"Cinexpérimentaux 6 Marcel Hanoun : une leçon de cinéma" par M. Amarger et F. Devaux

Dans ce coffret sont réunis trois films de Marcel Hanoun, le peintre de la composition cinématographique, ainsi que l’approche de son cinéma dans un film essai documentaire réalisé par Michel Amarger et Frédérique Devaux.

Au sujet de l'édition DVD : Cinexpérimentaux 6 : Marcel Hanoun

Les Cinexpérimentaux sont une série documentaire réalisée à l’initiative de Michel Amarger et Frédérique Devaux dans l’intention de découvrir et mettre en valeur des cinéastes dans la filiation avec la série Cinéastes de notre temps mais en s’adressant dans ce cas aux cinéastes libres du monde de l’expérimental. Il ne s’agit pas seulement de réaliser des entretiens avec les cinéastes ponctués d’extraits de leurs films mais encore d’aller chercher dans la manière de filmer et de mettre en scène leur sujet, de dialoguer avec l’univers esthétique du cinéaste en questions. Ainsi, dans ce sixième Cinexpérimentaux Marcel Hanoun : une leçon de cinéma daté de 2003, la discussion en fragmentée de textes littéraires superposés à la voix de l’intéressé et les pistes explorées sont multiples sans suivre un schéma narratif explicite car le film fait sujet, notion chère à Marcel Hanoun. Il ne s’agit pas non plus de singer une pratique cinématographique mais de s’en approprier les codes pour commencer à dialoguer par le son et l’image avec le fondement intrinsèque de ce qui fait cinéma chez Marcel Hanoun.

Et pour plonger pleinement dans l’ambition cinématographique de ce cinéaste, rien de mieux que de découvrir L’Authentique Procès de Carl-Emmanuel Jung (1967) qui est le procès fictif documenté d’un criminel de guerre nazi dans lequel on retrouve différentes identités de bourreaux jugés à la même époque à l’instar d’Eichmann. Le procédé anti-spectaculaire qui désaccorde voix et paroles traduites, scènes de la vie quotidienne de l’accusé et images fantasmatiques, offre un rapport réflexif à ce qui est révélé par la caméra et le montage. Le film déconstruit le discours préconçu sur l’horreur nazie pour donner à éprouver précisément la banalité du mal chère à Hannah Arendt avec cet ancien bourreau bonhomme vivant paisiblement sa vie de famille et exprimant sa culture en jouant du piano. Pour sortir de la représentation de l’irreprésentable de l’horreur nazie, Marcel Hanoun convoque la subjectivité du regard du narrateur journaliste sur les moments du procès où les différents acteurs surgissent sur un fond noir dans un espace dépourvus de profondeurs et où les victimes sont désignées comme « étrangers » plutôt que juif, car au-delà de l’antisémitisme, c’est aussi l’autre dans toute la dimension de son altérité qui est attaqué dans son intégrité.

Dans une autre dimension encore plus minimaliste et élémentaire, Hanoun avec son film Je meurs de vivre réalisé entre 1992 et 1994 donne à penser l’amour entre deux êtres pétris d’amour dans un cadre religieux qui interdit cette expression concrètement physique entre eux. La dimension doucement subversive du sujet ici s’inscrit dans une parfaite filiation avec l’amour humain-divin pleinement charnel assumé et exprimé sous les traits de pinceaux de Michelange dans la chapelle Sixtine avec ce contact digital qui ouvre et clôt le film. Car Marcel Hanoun compose ses films à travers la rencontre avec des corps mouvant comme les peintres avec leur palette de peinture, prenant sa liberté à l’égard d’un scénario qui ne peut ainsi imposer son ordre déconnecté de la réalité immédiatement saisie par la caméra. Ici, Hanoun donne autant à voir qu’à penser dans des situations totalement inédites pour retranscrire et partager les passions humaines dans une approche poétique aux dimensions sans limites.

 

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Cinexpérimentaux 6 : Marcel Hanoun
Coffret comprenant les films :

L’Authentique Procès de Carl-Emmanuel Jung
de Marcel Hanoun
France, 80 min, 1967
Avec : Maurice Paullenot (Carl-Emmanuel Jung), Ellen Bernsen le neuvième témoin), Jane Le Gall (Madame Jung), Liza Braconnier (la fille de Jung), Raymond Jourdan (le troisième juge), Michael Lonsdale (un avocat), Jean-Marie Serreau (le premier juge), Jacques Delmare (un avocat), Marcel Bisiaux (l’assesseur), Robert Delanne (un témoin), Jean d'Yvoire (un témoin), Raymond Gerbal (un témoin), Jean-François Laley (un témoin), César Gattegno (un témoin), Suzy Marquis (le quatrième témoin), Georges Montant (le deuxième juge), Robert Valey (le procureur), Gérard Vaudran (le journaliste), Julien Verdier (un témoin), André Accart (le greffier), Jean-Claude Charnay (le traducteur), Michel Chilo (l'avocat de la défense), Katia Koslowski (une traductrice), Marianne Pade (une traductrice), Henri Pialat (un témoin), Vincent Roques (le fils Jung)
Sortie en salles (France) : 7 décembre 1967

Des hommes qui ont perdu racine de Marcel Hanoun (1956 - 16mm - N&B; - 17')

Je meurs de vivre de Marcel Hanoun (1992-1994 - vidéo - couleur - 53')

Cinex + : Michael Lonsdale, comédien court métrage réalisé par Michel Amarger et Frédérique Devaux (2005, 4 min)
Cinex + : Marc-Henri Boisse, comédien court métrage réalisé par Michel Amarger et Frédérique Devaux (2005, 8 min)

Marcel Hanoun : une leçon de cinéma réalisé par Michel Amarger et Frédérique Devaux (2003, 68 min)


Langue : français - Sous-titres : anglais.
Éditeur : Re:Voir

 

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