Un western belge mis en scène par les frères Dardenne

Sortie DVD de Deux jours, une nuit, de Luc et Jean-Pierre Dardenne

Sandra a été licenciée de son entreprise. La seule possibilité pour elle de réintégrer son équipe est de pouvoir convaincre ses collègues est de voter pour son retour, ce qui implique la renonciation à leur prime personnelle. Elle a deux jours et une nuit pour les convaincre.

 

 © Diaphana © Diaphana

Les frères Dardenne continuent le développement de leur univers cinématographique avec patience et conviction dans Deux jours, une nuit. Le sujet, la manière de raconter, la mise en scène, l’esthétique… tout fait de ce film une œuvre des frères Dardenne sans le moindre doute. Il y a donc un réel plaisir pour les spectateurs qui affectionnent leur cinéma de les retrouver. La surprise est ici de voir apparaître dans le rôle principal Marion Cotillard. Ce n’est pas la première fois que les cinéastes confient l’interprétation d’un personnage incarnant la condition ouvrière à une actrice de notoriété nationale puisque c’était déjà le cas avec Cécile de France dans Le Gamin au vélo. Mais avec Marion Cotillard, ils touchent une notoriété internationale, diffusant par conséquent un message à portée mondiale à partir d’un drame du quotidien dans une petite banlieue ouvrière de Belgique. Même si au fil de leurs films depuis La Promesse en 1992 Luc et Jean-Pierre Dardenne restent fidèles au réalisme social, leur cinéma penche de plus en plus vers une œuvre de pure fiction, à la limite du cinéma de genre. Ainsi, Deux jours, une nuit s’apparente au western par son rythme se développant autour d’un règlement de compte final après une longue traversée pour le personnage principal confronté à ses propres doutes et au manque de soutien de son entourage au moment où il lui faut affronter un redoutable ennemi : on retrouve ici la trame du western Le Train sifflera trois fois de Fred Zinnemann. Cette traversée du genre est plutôt réussie, pertinente et efficace : le film tient aisément en haleine le spectateur.

Son propos n’est pas non plus un prétexte à faire un film de genre, bien heureusement. Les frères Dardenne se plongent toujours avec un sincère intérêt dans la société contemporaine et plus particulièrement sur les conséquences déshumanisantes des nouvelles règles du monde du travail pour ceux qui les subissent. Dans Le Train sifflera trois fois, le personnage principal avait au moins l’avantage de représenter la loi en tant que shérif : il peut dès lors, même si beaucoup l’abandonnent à son triste sort, avoir la conviction d’agir pour l’ensemble de sa communauté au nom de l’ordre, de la loi et de la justice. Sandra, interprétée avec conviction par Marion Cotillard, n’a au départ aucun statut qui lui donnerait une prédominence dans sa communauté. Bien au contraire, par sa fragilité elle a été très vite marginalisée par son entourage. Même si son combat personnel sera aussi au bénéfice des autres, ceux-ci n’en ont aucune conscience et préfèrent s’enfermer dans des préoccupations individualistes ou pour le moins microfamiliales. En posant un machiavélique choix aux employés, le monde de l’entreprise pousse encore davantage la déshumanisation de l’individu en annihilant en eux toute manifestation de solidarité. La toile de fond de cette histoire, au-delà de la confrontation avec l’ennemi juré, source d’angoisse pour Sandra, est bien la cruauté sans nom de l’économie de marché moderne où chacun s’enferme sur lui-même. Heureusement, les frères Dardenne sont des humanistes qui croient fondamentalement à leurs personnages et en évitant tout ressort non crédible, offrent avec leur film un émouvant hommage à toutes celles et ceux qui osent encore lutter.

 

 

Deux jours, une nuit

de Luc et Jean-Pierre Dardenne

Avec : Marion Cotillard (Sandra), Fabrizio Rongione (Manu), Pili Groyne (Estelle), Simon Caudry (Maxime), Catherine Salée (Juliette), Baptiste Sornin (M. Dumont)

Belgique, Italie, France - 2014.

Durée : 92 min

Sortie en salles (France) : 21 mai 2014

Sortie France du DVD : 1er octobre 2014

Format : 1,85 – Couleur

Langue : français.

Éditeur : Diaphana

Bonus :

Les frères Dardenne (14’)
Marion Cotillard (11’)
Fabrizio Rongione (13’)

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