Le donjuanisme : une religion des désirs ?

Don Juan est en quête de la satisfaction de ses désirs, faisant fi des conventions de la société autour de la sacralisation du couple, du mariage, de la religion, de la filiation.

"Don Juan" de Jacques Weber © Éditions Montparnasse "Don Juan" de Jacques Weber © Éditions Montparnasse

Sortie DVD : Don Juan de Jacques Weber

Le premier et l’unique à ce jour long métrage réalisé pour le cinéma par Jacques Weber semble être une réponse directe au Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau (1990) où le rôle titre avait été tenu avec une réelle virtuosité par Gérard Depardieu alors que Jacques Weber s’était fait une spécialité de ce personnage en le jouant plus de cinq cents fois pour le théâtre. On retrouve le goût pour les dialogues théâtraux de la pièce d’origine, leurs effets sur la séduction d’un auditoire, la présence des corps mis en compétition, rivalité et surtout profondément questionnés. Jacques Weber imprime sa propre conception de la mise en scène à l’œuvre de Molière, faisant de son personnage éponyme un homme fatigué, usé par la vie qui questionne une dernière fois ses certitudes et son goût fondamental pour la révolte contre l’ordre établi. Il prend pour cela une vraie liberté par rapport au texte original, transformant des personnages (l’ermite en enfant pauvre),en ajoutant d’autres (la mère de Don Juan), etc. Qui plus est, Don Juan se révèle être une œuvre plus intimiste que le grandiose et spectaculaire Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau, limitant les grandes scènes de bataille et autres scènes spectaculaires. Ainsi, le lieu privilégié de Jacques Weber pour raconter son histoire est le désert, comme pour illustrer la sécheresse inhérente des sentiments de Don Juan qui cherche le désir comme on cherche de l’eau en plein désert. Séduire les femmes est sa source de vie et la remettre en cause conduit à sa propre fin. La bonne idée de Jacques Weber est d’avoir évacué tout moralisme religieux dans cette histoire d’homme qui se rebelle contre l’ordre établi, tout en jouissant de son statut de noble qui participe à son pouvoir de séduction sur la gente féminine. Outrageusement misogyne, Don Juan exacerbe les travers et l’hypocrisie de son époque, comme celle de Jacques Weber, l’affaire Weinstein et les réactions conséquentes traduisant tous ces Don Juan en puissance usant du système de la hiérarchie sociale et professionnelle patriarcale. Il en ressort un véritable dynamisme de la mise en scène, servie par une excellente composition musicale de Bruno Coulais et un excellent casting où l’on retrouve à la fois Emmanuelle Béart, Penélope Cruz, Ariadna Gil, Denis Lavant et Michael Lonsdale ! On trouve là le sens de la troupe et un amour du théâtre inhérent à Jacques Weber qui lui permet ses infidélités bien à propos à l’égard de sieur Molière.

 

 

3346030029039
Don Juan
de Jacques Weber
Avec : Jacques Weber (Don Juan), Michel Boujenah (Sganarelle), Emmanuelle Béart (Elvire), Penélope Cruz (Mathurine), Ariadna Gil (Charlotte), Denis Lavant (Pierrot), Michael Lonsdale (Don Luis), Jacques Frantz (Don Alonse), Pierre Gérard (Carlos), Arnaud Bedouët (La Violette), Philippe Khorsand (Monsieur Dimanche), Lucas Uranga (Ragotin), Pedro Casablanc (Lucas)
France, Espagne, Allemagne, 1998.
Durée : 95 min
Sortie en salles (France) : 18 mars 1998
Sortie France du DVD : 6 mars 2018
Format : 1,85 – Couleur
Langue : français.
Éditeur : Éditions Montparnasse

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.