Le chaînon manquant entre l'expressionnisme allemand et le néoréalisme

Un dimanche, deux hommes et deux femmes se donnent rendez-vous au bord de l'eau pour vivre un moment de liberté avant de replonger dans le rythme trépident de la capitale berlinoise.

"Les Hommes le dimanche" de Robert Siodmak et Edgar G. Ulmer © Tamasa "Les Hommes le dimanche" de Robert Siodmak et Edgar G. Ulmer © Tamasa

Sortie combo Blu-ray / DVD : Les Hommes le dimanche de Robert Siodmak et Edgar G. Ulmer

Dans la logique des restaurations récentes des films, voici un nouveau chaînon manquant de l'histoire du cinéma. Ce film constitue un événement considérable pour diverses raisons. Tout d'abord, il s'agit du premier long métrage de Robert Siodmak et Edgar G. Ulmer, auquel ont participé également au scénario Fred Zinnemann et Billy Wilder ! Ces noms sont promis à un brillant avenir en tant que cinéastes à Hollywood quelques années plus tard. Et pour l'heure, ils signent ensemble un moment crucial du cinéma allemand qui s'éloigne à la même époque de l'expressionnisme pour se rapprocher d'une mouvance réaliste où l'approche documentaire est centrale. Qu'il s'agisse de la mise en scène comme de la liberté à représenter l'érotisme, on voit les prémisses de ce que réussit à mettre en scène plus tard avec talent Jean Renoir, notamment dans sa Partie de campagne (1936). Ici, le film s'inscrit dans l'ambition de saisir au plus prêt avec une petite équipe et sans acteurs professionnels la réalité du moment : celle d'une ville en pleine effervescence. Ainsi, Les Hommes le dimanche est le pendant humain de Berlin, symphonie d'une grande ville (1927) de Walter Ruttmann puisqu'il s'agit ici de saisir la ville à travers ses habitants, notamment cinq d'entre eux. Le dimanche est alors le jour de la vacance, de la liberté retrouvée du Berlinois actif. Cette villégiature dominicale annonce les promesses de nouveaux rythmes de vie politiquement affirmée en 1936 en France.
Les Hommes le dimanche a été tourné durant l'été 1929, quelques mois avant la grave crise économique de Wall Street qui allait faire sombrer l'économie allemande qui venait alors à peine de se relever. La portée documentaire du film, dont une grande part est constituée de prises de vues documentaires pour attester du monde de lors, permet de rendre compte d'une autre Allemagne méconnue, celle qui précède l'embrasement nazi. À ce titre également le film constitue un témoignage inestimable de cette période prise sur le vif. La richesse et la liberté de ton de ce premier long métrage aux moyens économiques réduits est un événement précurseur fondateur du néoréalisme italien et des Nouvelles vagues des années 1960, bravant allègrement la morale d'une société tétanisée par l'ordre fasciste en marche. Le film est une brillante synthèse des expériences du muet à travers l'expressivité du montage et la mise en scène hybride entre fiction et documentaire. Cette très belle édition de Tamasa propose à la fois un livret présentant le contexte de réalisation du film, la version Blu-ray et DVD du film, ainsi qu'un court métrage allemand de 1934 de la même veine réaliste que le film de Robert Siodmak et Edgar G. Ulmer, et encore un documentaire sur le film où apparaissent les témoignages à la fois Kurt Siodmak, le frère de Robert et de Brigitte Borchert, l'actrice principale du film.

 

 

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Les Hommes le dimanche
Menschen am Sonntag
de Robert Siodmak et Edgar G. Ulmer
Avec : Brigitte Borchert (Brigitte), Christl Ehlers (Christl), Annie Schreyer (Annie), Wolfgang von Walthershausen (Wolfgang), Erwin Splettstosser (Erwin), Heinrich Gretler (Heinrich), Valeska Gert (Valeska), Kurt Gerron (Kurt), Ernst Verebes (Ernst)
Allemagne, 1930.
Durée : 80 min
Sortie France du DVD : 7 mai 2019
Format : 1,20 – Noir & Blanc
Langue : muet - Sous-titres : français.
Éditeur : Tamasa
Bonus :
Livret 24 pages par Pierre Eisenreich,« La genèse des Hommes le dimanche et son contexte »
Au petit bonheur (Ins blaue hinein) court-métrage inédit de Eugen Schüfftan, 32’
Weekend à Wannsee documentaire de Gerald Koll, 30’ (entretien avec Brigitte Borchert, Kurt Siodmak…
- Deux pistes musicales (1. Donald Sosin (piano) 2. Het Alliage Orkest (électro)



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