La foi à grand spectacle selon Cecil B. DeMille

Après que Jérusalem a été pris par les armées de Saladin au nom de l’Islam et que les chrétiens sont réduits à l’esclavage, les rois chrétiens d’Europe se mobilisent pour partir en croisade avec leurs armées. Peu motivé et moyennement croyant, Richard Cœur de Lion part à l’aventure.

"Les Croisades" (The Crusades) de Cecil B. DeMille © BQHL "Les Croisades" (The Crusades) de Cecil B. DeMille © BQHL
Au sujet de l’édition Blu-ray : Les Croisades de Cecil B. DeMille

Réalisé en 1935, ce film est une parfaite illustration du cinéma de Cecil B. DeMille qui a repris le flambeau du cinéma à grand spectacle initié dans les années 1910 par Griffith. La reconstitution historique des croisades est un sujet propice au réalisateur pour mettre en scène ses grands décors, ses batailles spectaculaires, ses milliers de figurants en mouvement devant sa caméra autour d’une apologie du christianisme. Toutefois, l’histoire évite le manichéisme des gentils chrétiens contre des méchants musulmans, en mettant en valeur le charisme et la sagesse de Saladin et prônant en dernier recours la paix entre les deux peuples. Les véritables méchants de l’histoire sont des chrétiens de la cour de France et d’Angleterre fomentant la traîtrise afin de s’assurer leur propre pouvoir. Néanmoins, la représentation des deux religions n’est pas également traitée puisque, par exemple, les manifestations de la foi ne sont que chrétiennes : le film invite à la tolérance religieuse, certes, mais pas à la considération sur un même pied d’égalité de chaque confession. De plus, le film débute avec des autodafés des soldats de Saladin à l’égard des livres chrétiens filmés en gros plan pour souligner la violence de cette victoire armée : quand on sait ce qui se passe à la même époque en Allemagne nazie où les autodafés se multiplient, cette image n’est pas anodine, faisant des musulmans rien moins que des nazis, malgré le potentiel message œcuménique, qui s’affirme ainsi plus dans la forme des intentions que dans le fond du message.

Quant à l’histoire, elle est concentrée sur le personnage de Richard Cœur de Lion qui se présente au départ comme un grand adolescent va-t-en-guerre, incapable d’assumer ses responsabilités politiques, fuyant une sexualité potentielle autour de la promesse d’un mariage, éloigné de la foi religieuse… Tout l’enjeu du film consistera dès lors à transformer ce personnage, à l’instar de Ben-Hur, en un chef d’armé courageux, en amoureux transi et surtout en fidèle serviteur de la chrétienté. Le message est clairement idéologique et cet appel à la croisade est aussi à lire dans le contexte des années 1930 où l’Europe est déjà en guerre pour de nombreux pays. Dans l’Amérique du président démocrate Roosevelt, le républicain Cecil B. DeMille propose ainsi un autre regard sur les décisions géopolitiques de son pays. Le respect des événements historiques des croisades (la troisième croisade se mêle avec des événements de la première) n’est pas sa priorité, ni même la direction d’acteurs, lesquels s’enferment dans des jeux d’une théâtralité flamboyante extrêmement démonstrative, dont le lyrisme excessif est un véritable handicap pour recevoir et partager la psychologie de leurs personnages. Il en reste un film spectacle aux grands moyens matériels et humains qui caractérise rétrospectivement les réalités de l’industrie du cinéma hollywoodien des années 1930, qui débuta avec la crise de 1929 pour se terminer avec des budgets toujours plus dispendieux au service du spectacle grandiose et flamboyant dont le point d’orgue peut être représenté par Autant en emporte le vent (Gone with the Wind, 1939). En bonus de cette édition figure un livret de quelques pages présentant le contexte de la réalisation du film.

 

les-croisades-3573310010276-0
Les Croisades
The Crusades
de Cecil B. DeMille
Avec : Loretta Young (Bérangère de Navarre), Henry Wilcoxon (Richard Cœur de Lion), Ian Keith (Saladin), Charles Aubrey Smith (l'ermite), Katherine DeMille (la princesse Alice de France), Joseph Schildkraut (Conrad de Montferrat), Alan Hale (Blondel, le troubadour), C. Henry Gordon (Philippe II de France), George Barbier (Sanche VI de Navarre), Montagu Love (le forgeron), Lumsden Hare (le comte Robert de Leicester), William Farnum (Hugo, duc de Bourgogne), Pedro de Cordoba (Karakush), Mischa Auer (le moine), Albert Conti (Leopold, duc d'Autriche), Fred Malatesta (Guillaume, roi de Sicile)
USA – 1935.
Durée : 125 min
Sortie en salles (France) : 18 octobre 1935
Sortie France du Blu-ray : 28 novembre 2019
Format : 1,85 – Noir & Blanc
Langue : anglais - Sous-titres : français.
Éditeur : BQHL Éditions


Bonus :
livret

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.