De la jeunesse polonaise perdue et sacrifiée après-guerre

Le 8 mai 1945, alors que la Pologne fête la fin de la guerre, des soldats polonais de l’Armée intérieure tentent d’assassiner un dirigeant du parti communiste. Avant d’exécuter l’homme en question, le jeune Maciek tombe amoureux et commence à rêver d’une autre vie au sortir de la guerre.

"Cendres et diamant" (Popiol i diament) d’Andrzej Wajda © Malavida Films "Cendres et diamant" (Popiol i diament) d’Andrzej Wajda © Malavida Films
Sortie DVD : Cendres et diamant d’Andrzej Wajda

Avec cette nouvelle copie restaurée à présent disponible en édition DVD, c’est l’opportunité de (re)découvrir un chef-d’œuvre du cinéma polonais, troisième long métrage du très prolifique Andrzej Wajda. Le film lui a apporté une renommée internationale et dans son pays a permis à la nouvelle génération de pouvoir s’identifier dans le destin romantico-tragique du personnage masculin principal, à l’insu de la censure du pouvoir soviétique en place en Pologne. Il y est question du conflit interne à la Pologne alors que les Nazis ont été chassés et que les Résistants non communistes polonais et l’armée russe vont violemment se disputer l’avenir politique du pays.

De l’adaptation du livre de Jerzy Andrzejewski, Andrzej Wajda propose une tragédie tout droit issue des codes du théâtre classique avec les trois unités de lieu, de temps et d’action. Lors de la nuit symbolique du 8 au 9 mai 1945 où la destinée de la Pologne martyrisée est censée trouver un nouveau jour, la jeunesse qui s’est abattue pour ses idées se retrouve totalement démunie face aux nouveaux enjeux en cours, entre le passé historique d’une religiosité conçue sur un Christ martyr issue du XIXe siècle et l’avenir de l’ordre communiste imposé par l’armée rouge.

C’est à travers des plans magnifiquement travaillés et visiblement marqués par la connaissance précise du travail photographique identifié sur Citizen Kane (Orson Welles, 1941) que le cinéaste construit un film où symbolisme et romantisme participent à l’élaboration de chaque plan, qu’il s’agisse de la statue renversée d’un Christ en croix en premier plan dans une église totalement détruite, de la victime qui tombe dans les bras de son assassin comme s’il s’agit de son fils, d’un cheval blanc errant sans cavalier la nuit dans la ville, le héros ensanglanté dans des draps blancs et qui se retrouve ensuite dans la décharge-poubelle de la Grande Histoire… Les motifs pour dépasser le seul contexte historique polonais sont infinis et participent à faire de ce récit une tragédie universelle lisible à chaque époque et dans chaque pays par une jeunesse éprise d’absolue et tentée par la violence désespérée des armes au poing.

Le film est également en phase avec tout un nouveau cinéma qui émerge dans les mêmes années partout dans le monde et qui représente une jeunesse en révolte incarnée notamment dans le cinéma made in USA par James Dean et Marlon Brando : le jeu de l’acteur principal Zbigniew Cybulski est d’ailleurs très incarné avec un corps qui se brise dans tous les sens et qui ne sait plus quoi faire de son énergie, tandis qu’il trouve un succédané de lui-même dans la fétichisation d’objets qui viennent le caractériser comme symboles de morts, à savoir les lunettes noires et le pistolet.

 

 

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Cendres et diamant
Popiol i diament
d’Andrzej Wajda

Avec : Zbigniew Cybulski (Maciek Chełmicki), Ewa Krzyżewska (Krystyna), Wacław Zastrzeżyński (Szczuka), Adam Pawlikowski (Andrzej), Bogumił Kobiela (Drewnowski), Jan Ciecierski (le portier), Stanisław Milski (Pieniążek), Artur Młodnicki (Kotowicz), Halina Kwiatkowska (Staniewiczowa), Ignacy Machowski (Waga), Zbigniew Skowroński (Słomka), Barbara Krafftówna (Stefka), Aleksander Sewruk (Święcki), Zofia Czerwinska (Lili, la serveuse au bar), Wiktor Grotowicz (Franek Pawlicki)

Pologne, 1958.
Durée : 66 min
Sortie en salles (France) : 6 novembre 1959
Sortie France du DVD : 4 décembre 2019
Format : 1,66 – Noir & Blanc
Langue : polonais - Sous-titres : français.
Éditeur : Malavida Films

Bonus :
Interviews d’Andrzej Wajda :
À propos de Cendres et diamant (35’, VOST)
Notes sur l’histoire (14’, VOST)

 

 

 

 

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