Faire la guerre pour devenir un homme auprès de sa promise

Le caporal Colin Spence ne semble pas à sa place parmi une troupe de soldats anglais en Libye durant la Seconde Guerre mondiale. Il se souvient qu’il est entré dans l’armée parce qu’il n’arrivait pas à s’affirmer auprès de la charmante Valentine.

"Aventure en Libye" (Immortal Sergeant) de John M. Stahl © Les Films du Paradoxe "Aventure en Libye" (Immortal Sergeant) de John M. Stahl © Les Films du Paradoxe
Au sujet de l’édition DVD : Aventure en Libye de John M. Stahl

Produit dans le cadre de « l’effort de guerre », voici un film de propagande qui n’a d’autres ambitions que de recruter le plus d’hommes possible à prendre l’uniforme et à suivre les ordres. L’argument ici avancé est que l’armée fera de chaque civil de « vrais hommes » à l’instar de Colin Spence qui ne parvient pas à exprimer ses sentiments à l’égard de Valentine dont il est épris et que c’est réciproque. Dans l’esprit viril entretenu par la troupe et que lui enseignera son supérieur en se sacrifiant pour tous, le héros apprendra ainsi à tuer, à commander ses hommes et ainsi à devenir un héros. Sa dernière phrase au moment de retrouver finalement son amoureuse qu’il prendra l’initiative pour la première fois d’embrasser est le summum de l’épanouissement machiste de l’amour dans un couple hétérosexuel : « c’est moi qui commande maintenant ! » et la belle de répondre, conquise : « oui, chéri ! » S’engager dans l’armée pour devenir un homme est un argument classique récurrent que l’on retrouve d’ailleurs souvent dans les films de guerre. C’est à ce titre qu’Henry Fonda, en apparence frêle dans une silhouette tout en longueur et peu sûre d’elle-même, a été choisi pour incarner un Canadien aux prétentions d’écrivain qui va s’épanouir dans la guerre !

Le film se construit autour de différents flashbacks qui permettront de comprendre pourquoi le personnage principal se retrouve dans cette guerre. Ici, aucun discours idéologique sur la défense de la liberté des démocraties, sur le nazisme et le fascisme à combattre. Les méchants sont avant tout des nationalités derrière des uniformes et pour être exhaustifs nos héros rencontreront donc à la fois des Ritals (sic) et des Boches (sic). L’humanité de l’ennemi par cette appellation-même leur est déniée, ou plus exactement, chacun est détestable par sa nationalité même. On a vu plus adroit dans la tolérance de la diversité des nationalités quand bien même le film a été tourné dans le contexte d’une guerre mondiale ! Le scénario est plutôt médiocre, s’inspirant notamment de la dramaturgie du western avec ces hommes perdus dans le désert devant faire face à des ennemis débarquant de partout comme les Indiens et en quête d’une terre promise, où ils retrouveront de l’eau et de la nourriture auprès de leurs frères d’armes. Face à la pauvreté de cette structure narrative, les flashbacks du héros permettent à la fois de nourrir la psychologie de son personnage et de relancer un récit avec de nouvelles dynamiques. Le film de ce point de vue est loin d’être raté mais son idéologie, même en temps de guerre, est bien contestable !

 

 

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Aventure en Libye
Immortal Sergeant
de John M. Stahl
Avec : Henry Fonda (le caporal Colin Spence), Maureen O'Hara (Valentine), Thomas Mitchell (le sergent Kelly), Allyn Joslyn (Cassity), Reginald Gardiner (Benedict), Melville Cooper (Pilcher), Bramwell Fletcher (Symes), Morton Lowry (Cottrell)
USA – 1943.
Durée : 91 min
Sortie en salles (France) : 21 septembre 1949
Sortie France du DVD : 10 octobre 2018
Format : 1,37 – Noir & Blanc
Langue : anglais - Sous-titres : français.
Éditeur : Les Films du Paradoxe

Bonus : aucun

 

 

 

 

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