dont il ne cesse de se protéger. La figure géniale de Rainer Werner Fassbinder est à cet égard parfaite pour inscrire toutes les problématiques personnelles de François Ozon dans son désir réjouissant de célébrer la force du récit à travers la mise en scène cinématographique.

Le cinéaste allemand est interprété avec une totale implication savoureuse par Denis Ménochet qui a su prendre du recul avec le mimétisme documentaire de ce que fut Fassbinder tout en créant un lien de continuité en touchant à son essence. Ozon est assurément le cinéaste parfait, peut-être aussi avec Christophe Honoré mais pour d'autres raisons, pour convoquer l'âme artistique de la sensibilité réflexive de Fassbinder.

Dans un décor où tout fait sens, les images qui entourent Peter von Kant autant qu'elles forment son foyer-refuge, deviennent la projection de ses fantasmes prises comme autant d'icônes sacrificielles à l'instar de l'érotisme d'un amant figuré en sacrifice de Saint Sébastien à la manière picturale de Mantegna. L'art devient alors l'outil pour faire naître le désir autant que le sublimer au-delà des limites temporelles d'une histoire d'amour.

Ainsi, dans cette problématique sont convoquées d'autres figures féminines autour de l'artiste, de l'actrice qu'il a révélé (Sidonie von Grassenabb joué par Isabelle Adjani avec un détachement autoréflexif sur les icônes féminines), à la mère qui l'a fait naître (figure originelle dont l'interprétation d'Hanna Schygulla est aussi une invitation métacinématographique à convoquer le Fassbinder qui la dirigée) sans oublier la fille dont il doit jouer la responsabilité paternelle dont des enjeux sociaux. Toutes ses figures qui traversent la scène de sa vie sont autant d'émanations de son inconscient qui lui rappellent ses engagements affectifs en dehors du lieu clos de son intériorité où il a tendance à s'enfermer en se cachant dans une extravagance manipulatrice et souvent toxique pour son entourage. Une mise en abyme fascinante invoquant divers horizons artistiques entre cinéma et théâtre dans une symbiose parfaite subtilement mise en lumière par une palette chromatique à l'unisson des émotions.

Illustration 2

Peter von Kant
de François Ozon
Avec : Denis Ménochet (Peter von Kant), Isabelle Adjani (Sidonie von Grassenabb), Khalil Ben Gharbia (Amir Ben Salem), Hanna Schygulla (Rosemarie), Stefan Crepon (Karl), Aminthe Audiard (Gaby)
France, Belgique, 2022.
Durée : 82 min
Sortie en salles (France) : 6 juillet 2022
Sortie France du DVD : 8 novembre 2022
Format : 2,35 – Couleur
Langue : français.
Éditeur : Diaphana

Bonus :
Making of avec Hanna Schygulla (11’58”)
Entretien avec François Ozon et les interprètes (10’34”)
Essais costumes et lumière (3’23”)
Essais Amir par Peter Von Kant (2’38”)
Photos d’Amir (1’42”)
Photos de Sidonie (2’34”)
Projets d’affiche (1’58”)
« Quand la peur dévore l’âme », mashup Sirk/Fassbinder de François Ozon (2007, 25’08”)
Bande-annonce (0’52”)

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans Le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte