Cinquante ans plus tôt, Paris selon la Nouvelle Vague

En pleine effervescence de la Nouvelle Vague, Barbet Schroeder, ami de la bande des Cahiers du Cinéma et lui-même collaborateur de la revue, souhaite célébrer ledit mouvement cinématographique en produisant un film à sketches.

"Paris vu par… " © Éditions Montparnasse "Paris vu par… " © Éditions Montparnasse

À propos de l'édition DVD : Paris vu par…

En pleine effervescence de la Nouvelle Vague, Barbet Schroeder, ami de la bande des Cahiers du Cinéma et lui-même collaborateur de la revue, souhaite célébrer ledit mouvement cinématographique en produisant un film à sketches, autrement dit six courts métrages réalisés par Jean Douchet, Jean Rouch, Jean-Daniel Pollet, Éric Rohmer, Jean-Luc Godard et Claude Chabrol. Même si le film est une célébration de la Nouvelle Vague, celle-ci est en train de se terminer, le film devenant davantage un hommage cinématographique où une personnalité pourtant centrale comme François Truffaut est absente. Il n’empêche que Chabrol, Godard et Rohmer sont là, associés au critique de cinéma Jean Douchet, au père spirituel de la Nouvelle Vague Jean Rouch, et le poète indépendant du cinéma qu’est Jean-Daniel Pollet. Le casting des cinéastes s’équilibre ainsi entre une moitié, incarnation officielle du mouvement et l’autre moitié qui offre une ouverture à celle-ci. C’est aussi avant tout un projet important qui lance les ambitions de cinéma de Barbet Schroeder qui crée pour l’occasion sa société de production Les Films du Losange alors qu’il n’avait que 22 ans, dans le but de soutenir ses propres amis, Éric Rohmer en tête dont il a produit tous ses longs métrages des années 1960 et 1970 (à l’exception du Signe du lion). Il apparaît même en tant qu’acteur dans le film de Jean Rouch. L’idée de ce type de production associant le style de cinéastes émérites au service d’une présentation spécifique d’un quartier de Paris, sera ainsi reprise vingt ans plus tard avec le bien nommé Paris vu par… 20 ans après (1984) et encore vingt ans plus tard avec Paris je t’aime (2006), projet qui s’est internationalisé avec la franchise Cities of Love : New York, I Love You (2008), Tbilisi, I Love You (2014), Rio, Eu Te Amo (2014) qui seront suivis de Shanghai, I Love You, Berlin, I Love You, Rotterdam, I Love You.
La production de Paris vu par… est à cet égard un projet novateur aux longues répercussions qui avait pour ambition de tenter de réunir une « famille » de cinéma, comme il en était question quelques années plus tôt avec le film à sketches Les Sept péchés capitaux (1962). Chaque cinéaste s’empare du projet avec une réelle implication doublée d’un subtile sens de l’humour, meilleure politesse pour répondre à une commande de la part des cinéastes auteurs de la Nouvelle Vague. Non seulement les films sont unis par un sens de la dérision, proche de la légèreté badine chez Godard, à l’explosion des situations cocasses née de la confrontation de personnages antithétiques chez Jean-Daniel Pollet, jusqu’à l’humour caustique et cruel cher à Claude Chabrol à l’égard de la bourgeoisie, mais l’un des thèmes central de chaque scénario est systématiquement associé aux relations entre un homme et une femme dans une sphère privée, qu’il s’agisse de couples officiels ou plus éphémères. L’humour naît de cette vision plutôt critique des rapports hommes/femmes au début des années 1960 alors que la révolution des mœurs tarde encore à s’affirmer dans la société. Aucune réalisatrice ne participe à cette vision des rapports entre sexes, aussi il n’est pas étonnant que le regard soit bel et bien orienté du côté d’un genre plutôt qu’un autre, même si les hommes ne sont pas montrés sous leur meilleur jour, bien au contraire. Les cinéastes les plus consciencieux à traduire l’atmosphère et la géographie du quartier sont Jean Douchet et Éric Rohmer, certainement plus proches des intentions du producteur. Il en résulte un portrait vivifiant d’une communauté de cinéastes comme l’on prend plaisir à feuilleter un album de famille avec qui plus est le plaisir de découvrir les quartiers de Paris un demi-siècle plus tôt.

 

 

 

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Paris vu par…
Saint-Germain des Prés de Jean Douchet
Avec : Barbara Wilkind, Jean-François Chappey, Jean-Pierre Andréani

Gare du Nord de Jean Rouch
Avec : Nadine Ballot, Barbet Schroeder, Gilles Quéant

Rue Saint Denis de Jean-Daniel Pollet
Avec : Claude Melki, Micheline Dax

Place de l’Étoile d’Éric Rohmer
Avec : Jean-Michel Rouzière, Marcel Gallon

Montparnasse et Levallois de Jean-Luc Godard
Avec : Johanna Shimkus, Philippe Hiquily, Serge Davri

La Muette de Claude Chabrol
Avec : Stéphane Audran, Claude Chabrol, Gilles Chuseau

 

France – 1965.
Durée : 91 min
Sortie en salles (France) : 19 mai 1965
Sortie France du DVD : 2 mai 2017
Format : 1,33 – Couleur
Langue : français.
Éditeur : Éditions Montparnasse

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