Alexandre Dumas adapté par Michel Audiard

D’Artagnan arrive à Paris avec la ferme intention de se faire une place auprès des mousquetaires du roi. Dès son arrivée, il provoque en duel Athos, Porthos et Aramis.

"Les Trois mousquetaires" d’André Hunebelle © DR "Les Trois mousquetaires" d’André Hunebelle © DR

Sortie du combo Blu-ray / DVD : Les 3 mousquetaires d’André Hunebelle

Depuis les débuts du cinéma, de part et d’autre de l’Atlantique, Les Trois mousquetaires d’Alexandre Dumas a énormément inspiré les producteurs comme les réalisateurs de tous poils, en commençant par Georges Méliès en 1903 avec Les Mousquetaires de la reine, sous oublier l’incarnation tutélaire du film de cape et d’épée qu’est Douglas Fairbanks, en passant par des adaptations mexicaine, italienne, à plusieurs reprises hollywoodiennes, en passant par la parodie de Max Linder, des Charlots et la réappropriation par le cinéma d’auteur de Bertrand Tavernier avec La Fille de D’Artagnan (1994). Presque chaque décennie de l’histoire du cinéma a donc été marquée par une adaptation de la célèbre œuvre littéraire de Dumas, jusqu’à l’expérience la plus récente en 3D de Paul W.S. Anderson (2011). Au centre d’un siècle d’histoire de cinéma international, se trouve donc cette adaptation franco-italienne des 3 mousquetaires, réalisée par André Hunebelle, dont les films durant les années 1950 et 1960 se situent parmi les plus grands succès au box-office : Le Bossu (5 826 584 entrées), Les 3 mousquetaires (5 354 739 entrées), Fantômas, etc. Ainsi Hunebelle caractérise toute une époque, le cinéma d’aventure « à la française », à travers tout un savoir-faire qui sera longuement décrié par les critiques cinéastes de la Nouvelle Vague sous le terme dépréciatif du « cinéma de papa ». Et il est vrai que Les 3 mousquetaires d’André Hunebelle se cache paresseusement derrière l’adaptation littéraire, se contentant de mettre en images une histoire qui a déjà fait ses preuves auprès du public. Côté aventure et chorégraphie des combats, on est loin du plaisir que peut procurer une interprétation à la Douglas Fairbanks ou Errol Flynn, tant les interprètes des mousquetaires, Georges Marchal en tête, sont peu dynamiques aussi bien dans les scènes de combat que dans les dialogues amoureux ou conflictuels avec les autres personnages. La direction d’acteurs à cet égard laisse complètement à désirer, le metteur en scène ayant oublié ses responsabilités sur le tournage. Le seul personnage dynamique repose sur les épaules de Bourvil qui révèle aussi par ses ressorts comiques que le réalisateur prend un malin plaisir à mettre en scène, que l’histoire originale de Dumas n’a guère inspiré Hunebelle même, comme si l’œuvre littéraire était un produit marketing comme un autre pour rencontrer son public. Dès lors, le film repose à la fois sur le personnage du valet débrouillard incarné avec soin Bourvil qui ne manque pas d’exprimer une pincée de rébellion prérévolutionnaire dans un monde de soumission, ainsi que sur un scénario et des dialogues écrits par… Michel Audiard. C’est précisément là que se trouve plus de soixante ans après sa réalisation la plus-value du film. En effet, les textes du narrateur en voix off sont finement ciselés, toujours marqués d’une ironie profonde, un plaisir des mots qui flirte parfois avec l’œuvre de Sacha Guitry. La misogynie dominante de l’époque, surtout à travers un film de genre où la virilité et l’esprit troupier du monde en vase clos de la bêtise masculine enfermée sur elle-même qu’incarne la troupe des mousquetaires, se reflète sans complexe aucun à travers les dialogues, les situations et une direction d’acteurs où les femmes sont expressément le faire-valeur des hommes. En 1953, le cinéma de cape et d’épée selon Hunebelle est l’ambassadeur de la qualité cinématographique française dans tout ce qu’elle a de conservatrice et il faudra attendre les premières explorations passionnées de Bertrand Tavernier dans les années 1970 avec Que la fête commence pour donner un nouveau souffle au cinéma de genre.
L’excellente restauration du film permet d’apprécier Les 3 mousquetaires d’André Hunebelle dans ce qu’il peut exprimer de son époque et comprendre les différentes propositions cinématographiques durant cette décennie de transition.

 

 

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Les 3 mousquetaires
d’André Hunebelle
Avec : Georges Marchal (D'Artagnan), Bourvil (Planchet, valet de D'Artagnan), Danielle Godet (Constance Bonacieux), Georges Chamarat (M. Bonacieux), Yvonne Sanson (Milady de Winter), Gino Cervi (Porthos), Jean Martinelli (Athos), Jacques François (Aramis), Louis Arbessier (le roi Louis XIII), Renaud Mary (le cardinal de Richelieu), Jean Parédès (le comte de Wardes), Paul Demange (l'aubergiste de Beauvais), Marie Sabouret (la reine Anne d'Autriche), Jean-Marc Tennberg (le comte de Rochefort), Félix Oudart (M. de Tréville), Steve Barclay (le duc de Buckingham), Claude Dauphin (le narrateur), Charles Bouillaud (l'aubergiste de Calais), Lucien Frégis (un aubergiste), Nicole Gamma (une servante), Alain Bouvette (Lubin, valet du comte de Wardes), Danielle Dumont (la servante de Meung), Florence Arnaud (une dame de la cour), Françoise Prévost (Ketty, dame de compagnie de Milady), Geneviève Morel (la marchande de poulets), Nicole Guezel (une servante), Marcel Perès (un geôlier), Roger Saget (un aubergiste), André Wasley (le capitaine), Jacques Legras (un garde de Rochefort), Gaston Orbal (M. de Soisson), Bernard Musson (un laquais), Louis Velle (un garde du cardinal assommé), Jean Poiret (un garde du cardinal), Nicole Guézel (une servante)

France, Italie – 1953.
Durée : 111 min
Sortie en salles (France) : 7 octobre 1953
Sortie France du DVD : 22 novembre 2017
Format : 1,37 – Couleur
Langue : français .
Éditeur : Pathé

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