Fin/faim d’une époque communautaire

Dans les années 1970 au Danemark, Anna, journaliste de télévision convainc son époux Erik, professeur d’architecture, de faire de la maison que celui-ci a reçu en héritage, un lieu de vie pour toute une communauté d’amis. D’abord réticent, Erik finit par accepter. Mais la liaison adultère d’Erik va mettre en péril l’harmonie de la cohabitation.

"La Communauté" de Thomas Vinterberg © Le Pacte "La Communauté" de Thomas Vinterberg © Le Pacte

À propos de l'édition DVD : La Communauté de Thomas Vinterberg

Après Festen ou encore La Chasse, Thomas Vinterberg revient questionner l’esprit communautaire en pointant du doigt les failles d’un projet de société révolutionnaire basé sur l’amour et le besoin de recréer une famille alternative. Comme si le personnage principal déjà joué par Ulrich Thomsen dans Festen continuait dans un autre récit à chercher un espace où la vie en groupe permettrait de s’épanouir totalement en tant qu’individu social. Par là, Thomas Vinterberg revient à une époque, les années 1970, nourrie d’espoir et d’amour autour du Flower Power mais qui s’anéantira comme le précise un des personnages du film, dans une guerre dévastatrice au Cambodge, créant un nouveau génocide. À une époque où l’humanisme semble vaincu par l’idéologie dominante de l’individualisme forcené s’imposant sous les assauts du rouleau-compresseur du néolibéralisme, Thomas Vinterberg replonge dans sa propre enfance, empruntant le regard notamment de la jeune fille qui va vivre ses premiers émois amoureux pendant que ses parents vont se déchirer en fragilisant par la même occasion la communauté qu’ils avaient réussi à faire naître. Malgré quelques facilités complaisantes propres au film d’époque et la représentation du mouvement communautaire, comme Elton John en bande originale ou un défilé des protagonistes dénudés pour marquer leur sens du groupe, le film emporte entièrement l’adhésion du spectateur à travers une construction très fine des personnages, notamment la trilogie père-mère-enfant, au détriment il est vrai des autres membres de la communauté occupant finalement un rôle secondaire dans la dramaturgie. La construction du couple, son délitement et son explosion totale devient le cœur du récit et la communauté en tant qu’elle finit par n’être que le contexte social dans lequel se déroule récit. Il ne faut donc pas aller rechercher la peinture historicosociologique détaillée d’une époque, mais bien comment témoigner de la société actuelle en la confrontant aux utopies d’hier. Autrement dit, s’interroger sur comment le monde humain actuel est devenu si désabusé. Il se trouve que le film est bien moins pessimiste que l’on pourrait s’y attendre compte tenu de l’ampleur mélodramatique de l’évolution du film. En cela, Thomas Vinterberg a bien plus d’estime dans les projets communautaires fragilisés que dans la famille traditionnelle immuablement constituée puisqu’au final la communauté survit. Il n’en est pas tout à fait de même des personnages principaux qui, pour les plus progressistes d’entre eux, notamment la mère, sont appelés à se réinventer au fil de leurs nouvelles décisions. On pourrait alors élargir la métaphore à cette communautaire du cinéma qui se réunit le temps du tournage d’un film durant un mois, qui rencontrent frustrations, colères mais aussi grands moments de souffrances et d’effusions émotionnelles marquées par l’élan de la solidarité. Autrement dit, après l’échec de l’esprit communautaire des année 1970, le cinéma comme toute autre œuvre de création pourrait se vivre comme le résultat d’une expérience sociale prolifique, dressant par là et indirectement un portrait en creux du cinéaste Thomas Vinterberg.

 

 

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La Communauté
Kollektivet
de Thomas Vinterberg
Avec : Ulrich Thomsen (Erik), Trine Dyrholm (Anna), Fares Fares (Allon), Julie Agnete Vang (Mona), Lars Ranthe (Ole), Ole Dupont (gentleman), Helene Reingaard Neumann (Emma), Mads Reuther (Jesper), Magnus Millang (Steffen), Lise Koefoed (maquilleur), Adam Fischer (étudiant en architecture), Anne Gry Henningsen (Ditte), Oliver Methling Søndergaard (Johannes), Jacob Højlev Jørgensen (la juge), Jytte Kvinesdal (Kirsten)
Danemark, Suède, Pays-Bas, 2016.
Durée : 107 min
Sortie en salles (France) : 18 janvier 2017
Sortie France du DVD : 31 mai 2017
Format : 2,40 – Couleur
Langues : français, danois - Sous-titres : français.
Éditeur : Le Pacte
Bonus :
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Entretien avec Thomas Vinterberg
Bande-annonce

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