De la photographie au cinéma : Lucien Clergue

Le photographe arlésien Lucien Clergue, cofondateur des Rencontres d'Arles, a également été un cinéaste très inspiré sous l'impulsion du producteur prolifique de la Nouvelle Vague : Pierre Braunberger.

 © Lucien Clergue © Lucien Clergue

Au sujet de l'édition DVD : Lucien Clergue, cinéaste

Cette édition DVD de Doriane sortie un an après la mort de Lucien Clergue, permet de découvrir le cinéaste que le célèbre photographe a été autour de huit courts métrages réalisés entre 1965 et 1971. Tout commence avec le thème de la tauromachie qui rappelle notamment ses liens avec Picasso, avec Drame du taureau (1965) et Linares - 17 ans torero (1966) qui constituent un diptyque, poursuivi incidemment avec son film consacré à l'artiste éponyme Mario Prassinos (1968) où l'animal cornu apparaît également. Les premiers pas de Lucien Clergue dans le cinéma sont dans ses premiers films d'ores et déjà bien affirmés, à travers notamment une présence photographique, difficile d'en être surpris, très forte. En filmant en l'occurence au plus près un taureau promis à un prompt sacrifice où les êtres humains sont des figures menaçantes et cruelles dans leur obsession de la mort, Lucien Clergue s'inscrit alors dans les meilleurs documentaires contemporains d'Alain Resnais, d'Agnès Varda ou encore de Georges Franju avec notamment avec Le Sang des bêtes (1949). Le taureau victime sacrificielle est ici le véritable protagoniste de ce film comme le jeune torero dans Linares - 17 ans torero (1966). Tous deux constituent les victimes innocentes au sein d'une mise en scène qui les dépasse et qui répond au désir ambigu de mort d'une société, que l'on retrouve d'ailleurs dans les décisions d'un gouvernement de déclarer la guerre à une nation étrangère. De là à considérer le jeune torero comme un jeune circonscrit, chair humaine sacrifiée dans la folie de la politique coloniale en Algérie, il n'y a qu'un pas qu'il est aisé de franchir dans cette lecture politique possible de ce film. Car rien n'est innocent dans les récits filmiques mis en scène ici par Lucien Clergue et l'on voit progressivement comment il parvient à s'affranchir de la voix off compassée du narrateur pour explorer plus librement son propre univers artistique où le cinéma devient le véritable pendant de sa sensibilité photographique. Ainsi, Le Phare (1967), Delta du sel (1967), Sables (1969), Voyage en Camardie (1971) sont de véritables odyssées visuelles poétiques des éléments naturels et minéraux en Camargue, le cinéaste-photographe saisissant dans son mouvement les nuances et variations de la lumière sur la matière, dans une symphonie élémentaire servie par un montage, base de sa grammaire scénaristique, en dialogue constant avec une bande-sonore en véritable osmose expressive avec le mouvement des images. Avec ces films, Lucien Clergue s'inscrit aussi dans l'histoire du cinéma expérimental en pleine effervescence au niveau mondial dans ces années 1960-1970.

 

 

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Lucien Clergue, cinéaste
Un programme des courts métrages réalisés par Lucien Clergue comprenant :
Drame du taureau (1965),10 min, noir et blanc (Prix Louis Lumière 1966)
Sous-titrage pour sourds et malentendants et audiodescription
Linares - 17 ans torero (1966), 13 min, couleur
Dans Arles où sont les Alyscamps ? (1966), 10 min, noir et blanc
Le Phare (1967), 5 min, couleur
Delta du sel (1967), 8 min, couleur (sélection Festival de Cannes 1968)
Mario Prassinos (1968), 11 min, couleur
Sables (1969), 6 min, couleur
Voyage en Camardie (1971), 8 min, couleur


Durée totale du DVD : 71 min
Sortie France du DVD : 26 novembre 2015
Langue : français.
Éditeur : Doriane Films


 

 

 

 

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