Marcel Hanoun face au temps, en quatre saisons

Dans ce coffret édité par Re:Voir sont regroupés les quatre longs métrages réalisés par Marcel Hanoun entre 1968 et 1972 : "L’Été", "L’Hiver", "Le Printemps" et "L’Automne". Une redécouverte d’un cinéaste créateur complet qui transfigure le passage du temps comme l’éternité même du cycle des saisons.

"L'Automne" de Marcel Hanoun © Re:Voir "L'Automne" de Marcel Hanoun © Re:Voir

À propos de l’édition du coffret DVD : Les Saisons, une tétralogie de Marcel Hanoun

Plus d’une décennie après avoir commencé à s’emparer de l’objet cinématographique, Marcel Hanoun débutait en 1968 un projet ambitieux s’il en est, celui d’une tétralogie consacrée aux saisons à l’instar de ce qu’avait pu réaliser de son côté en musique Vivaldi. Comme nul autre cinéaste, Marcel Hanoun relève le défi de toucher la puissante expression de la composition musicale pour adapter le cycle abstrait des saisons. Comme il ne cesse de le répéter dans L’Automne à travers la bouche de son acteur fétiche Michael Lonsdale jouant le rôle d’un cinéaste en plein montage de son film : « adapter c’est trahir ». La trahison devient une véritable essence de la création, au sens de l’indépendance d’esprit, loin de la dépendance de la plupart des films de la Nouvelle Vague à la même époque. Marcel Hanoun se situerait alors à la confluence des univers cinématographiques de Robert Bresson et de Jean-Luc Godard, tout en traçant une œuvre qui n’appartient qu’à lui, réussissant à se libérer du faux prétexte du récit sempiternellement répété comme structure initiale donnant naissance à un long métrage. Il ambitionne, toujours comme son personnage l’avoue dans L’Automne, de faire vivre son film par l’âme de sa forme sans se reposer par un prétendu sujet de récit. En cela, il touche l’essence créatrice fondamentale qui conduit une saison à en produire une autre, sans intervention humaine, loin de cet esprit cartésien où le récit de toute chose est préalablement déterminé. Pour cette raison, le cinéma de Marcel Hanoun est intrinsèquement brechtien, détournant la dynamique de la société du spectacle que son contemporain Guy Debord (La Société du spectacle, 1967) épinglait alors tout autant qu’Alain Baudrillard (La Société de consommation, 1970). Ainsi, pour parler de politique sans en faire de la pornographie, au sens où l’on montre l’acte en gros plan sans saisir tous les ressorts de l’énergie qui font se rencontrer deux trajectoires humaines, son premier film de la tétralogie, L’Été, réalisé en août 1968, traite des événements de Mai 1968, dans une maison à la campagne, loin de toute l’énergie des étudiants et des ouvriers parisiens, ainsi que de la violence soviétique de l’URSS suite à l’effervescence du Printemps de Prague, saison marquée par l’espoir du renouveau. Ainsi, Marcel Hanoun se refuse « à la pornographie du cinéma politique » pour toucher la sincérité d’un cinéaste témoin de son temps, libre de saisir avec lucidité les motivations de son temps en sondant l’âme créatrice, qu’elle est pour nom Histoire ou qu’elle soit incarnée sous les traits d’un personnage de cinéaste. À l’instar de ses personnages, Marcel Hanoun prend toujours le recul nécessaire pour analyser la situation historique tout autant que le film en train de se faire dans chacun de ses films. S’il est question de saison, ce n’est jamais ici en paraphrasant les prétendus codes de la nature : l’hiver n’est pas symbolisé par la neige et le printemps par les arbres en fleur, quant au solaire été, il est filmé en Noir & Blanc, sans parler de l’automne dont la très grande majorité des plans sont filmés à l’intérieur d’un studio de montage ! Ce que l’on pourrait voir avant tout comme la trahison programmatique d’un intitulé, les saisons, va chercher au cœur de l’individualité humaine lesdites répercussions des saisons. Ainsi, tout est filmé de manière anthropocentrique, à auteur d’une âme humaine : c’est ainsi l’été des passions humaines qui bouleversent toute une société en 1968, l’hiver d’un cinéaste divisé entre œuvre de commande et effervescence de projets personnels à Bruges, le printemps d’une petite fille de la campagne à l’orée de sa puberté et les fantasmes d’un père en fuite en quête possible de sa fille, et l’automne de l’analyse froide de l’ensemble du cycle cinématographique des saisons dans une salle de montage, haut lieu de création fondamentale pour Marcel Hanoun où est mis à l’épreuve, l’exercice critique tout autant passionné de l’auteur face à son œuvre.

         

 

saisons
Les Saisons, une tétralogie de Marcel Hanoun
L’Été (35 mm, Noir & Blanc, 64 min, 1968)
Avec: Graziella Buci, Pierre-Henri Deleau

L’Hiver (35 mm, Noir & Blanc et couleur, 78 min, 1969)
Avec: Tiziana Siffi, Michael Lonsdale, Christian Barbier, Frédéric Latin, Maurice Poullenot  

Le Printemps (35 mm, Noir & Blanc et couleur, 78 min, 1970)
Avec: Michael Lonsdale, Raymonde Godeau, Véronique Andriès, Catherine Binet, Anne-Marie Ramier  

L’Automne (16 mm, Noir & Blanc et couleur, 75 min, 1972)
Avec: Michael Lonsdale, Tamia

 

Langue : français - Sous-titres : anglais.
Éditeur : Re:Voir
Bonus :
Un livret de 100 pages français/anglais

 

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