"Porcherie" (Porcile) un film de Pier Paolo Pasolini

Au milieu de paysages désertiques ponctués par l’activité d’un volcan à une époque médiévale, un homme découvre l’anthropophagie tandis qu’en un temps contemporain, un fils d’un puissant industriel allemand se découvre une passion animale inattendue.

"Porcherie" (Porcile) de Pier Paolo Pasolini © LCJ "Porcherie" (Porcile) de Pier Paolo Pasolini © LCJ
Au sujet de la sortie DVD : Porcherie de Pier Paolo Pasolini

Certainement l’œuvre la plus absconse de la filmographie de Pier Paolo Pasolini, Porcherie continue de questionner un demi-siècle plus tard. Le film est formé de deux histoires d’époques distinctes montées en parallèle, sans qu’aucun personnage se rencontre à l’exception d’un même acteur qui se contente d’être un témoin final du devenir désastreux des protagonistes qui finissent dévorés. La dévoration qui passe par le cannibalisme aussi bien que l’animal dévolue à la consommation industrielle de l’homme dévorant l’homme, est le thème central du film comme métaphore de la monstruosité du développement du capitalisme qui laisse toute terre sans vie : d’un côté, un désert volcanique et de l’autre un château à la puissance minérale de sa construction qui ne laisse plus grand-chose à l’expression spontanée des êtres humains.

En fait, le film se construit au fur et à mesure dans la confrontation entre les deux histoires : l’absence de paroles de l’un face à la démesure de mots devenus stériles de l’autre, le dénuement total contre l’outrageuse opulence…

Pasolini s’empare avec Jean-Pierre Léaud et Anne Wiazemsky des deux icônes du cinéma de la révolte intellectuelle bourgeoise de La Chinoise de Jean-Luc Godard pour en signifier le contrepoint extrême en incarnant une jeunesse usant de l’introspection intellectuelle comme une forme de régression puérile exprimant un ardent refus de la réalité sociale humaine.

Porcherie est d’autant plus dérangeant qu’il refuse les codes classiques de lecture et livre une vision apocalyptique d’un monde capitaliste s’entre dévorant dans une nouvelle libre lecture d’Intolérance de D. W. Griffith. Pasolini reste l’un des cinéastes les plus connectés avec son temps et n’hésite pas à affirmer sa propre contestation de la mise en scène de la contestation politique dans laquelle il ne se retrouve pas. Dans cette provocation inclassable, il associe son positionnement à celui de son complice Marco Ferreri qui apparaît dans le film pour introduire Ugo Tognazzi, l’acteur de la farce bouffonne et politique. Ainsi, chaque acteur porte un univers qui suffit à créer une fiction à part entière évoluant dans des décors désinvestis de vie humaine, dans une propension qui annonce déjà Salo, l’ultime scandale du poète-cinéaste Pasolini.

 

 

porcherie-dvd
Porcherie
Porcile
de Pier Paolo Pasolini
Avec : Pierre Clémenti (le jeune cannibale), Jean-Pierre Léaud (Julian Klotz), Alberto Lionello (M. Klotz), Ugo Tognazzi (Herdhitze), Anne Wiazemsky (Ida), Margarita Lozano (Madame Klotz), Marco Ferreri (Hans Guenther), Franco Citti (un cannibale), Ninetto Davoli (Maracchione)
Italie, France, 1969.
Durée : 94 min
Sortie en salles (France) : 10 octobre 1969
Sortie France du DVD : 3 juin 2015
Format : 1,78 – Couleur
Langues : français, italien.
Éditeur : LCJ Éditions

Bonus :
Pasolini, le contesté (6’)
Pasolini, à propos de Porcherie (5’)

 

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