Une fable antimilitariste et anticolonialiste à l'humour doux-amer

Le capitaine Servadac, officier de l'armée coloniale française en Algérie, tombe amoureux d'une jeune femme. Il voit son univers renversé suite à la collision avec une autre planète : dès lors, son petit morceau de terre commence à naviguer loin de la Terre.

"L'Arche de M. Servadac" de Karel Zeman © Malavida "L'Arche de M. Servadac" de Karel Zeman © Malavida

Sortie DVD : L'Arche de M. Servadac de Karel Zeman

Karel Zeman poursuit à l'orée des années 1970 ses adaptations personnelles de l'univers de Jules Verne, sur les traces, on l'a dit maintes fois, de Georges Méliès, dans l'inventivité et la liberté de s'affranchir du diktat du vraisemblable auquel toute une histoire l'industrie cinématographique hollywoodienne, notamment, s'est enferrée malgré sa volonté délibérée d'imaginaire. Ici, l'imaginaire en question se construit en mêlant allègrement animation et prises de vue réelles. Plus on connaît l'univers cinématographique de Karel Zeman, plus on aime se laisser prendre au jeu de son imaginaire, à l'instar précisément d'un Méliès ou encore d'un Wes Anderson. Cette fois, L'Arche de M. Servadac est réalisé peu après le drame de l'écrasement des espoirs démocratiques du Printemps de Prague et les aventures fantastiques que le cinéaste a coutume de conter prenne un nouveau goût politique chargé d'amertume. Dès le générique, un vieil homme se souvient d'un temps idyllique révolu, suivi d'une description ironique de la mission civilisatrice coloniale, notamment à travers l'exemple de la France en Algérie. L'armée dans toute sa splendide fatuité et profonde bêtise est également choisie comme objet de dérision offrant diverses séquences drôlatiques à souhait qui fera rire également le jeune public. L'intelligence du film fait de lui une parfaite transition en Tchécoslovaquie entre l'âge d'or du cinéma d'animation et la Nouvelle Vague.
Dans cette ambiance de fin du monde, alors qu'un morceau de la Terre erre dans l'univers, la guerre est devenue inutile, les individus se débarrassent des armes et de l'argent devenus inutiles. C'est là un étrange dialogue avec le Melancholia de Lars von Trier où l'apocalypse nourrissait les terreurs les plus profondes. Karel Zeman en interrogeant ainsi l'utopie dans une fable anticolonialiste et antimilitariste, questionne le besoin d'utopie pour penser le politique. Une réflexion politique sur le sens de l'histoire d'une grande acuité à l'aube des années 1970 pour le plus grand plaisir du jeune et moins jeune public, près de cinq décennies plus tard.

 

 

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L'Arche de M. Servadac
Na kometě
de Karel Zeman
Avec : Emil Horváth (Servadac), Magda Vášáryová (Angelika), Frantisek Filipovský ( Picard), Cestmír Randa (le consul), Josef Hlinomaz (le capitaine Lacoste)
Tchécoslovaquie, 1970.
Durée : 74 min
Sortie en salles (France) : 16 mai 1974
Sortie France du DVD : 2 mai 2018
Format : 1,66 – Couleur
Langues : tchèque, français - Sous-titres : anglais, tchèque, français.
Éditeur: Malavida
Collection : Ciné club Karel Zeman
Bonus :
La Naissance d’une légende
Karel Zeman, la légende continue
L’absurdité de la guerre
Biographie
Filmographie
Bandes annonces
Présentation du musée Zeman de Prague



 

 

 

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