Huis clos viril dans le désert

Un avion pris dans une tempête de sable est forcé d'atterrir au milieu du désert saharien. Une fois les morts enterrés, la survie doit s'organiser entre ce groupe d'hommes aux profils disparates.

"Le Vol du Phénix" de Robert Aldrich © Rimini Éditions "Le Vol du Phénix" de Robert Aldrich © Rimini Éditions

Sortie DVD : Le Vol du Phénix de Robert Aldrich

Précédant la vogue des films catastrophes des années 1970 qui se déroulent autour d'un avion, Le Vol du Phénix est inédit par ses choix de mise en scène à l'époque de sa réalisation comme par rapport à ce qui s'est fait par la suite. Toute l'action se passe en effet dans le désert dans un déroulement chronologique sans le moindre recours aux flash-backs. Le cinéma de Robert Aldrich, comme l'explique bien Patrick Brion en bonus de cette édition DVD, va directement à l'essentiel, sans passer par d'autres recours de récit que ce que proposent le lieu et l'action initiale. En l'occurence, il s'agit de passer à la loupe la cohabitation forcée entre un groupe d'hommes aux tempéraments multiformes, qui entraîneront certes du conflit mais surtout une cohésion inattendue pour porter un projet commun. Chacun va devoir perdre ses réflexes sociétaux, qu'il soit militaire, pilote d'avion ou inventeur génial pour apprendre à vivre autrement de manière plus spontanée. Comme dans Vera Cruz ou Les Douze salopards, les personnages de Robert Aldrich n'ont plus rien à voir avec ceux des feel good movies des décennies antérieures du cinéma hollywoodien qu'ont d'ailleurs incarné parfaitement en leur temps James Stewart ou encore Gary Cooper (Vera Cruz).
Robert Aldrich, qui a commencé à réaliser pour la télévision tout en ayant appris son métier en tant qu'assistant de réalisateurs aguerris d'Hollywood, prend un plaisir iconoclaste à dépeindre l'âme humaine et plus particulièrement la représentation masculine trop monolithique à son goût. L'apparence de ces hommes à l'instar de leur peau qui se tanne et se déchire durant tous ces jours passés dans le Sahara, se fissure et des pseudo leaders au capital sympathie un peu trop facilement conquis, se révèlent avec les mêmes difficultés que les autres. Dans cette survie, les personnages se retrouvent dans une situation similaire aux premiers colons partant à la conquête de la Terre Promise, enfermés dans leur fort et effrayés par la population locale : cf. à cet égard la peur des Bédouins dans le film. Chaque personnage est appelé à faire ressortir le meilleur de lui-même, à l'instar de cet ingénieur Heinrich Dorfmann qui semble avoir du mal à s'intégrer dans la société américaine par son origine germanique. Le film peu à peu utilise la confrontation entre cet ingénieur et le pilote héroïque qu'incarne James Stewart avec son passif de héros positif, pour porter l'histoire dans une description critique des leaders politiques et militaires à l'esprit étroit et borné. Car ce qui triomphe au bout du compte, c'est la puissance du rêve qui permet aux uns et aux autres de se prouver ses propres valeurs comme jamais la société ne leur a permis de le faire.

 

 

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Le Vol du Phénix
The Flight of the Phoenix
de Robert Aldrich
Avec : James Stewart (le capitaine Frank Towns), Richard Attenborough (Lew Moran), Peter Finch (le capitaine Harris), Hardy Krüger (Heinrich Dorfmann), Ernest Borgnine (Trucker Cobb), Ronald Fraser (le sergent Watson), Ian Bannen ('Ratbags' Crow), George Kennedy (Mike Bellamy), Christian Marquand (le docteur Renaud), Gabriele Tinti (Gabriel), Dan Duryea (Standish), Alex Montoya (Carlos), Peter Bravos (Tasso), William Aldrich (Bill), Barrie Chase (Farida)
USA, 1965.
Durée : 136 min
Sortie en salles (France) : 25 mai 1966
Sortie France du DVD : 21 août 2018
Format : 1,85 – Couleur
Langues : anglais, français - Sous-titres : français.
Éditeur : Rimini Éditions
Bonus :
Robert Aldrich, à l'essentiel (20 min) : interview de Patrick Brion
Film-annonce commenté par Jérôme Wybon, documentariste cinéma

 

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