Derrière ses yeux de chats

Muge, une jeune fille qui a du mal à trouver sa place près de sa belle-mère et souffrant de l’abandon de sa propre mère, s’entiche d’un jeune garçon de son collège. Pour s’approcher de lui, elle n’hésite pas à accepter de devenir un véritable chat.

"Loin de moi, près de toi" (Nakitai watashi wa neko wo kaburu) de Jun'ichi Satō et Tomotaka Shibayama © Studio Colorido "Loin de moi, près de toi" (Nakitai watashi wa neko wo kaburu) de Jun'ichi Satō et Tomotaka Shibayama © Studio Colorido
Sortie mondiale sur Netflix du 18 juin 2020 : Loin de moi, près de toi de Jun'ichi Satō et Tomotaka Shibayama

Les réalisateurs se lancent ici dans un nouvel enjeu ambitieux, celui d’un long métrage destiné au cinéma après avoir réalisé de nombreux épisodes de séries télévisées animées pour la télévision depuis les années 1980, notamment de Sailor Moon. Ce nouvel enjeu de réalisation est surprenant de leur part et se trouve notamment pris en charge par une récente société de production, le Studio Colorido dont le film Le Mystère des pingouins (Hiroyasu Ishida, 2019) était sorti dans les salles en France en août 2019. La grande force de cette chronique psychologique et sentimentale adolescente est son scénario. En effet, celui a pour ambition de raconter une histoire complexe autour de deux personnages, le jeune homme et la jeune fille, décrits notamment à travers leurs milieux familiaux bien détaillés. L’histoire témoigne notamment d’une nette influence des studios Ghibli et particulièrement de deux films : Le Royaume des chats et Le Voyage de Chihiro. L’univers des chats est à cet égard bien détaillé et toute la partie fantastique du film est développé à travers l’idée que les chats posséderaient un monde secret, eux qui ont le privilège d’une grande proximité affective avec les êtres humains.

L’histoire reprend également le thème de la tentation de Faust prêt à livrer son âme au diable afin de tenter une nouvelle vie, appliquée dans Loin de toi, près de moi aux difficultés existentielles et identitaires propres à l’adolescence. L’animation des personnages est appréciable en revanche les décors, s’ils visent le réalisme de la description urbaine, manque de chaleur et d’humanité par le traitement automatique par ordinateur qui ne semble rien devoir à la présence humaine : c’est là un défaut regrettable qui peut être dû à des coûts de production à réduire. L’influence de Ghibli trouve ici sa limite, empêchant le film d’épouser sa pleine féerie fantastique.

Il n’en reste pas moins que le film porte une histoire touchante et suffisamment profonde par le traitement psychologique de ses personnages principaux pour marquer durablement.

 

 

Loin de moi, près de toi
Nakitai watashi wa neko wo kaburu
de Jun'ichi Satō et Tomotaka Shibayama

Fiction
104 minutes. Japon, 2020.
Couleur
Langue originale : japonais

 

 

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