Film testament de Satyajit Ray

Ananda est une personnalité respectée d'une petite ville du Bengale. Lors de la cérémonie de ses 70 ans, il fait une crise cardiaque. Ses quatre fils se retrouvent alors à son chevet pour quelques jours. L'héritage des valeurs morales d'Ananda ne se révèle pas aussi fluide que ce que celui-ci croyait.

"Les Branches de l'arbre" (Shakha Proshakha) de Satyajit Ray © Éditions Montparnasse "Les Branches de l'arbre" (Shakha Proshakha) de Satyajit Ray © Éditions Montparnasse

Sortie DVD : Les Branches de l'arbre de Satyajit Ray

Pour son avant dernier film réalisé à la fin des années 1980 en coproduction avec l'Inde, la France et le Royaume-Uni, Satyajit Ray réunit tous ses thèmes fétiches en brossant le portrait sans fards d'une famille. Au moment de la réalisation du film, le cinéaste a comme son personnage principal 70 ans et comme lui aussi a connu une crise cardiaque quelques années plus tôt en 1983 qui l'a beaucoup affaibli mais en ne l'empêchant pas de continuer à réaliser. C'est pourquoi il est aisé de voir un alter ego dans la figure de ce patriarche aimé de tous pour l'exemplarité de sa vie mais dont la transmission ne s'est guère faite. Est-ce donc le constat amer du cinéaste quelques années avant sa mort ? Et les fils seraient-ils chacun une métaphore de divers courants du cinéma indien auquel le cinéma d'auteur de Satyajit Ray aurait donné naissance ? On peut également aussi comme souvent dans la filmographie du cinéaste voir une représentation de la société indienne dans son ensemble avec des valeurs d'intégrité qui n'ont pu être transmises d'une génération à l'autre.
Satyajit Ray rappelle ainsi que derrière le développement économique de certains individus et du pays par la même occasion, se trouve beaucoup d'argent malhonnêtement acquis notamment autour de fraudes fiscales pour l'un des fils, des jeux d'argent pour un autre. Un seul fils s'est révolté contre l'ordre des choses et s'est retrouvé au chômage en refusant de travailler avec un entourage corrompu. Il est alors devenu acteur de théâtre mais son mal-être est énorme : l'honnêteté trouvant ainsi une grande difficulté pour s'intégrer dans la société. Quant au fils le plus prometteur vivant auprès de son père et de son grand-père sénile, il est atteint d'une maladie mentale suite à un accident. Les épouses sont quant à elles cantonnées à leur unique rôle matrimonial plus ou moins consentant des arrangements obscurs de leurs époux vis-à-vis de leur propre intégrité morale. La simple évocation d'une connaissance musicale d'une épouse montre à quel point la situation du mariage a étouffé toute tentative d'émancipation chez cette femme enfermée dans son rôle de mère auprès d'un homme avec lequel elle ne partage ni les valeurs et encore moins la complicité de vie. Ce n'est pas non plus anodin que l'ensemble de la famille encore vivante soit uniquement constitué d'hommes sur quatre générations, comme une représentation d'un patriarcat tellement puissant dont les branches sont devenues sèches, faute de la sève manquante en l'absence d'une vraie place des femmes dans cette micro société indienne.
Redécouvrir cette œuvre testament de Satyajit Ray peut surprendre par sa mise en scène théâtrale tournée en studio, l'essentiel du récit ayant lieu en intérieurs. Car c'est aussi un film où la parole est omniprésente comme si c'était ce qui restait en dernière demeure au moment de faire les comptes, alors que les fils sont réunis auprès de leur origine souche vieillissante. Le seul réconfort se trouve dans la sagesse du fou, à l'instar de L'Idiot de Dostoïevski et son adaptation qu'Akira Kurosawa en a faite dont le cinéma a également marqué son contemporain Satyajit Ray.

 

 

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Les Branches de l'arbre
Shakha Proshakha
de Satyajit Ray
Avec : Ajit Bannerjee (Ananda Majumdar), Haradhan Bannerjee (Probodh), Soumitra Chatterjee (Proshanto), Deepankar De (Probir), Ranjit Mullik (Protap), Lily Chakravarty (Uma), Mamata Shankar (Tapati)
Inde, France, Royaume-Uni, 1990.
Durée : 117 min
Sortie en salles (France) : 21 août 1991
Sortie France du DVD : 5 février 2019
Format : 1,33 – Couleur
Langue : bengali - Sous-titres : français.
Éditeur : Éditions Montparnasse

 



 

 

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