"Blade Runner" un film de Ridley Scott

En 2019, dans une Los Angeles futuriste plongée dans une nuit pluvieuse sans fin, un homme est chargé de traquer et tuer les rebelles réplicants, esclaves humanoïdes conçus génétiquement qui ont voulu rejoindre l’humanité.

"Blade Runner" de Ridley Scott © Warner Bros. "Blade Runner" de Ridley Scott © Warner Bros.
Sortie de l’édition 4K Ultra HD + Blu-ray - Version Final Cut - Boîtier SteelBook : Blade Runner de Ridley Scott

Replonger dans le film culte Blade Runner 40 ans plus tard et se rendre compte que sa force est toujours la même lorsqu’elle ne s’est pas décuplée !! L’exercice est à tout point de vue fascinant avec l’avantage de prendre en considération le très large héritage que le film a laissé sur les innombrables films qui ont été réalisés depuis. Blade Runner lui-même s’était profondément nourri à la fois de l’histoire du cinéma américain classique autour des films noirs portés par un Humphrey Bogart qui a assurément influencé le personnage joué ici par Harrison Ford, sans parler de la ville tentaculaire étouffant l’humanité où la révolte des esclaves gronde à l’instar de Metropolis de Fritz Lang, ou encore le monde futuriste cyberpunk décrit dans les romans graphiques de Moebius, la réflexion métaphysique de l’avenir de l’humanité chère à Stanley Kubrick dans 2001, l’odyssée de l’espace… Les références sont plus nombreuses encore avec une mise en œuvre réussie où l’inspiration crée une connexion puissante initiant une réflexion philosophique infinie qui donne la chair de poule tellement elle touche du doigt notre profonde humanité quelle que soit l’époque. En assumant son style rétrofuturiste sous l’influence picturale d’Edward Hopper, le film a également traversé le temps avec brio, de même les effets spéciaux réalisés par Douglas Trumbull, un véritable génie précurseur en la matière.

De la même manière que le film Alien réinventait à la fois le film d’horreur et le film de science-fiction, Ridley Scott poursuit sa révolution en réinventant en les faisant fusionner le polar classique avec le film d’anticipation métaphysique. Blade Runner use avec une grande sobriété des scènes d’action dans une histoire qui pouvait être dispendieuse en la matière. Ridley Scott ralentit d’ailleurs souvent l’intrigue en offrant une vraie place autonome au parcours des réplicants, assassins sans scrupules mais dont la rébellion pour sortir de l’esclavage est légitime face à un représentant de l’ordre qui peut traquer et ôter la vie sans le moindre jugement. Toute la profondeur du personnage du blade runner joué par Harrison Ford est porté par la culpabilité incessante d’avoir à assumer ces peines de mort qu’il met en application non sans blessures d’âme qu’il tente de noyer dans l’alcool.

L’avenir de l’humanité ici n’est guère encourageante dans cette société où le siège de l’entreprise qui a créé ces réplicants trône dans une immense pyramide surplombant la ville, imposant ainsi son pouvoir sans scrupule à l’instar d’un pharaon des temps modernes. Alors que les réplicants sont en quête d’une humanité de laquelle ils ont été exclus, les êtres humains semblent avoir totalement renoncé à vivre leur humanité spontanée en acceptant de subir les directives qui leur sont imposées dans une société hiérarchique.

Le combat des femmes dans ce monde semble condamné d’avance à l’instar du cheminement des réplicants : telle est la conviction pessimiste du réalisateur de Thelma et Louise, film où la révolte féminine finissait dans un suicide du couple féminin éponyme. En effet, les personnages féminins de Blade Runner représentent les différents fantasmes masculins de l’assouvissement de la femme (la secrétaire servile, la danseuse érotique, la prostituée à la disposition des soldats) qui apparaît dans tous les cas sous les traits d’un réplicant. La fin de l’humanité est ici illustrée par l’absence de la place des femmes dans la société. Un tel discours a encore de belles opportunités à animer des débats contemporains sur la société actuelle et le film n’en a pas fini de dévoiler ses secrets les plus obscurs.

Cette nouvelle édition met en valeur la director’s cut avec une fin qui correspond bien à l’ambiguïté desservie tout au long du film. La restauration a été réalisée de main de maître et remet en valeur autant l’image que l’excellente piste sonore qui crée à la fois l’espace et l’ambiance de tout le film, pour ne pas dire son âme. L’attention sur le son est ici très méticuleuse et permet à tout moment de s’immerger pleinement dans ce film d’anticipation. Sans oublier la miraculeuse composition musicale originale d’un Vangelis extrêmement bien inspiré qui signe l’une de ses meilleures compositions de musique pour le cinéma.

 

 

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Blade Runner
de Ridley Scott
Avec : Harrison Ford (Rick Deckard), Rutger Hauer (Jean-Luc Montminy) : Roy Batty), Sean Young (Rachel), Edward James Olmos (Gaff), M. Emmet Walsh (Bryant), Daryl Hannah (Pris), William Sanderson (J. F. Sebastian), Joe Turkel (Dr Eldon Tyrell), Brion James (Leon Kowalski), Joanna Cassidy (Zhora), Morgan Paull (Holden), Hy Pyke (Taffey Lewis), James Hong (Hannibal Chew)
USA, 1982.
Durée : 117 min
Sortie en salles (France) : 15 septembre 1982
Sortie France de l’édition 4K Ultra HD + Blu-ray - Version Final Cut - Boîtier SteelBook : 5 mai 2021
Format : 2,40 – Couleur
Éditeur : Warner Bros. Entertainment France

Bonus :
Présentation de Ridley Scott pour la version de travail (49 » - VOST)
Commentaire audio sur la version de travail par Paul M. Sammon, auteur du livre « Future Noir: The Making of Blade Runner » (VO sans sous-titre)
« Des temps difficiles : le making of de Blade Runner » (2007 - HD - 214’25” - VOST)
« Tous nos futurs possibles : de la copie de travail à la version finale » (2007 - HD - 28’33” - VOST)
Bonus supplémentaires (2007 - HD - VOST) :

  • « La création » (29’33”)
  • « La fabrication » (63’26”)
  • « Longévité » (36’26”)

Galeries photos (HD) :

  • Storyboards
  • Séquences abandonnées
  • Ridleygrams (croquis de Ridley Scott)
  • Galerie de Syd Mead
  • Galerie de Mentor Huebner
  • Costumes
  • Iconographie
  • Effets spéciaux et animation

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