Depuis quelques décennies, le suicide de l’agriculture française

Dans les années 1990, un agriculteur acculé par les dettes générées par l’exploitation dont il a hérité, est poussé par la coopérative agricole à grossir encore plus pour accueillir un élevage plus conséquent.

"Au nom de la terre" d’Édouard Bergeon © Diaphana "Au nom de la terre" d’Édouard Bergeon © Diaphana
Sortie DVD : Au nom de la terre d’Édouard Bergeon

Au début du développement de cette histoire, il y avait un documentaire du même réalisateur Édouard Bergeon intitulé Les Fils de la terre (2012) qui alertait sur la réalité actuelle dramatique du milieu agricole où un agriculteur par jour se suicide en France. Avant ce documentaire encore, il y a l’histoire vraie d’Édouard Bergeon qui a passé son enfance et son adolescence dans la ferme agricole tenue par son père dont l’histoire a servi d’inspiration directe pour l’écriture du scénario original d’Au nom de la terre. L’histoire se situe essentiellement dans la seconde moitié des années 1990 où les agriculteurs français doivent toujours grossir davantage, s’accaparant toujours plus de terres, de matériels mécaniques toujours plus onéreux, d’engrais et d’herbicides toujours omniprésents dans leur quotidien, des animaux engraissés toujours plus nombreux enfermés dans des espaces toujours plus étroits… jusqu’aux révélations des scandales alimentaires de l’industrie agrochimique où les agriculteurs conventionnels sont suspectés d’empoisonner plus ou moins consciemment leurs concitoyens avec l’approbation des pouvoirs publics. Ajoutez à cela le poids de l’héritage familial où le lieu comme les outils de travail sont lourdement investis de sens. Dans le milieu masculin des grands exploitants où le travail est la valeur ultime qui est sensé soigner tous les maux comme apporter toutes les satisfactions individuelles, impossible de montrer ses limites, ses faiblesses. L’explosion ultime est alors le suicide… C’est cette réalité plus globale des agriculteurs français au détour des années 1990 qui est ici racontée autour de l’histoire vraie du père de réalisateur.

Disposant de l’appui de Christophe Rossignon, producteur entre autres des films de Matthieu Kassowitz, Michel Ocelot, Stéphane Brizé, Philippe Lioret, etc. le projet de ce premier long métrage de fiction devient ambitieux économiquement et peut faire appel à un brillant casting : Guillaume Canet, Veerle Baetens (Alabama Monroe), Anthony Bajon (la révélation dans La Prière), Rufus et Samir Guesmi, encore malheureusement relégué à un rôle secondaire. On le comprend bien, l’ensemble est d’autant plus juste que le réalisateur est pleinement investi pour rendre hommage non seulement à la destinée tragique de son propre père mais de toute l’agriculture conventionnelle soumise aux diktats des grands groupes associant coopératives, banques et fonds monétaires internationaux.

Le film est un drame familial agricole et social, réalisé de manière assez traditionnelle, pour ne pas dire conventionnelle, comme pour répondre aux moyens économiques conséquents (plus de 5 millions d’euros). La mise en scène est ainsi moins libre pour représenter le monde paysan que dans le film d’Hubert Charuel Petit paysan (2017). Ainsi, malgré toute la conviction de Guillaume Canet dans le rôle principal du film jouant de manière quasi mimétique le père du réalisateur, difficile d’oublier l’acteur derrière son personnage. Cela n’empêche nullement, au contraire, d’offrir une diffusion plus large sur une prise de conscience primordiale : l’agriculture que l’on souhaite soutenir et voir fièrement se retrouver dans son assiette.

 

 

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Au nom de la terre
d’Édouard Bergeon
Avec : Guillaume Canet (Pierre Jarjeau), Veerle Baetens (Claire Jarjeau), Anthony Bajon (Thomas Jarjeau), Rufus (Jacques Jarjeau, père de Pierre), Samir Guesmi (Mehdi), Yona Kervern (Emma Jarjeau), Marie-Christine Orry (Martine Jarjeau), Raffin Melanie (Sarah), Solal Forte (Rémi), Michel Lerousseau (le médecin), Emmanuel Courcol (le notaire), Christophe Rossignon (le banquier),Gilles Kneusé (le psychiatre)
France, Belgique – 2019.
Durée : 100 min
Sortie en salles (France) : 25 septembre 2019
Sortie France du DVD : 4 février 2020
Format : 2,35 – Couleur
Langues : français.
Éditeur : Diaphana
Bonus :
Commentaire audio d’Édouard Bergeon et Guillaume Canet
Entretien avec Édouard Bergeon (20’)
Scène coupée : fin alternative (8’)
Bandes-annonces

 

 

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