Pour quand la fin de l’ubérisation macronienne ?

Autour de la naissance de Gloria, chaque membre de la famille se démène comme il peut pour lutter contre la précarité économique sous le soleil de Marseille.

"Gloria mundi" de Robert Guédiguian © Diaphana "Gloria mundi" de Robert Guédiguian © Diaphana
Sortie DVD : Gloria mundi de Robert Guédiguian

Fort de la fidélité de son lien à son public et à sa troupe/famille d’acteurs, Robert Guédiguian livre son nouveau témoignage consacré à la réalité sordide d’une société individualiste désenchantée. Pour ce faire, sa mise en scène s’éloigne de deux pas de sa coutumière théâtralité romantique pour s’approcher du réalisme brut propre à Ken Loach dont il partage ici de nombreux points de vue, notamment en ce qui concerne l’ubérisation de la société, le triomphe du néolibéralisme machiavélique macronien, etc. Seul Gérard Meylan, qui joue un homme qui a passé plus de trente ans à prison, et qui à présent découvre qu’il est grand-père de sa fille qu’il n’a pas pu élever, dans un Marseille qui a énormément changé, porte la mélancolie poétique de l’âme marseillaise passée, qu’il singularise avec la sagesse de l’écriture de ses haïkus. En revanche, l’empreinte de son texte initial est toujours très forte, empêchant ses personnages de s’émanciper d’une trajectoire préalablement définie, vouée à la tragédie. Le film débute avec l’espoir de l’ouverture au monde d’une naissance pour s’enfermer dans la description pessimiste d’un monde sans solidarité. La mécanique est d’autant plus terrible, que le cinéaste montre que dans le dernier repli communautaire qui existe, la famille, il n’y a plus d’amour, d’affection et d’estime, rien que des mensonges et des manipulations de toutes sortes. Et la nouvelle génération se révèle encore plus désenchantée, notamment lorsqu’elle fonce aveuglément dans le discours macronien du « premier de cordée » qui construit un violent mépris de l’autre, qu’il s’agisse de ses employés réduits à l’esclavage, de clients en situation précaire méprisés, etc. Le constat est foncièrement sombre mais mis en scène avec un réel savoir-faire par Robert Guédiguian, malgré les grosses ficelles de son scénario surécrit. Il a l’intelligence de proposer un nouvel équilibre en mettant en avant la nouvelle génération d’acteurs qui est entrée dans la famille Guédiguian et qui s’intègrent parfaitement dans ses problématiques.

 

 

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Gloria mundi (sic transit)
de Robert Guédiguian
Avec : Ariane Ascaride (Sylvie), Jean-Pierre Darroussin (Richard), Gérard Meylan (Daniel), Anaïs Demoustier (Mathilda), Robinson Stévenin (Nicolas), Lola Naymark (Aurore), Grégoire Leprince-Ringuet (Bruno), Diouc Koma (Jackie), Pascal Rénéric (le premier homme), Yann Trégouët (l'homme urgence), Adrien Jolivet (le patron de l'entreprise de nettoyage), Maximilien Fussen (Hassoun), Géraldine Loup (l'assistante sociale), Alice Lombard (la jeune femme voilée)
France – 2019.
Durée : 103 min
Sortie en salles (France) : 27 novembre 2019
Sortie France du DVD : 31 mai 2020
Format : 1,85 – Couleur
Langue : français - Sous-titres : français pour sourds et malentendants.
Éditeur : Diaphana
Bonus :
« Une manière de regarder » : documentaire d’Isabelle Danel sur le tournage du film (38’)

 

 

 

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