La fin de l’innocence dans un petit village du Kazakhstan

Dans un village au Kazakhstan, quatre adolescents voient leur quotidien bouleversé par un événement inattendu.

"L’Ange blessé" d’Emir Baigazin © Capricci "L’Ange blessé" d’Emir Baigazin © Capricci

 

Sortie DVD : L’Ange blessé d’Emir Baigazin

L’Ange blessé d’Emir Baigazin est le second volet d’une trilogie qui a débuté avec Leçons d’harmonie (2013), son premier long métrage distingué par un Ours d’Argent au Festival de Berlin. Cette idée de fragmenter un thème, propre à une trilogie, se fait ici à l’intérieur d’un même long métrage autour de quatre histoires mettant en scène quatre garçons de même âge issu du même village mais qui ne se rencontrent pas. Un ange blessé, tel un Icare aux ailes bien fragiles, chute : ainsi s’explique le dénouement de ces quatre trajectoires. La chute d’un ange ne détermine-t-elle pas la fin de l’innocence, celle de l’enfance, à l’âge où les choix de vie commencent à peine à se définir ? Suivant la force expressive de la peinture d’Hugo Simberg dont le film emprunte le titre à l’une de ses toiles, Emir Baigazin développe une série de plans picturaux d’une élaboration parfaite (une véritable « leçon d’harmonie » pour le spectateur !) où le symbolisme est maître. Ces quatre histoires pourraient paraître triviales indépendamment l’une de l’autre mais elles prennent un tout autre sens une fois mises en correspondance. Ces quatre destinées qui vont assurément déterminer ces personnages dans leur âge adulte, semblent dessiner la situation sociale quelque peu incertaine, pour ne pas dire chaotique, du Kazakhstan, à l’instar du courant électrique, énergie peu fiable dans chacune des histoires.
Lorsque Emir Baigazin a intégré la formation de l’Académie du Film Asiatique du festival de Busan, il a pu suivre l’enseignement de Pen-ek Ratanaruang et de Mohsen Makhmalbaf. Or l’univers d’Emir Baigazin à travers L’Ange blessé est une parfaite synthèse des univers cinématographiques des deux cinéastes précités, empruntant avec un brillant esprit de composition le réalisme et le symbolisme de l’un et l’autre. Les titres choisis pour chaque histoire viennent questionner la « morale », dans un monde où ledit « contrat social » cher à Rousseau est plus que questionné : il est complètement remis en cause dans un monde semi apocalyptique post soviétique, où les parents ne sont plus des modèles à suivre et sont soit complètement absents de la vie des adolescents soit complètement dépassés ou irresponsables. La fin de l’innocence propre à cet âge est aussi la prise de conscience de cette réalité sociale. Encore une lecture possible que permet inlassablement la beauté magistrale et incompressible des plans du film, qui laissent songeur longtemps après la fin dudit film.  

 

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L’Ange blessé
Ranenyy angel
d’Emir Baigazin
Avec : Nurlybek Saktaganov (Jaras), Madiyar Aripbay (Poussin), Madiyar Nazarov (Crapaud), Omar Adilov (Aslan), Anzara Barlykova (Rosa), Timur Aidarbekov, Kanagat Taskaraev et Rasul Vilyamov (les anges déchus)
Kazakhstan, France, Allemagne – 2016.
Durée : 112 min
Sortie en salles (France) : 11 mai 2016
Sortie France du DVD : 4 octobre 2016
Couleur
Langue : kazazh - Sous-titres : français.
Éditeur : Capricci
Bonus :
- Scènes coupées (6 minutes)
- Présentation du film par Emir Baigazin (4 minutes)


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