Entretien avec Bernard Bories : festival des cinémas des Antipodes à Saint-Tropez

Bernard Bories est le fondateur, président et programmateur des Rencontres Internationales du cinéma des Antipodes dont la 21e édition se déroule du 9 au 13 octobre 2019 à Saint-Tropez. Voici quelques questions pour découvrir ce festival réunissant les cinématographies récentes d'Australie et de Nouvelle-Zélande.

antipodes
Cédric Lépine : Dans quel contexte ce festival a été créé et avec quels objectifs ?

Bernard Bories : Tout a commencé en 1977 avec la découverte dans la salle de l'Élysée Lincoln d'un film magique Pique-nique à Hanging Rock de Peter Weir. J'ai alors essayé de retrouver les mêmes émotions, le même plaisir en essayant de voir d'autres films de Peter Weir et d'autres films australiens.
Au début des années 1980, c'est le film de Vincent Ward Vigil qui m'a fasciné et incité à découvrir de même le cinéma du voisin néo-zélandais.
Je suis donc allé voir les films des Antipodes, dans les salles, dans des festivals puis dans les marchés de certains festivals comme Cannes ou Clermont-Ferrand pour les courts métrages. Après cette période cinéphile, j'ai décidé de passer de l'autre côté et de partager ces films que j'avais la chance de découvrir mais parfois dans une salle d'un marché avec 3 ou 4 spectateurs (acheteurs potentiels). Scientifique, j'ai commencé par une activité de ciné-club à l'ambassade d'Australie à Paris en projetant de temps en temps des films australiens en avant-première ou en suivi de festivals (comme le Festival de Films de Femmes de Créteil ou le Cinéma du Réel). Puis j'ai voulu partager davantage et j'ai créé l'association Cinéma des Antipodes en proposant d'abord des programmes de films australiens et de Nouvelle-Zélande à d'autres festivals comme le Festival des Histoires vraies de Chambéry en 1995. Et cette même année, une opération au Festival de Cannes dans le cadre de ce qui s'appelait Le Forum Cannes Festival, devenu Cannes Cinéphiles. Cette première opération fut juste une projection de courts métrages de l'école de cinéma de Sydney, l'AFTRS au Marché du film et un Forum Rencontre avec la chair women de l'école et d'anciens élèves comme Rolf de Heer, Robert Connolly, Jonathan Ogilvie, Gerard Lee et Murray Fahey. Cette collaboration avec Cannes Cinéphiles se poursuit depuis maintenant 25 ans.
Mais pour mettre en lumière le cinéma australien et néo-zélandais, je souhaitais qu'ils soient seuls et si possible dans un endroit paisible où l'on puisse vraiment apprécier les films et se rencontrer sans courir après un rendez-vous ou une séance concurrente. C'est un peu par hasard, grâce à la présidente d'une association franco-australienne qui m'a proposé de rencontrer le député-maire de l'époque à Saint-Tropez. Je lui ai proposé l'idée d'un festival et il a accepté : nous avons alors fait une première édition sur 3 jours. Comme cela s'est bien passé, il a renouvelé la manifestation et cette année nous arrivons à notre majorité, celle des 21 ans !
L'objectif a toujours été de partager cette belle cinématographie, non pas inconnue mais méconnue. Que ce soit avec les spectateurs qui sont la base et la raison de faire du cinéma mais aussi avec les professionnels pour les inciter à acheter, diffuser plus de films des Antipodes et même les médias pour qu'ils propagent l'information d'un cinéma souvent confondu avec le cinéma américain.


C. L. : Quel est le lien entre Saint-Tropez et les Antipodes ? 
B. B. :
S'il faut trouver un lien cinématographique, on pourrait dire que Errol Flynn a séjourné avec son bateau à Saint-Tropez.
Sinon, la mer est aussi un point commun important entre les deux Antipodes.


C. L. : Qui sont les personnes physiques organisatrices du festival ?
B. B. :
C'est une équipe d'une quinzaine de personnes passionnées entre la coordination générale, la logistique, l'accueil, les chauffeurs, les adaptatrices. Mais tout le monde est bénévole, moi y compris (je travaille pour IBM). Nous n'avons aucun salarié.


C. L. : Quels sont les partenaires financiers du festival ?
B. B. :
Le partenaire financier principal est bien sûr la Ville de Saint-Tropez mais nous avons aussi des Aides des ambassades et d'organismes australiens comme Screenwest et beaucoup d'échanges marchandises avec des partenaires privés (Café Royal, Roadsign, des hôtels, restaurants...).


C. L. : Quel est le public du festival ?
B. B. :
Il s'agit bien sûr essentiellement d'un public qui vient du Var mais aussi quelques cannois du département voisin. Mais aussi, des festivaliers qui viennent de Londres, de Paris, Lyon, Marseille, Clermont-Ferrand, Mâcon …


C. L. : Le festival en dehors de sa semaine de festival a-t-il des activités à l'année ?
B. B. :
Un certain nombre de films présentés à Saint-Tropez sont repris l'année suivante à Cannes dans le cadre de Cannes Cinéphiles et inversement, certains films de Cannes Cinéphiles sont ensuite montrés à Saint-Tropez.


C. L. : Quels sont les liens du festival avec les salles de cinéma de Saint-Tropez ?
B. B. :
Les projections ont lieu au cinéma La Renaissance qui est une salle municipale qui pour l'instant est peu, voire plus utilisée pour les projections commerciales.
Malheureusement, quasiment tous les films sont inédits et sans distributeur et donc peu diffusable hormis lors du festival.


C. L. : Quels liens avez-vous avec la mairie et le milieu scolaire dans l'organisation du festival ?
B. B. :
Sans le soutien de la Mairie de Saint-Tropez, il est bien sûr impossible de faire le Festival, c'est un échange gagnant/gagnant car on apporte un événement culturel qui permet la découverte d'autres cultures et civilisations qui permet de prolonger la saison tropézienne. Côté jeune public nous avons de très bons rapports avec les collèges et lycées de la région puisque nous accueillons jusqu'à 900 scolaires.
D'ailleurs le jury de la compétition de courts métrages est composé d'une centaine de lycéens.


C. L. : Quelle est la santé actuelle du cinéma des antipodes et comment l'avez-vous vu évoluer ces dernières années ?
B. B. :
Le cinéma australien et néo-zélandais est toujours vigoureux grâce à un constant renouvellement de ses talents. De nombreux réalisateurs, comédiens, techniciens partent à Hollywood et donne ainsi la possibilité à de nouveaux talents d'émerger. C'est à la fois le côté positif mais aussi le côté négatif puisque ensuite on assimile de nombreux Australiens à des Américains.


C. L. : Comment présenteriez-vous la programmation des films de cette nouvelle édition de 2019 ?
B. B. :
Il s'agit d'un programme éclectique à même de montrer la diversité de la cinématographie des Antipodes avec aussi bien les 2 plus gros succès australiens de cette année (Ladies in Black, Top End Wedding) que des films indépendants et même perturbant comme SLAM sur la perception de l'islamisme ou Blue Moon un thriller tourné avec un iPhone, sans oublier les documentaires aussi présents au festival. Mais on a cette année aussi mis un focus sur les femmes des Antipodes comme avec Waru ou Vai deux films tournés chacun par 8 femmes indigènes ainsi que sur le cinéma indigène avec la belle comédie néo-zélandaise Hibiscus and Ruthless.

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