Le Septième art à l'heure d'Internet

La cinéphilie a trouvé un nouvel essor sur Internet avec les réseaux sociaux, les plateformes légales et/ou illégales, le partage de critiques non professionnelles sur des forums, la promotion des films sur des espaces dédiés : ces analyses universitaires en témoignent.

Au sujet du livre L'Économie de la cinéphilie contemporaine

Dans le cadre de la collection des « Cahiers des champs visuels » éditée par L'Harmattan, ce nouveau numéro regroupe cinq contributions universitaires sur le thème de l'économie de la cinéphilie contemporaine, comme le synthétise très bien le titre. Sans transition entre chacun des articles, l'ensemble permet effectivement d'avoir un panorama d'une nouvelle cinéphilie qui n'a plus d'équivalence avec celle qui a émergé avec la Nouvelle Vague et sa fameuse politique des auteurs. Ainsi, les spectateurs ne se contentent plus de suivre quelques auteurs, consacrés ou non, mais explorent des cinématographies considérées comme marginales dans les médias de masse qui les minorent quand ils ne les ignorent pas complètement. Dans la modernité des réseaux de communication qui s'est développée avant tout sur la gratuité et l'immédiateté des informations sur Internet, les sites d'accès illégal aux films ont d'abord pullulé sous la forme d'un libéralisme sauvage avant qu'une réglementation se mette en place pour protéger les droits de diffusion des auteurs et de leurs ayant-droits. C'est dans ce contexte que sont étudiés ici les sites de vidéo à la demande à travers l'exemple caractéristique de MUBI et un réseau social avec Vodkaster. Malgré les conflits encore récents entre Netflix et les festivals traditionnels à l'exemple de Cannes, les festivals conservent encore leur rôle non négligeable de prescripteur auprès des nouvelles générations de cinéphiles comme en témoigne l'article d'Aida Vallejo. Développant une analyse plus économique de la promotion et du marketing sur Internet du cinéma, Chloé Delaporte dans le premier article qui ouvre le numéro met en valeur les dynamiques d'une industrie cinématographique pour s'approprier l'outil Internet. Les analyses ici sont avant tout développées à partir du point de vue français, même si l'on découvre les origines proprement étatsuniennes de la plateforme MUBI. L'analyse rigoureuse est avant tout factuelle et ne s'aventure guère sur le terrain d'une vision synthétique qui permettrait d'offrir un large panorama de l'économie de la cinéphilie, compte tenu du nombre limité de pages mais aussi de la restriction géographique de l'étude portant sur la France. L'investigation souvent ne fait hélas pas preuve d'ambition dans sa quête d'informations pour aller étudier davantage la diversité des stratégies cinéphiliques à l'heure actuelle, sur Internet et ailleurs. Il manque à cet égard une étude proprement sociologique qui aurait permis de comprendre ce qu'est cette cinéphilie contemporaine dans l'espace social. Cet ouvrage a néanmoins pour mérite de diffuser plus largement l'état de la recherche universitaire sur l'économie de la cinéphilie.

 

9782343117126r
L'Économie de la cinéphilie contemporaine
ouvrage sous la coordination de Christel Taillibert et Jean-Paul Aubert

Nombre de pages : 186
Date de sortie (France) : 15 mai 2017
Éditeur : L'Harmattan
Collection : Cahiers de champs visuels n°1415

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