L’amitié virile est un long fleuve hawksien

Sortie DVD de La Captive aux yeux clairs, de Howard Hawks

 © Warner Bros. © Warner Bros.

Sortie DVD de La Captive aux yeux clairs, de Howard Hawks

Dans le Missouri, en 1832, Jim Deakins qui se baladait gaiement tombe nez à nez avec Boone Caudill, un homme à forte poigne. Après quelques coups de poings échangés, ils deviennent très vite des amis inséparables. L’oncle de Boone les conduit dans une longue expédition sur le Missouri dans le but de prendre contact avec les Indiens Blackfoot et commercer avec eux.

 

Dès les premières séquences du film apparaît l’univers hawksien : l’amitié virile symbolisée par deux hommes se frappant pour faire connaissance. Ainsi, sous la forme d’un western, l’histoire est celle d’une amitié masculine éprouvée par l’arrivée d’une jeune et jolie Indienne. C’est le plus gros enjeu scénaristique du film et à côté de cela, l’expédition et son devenir n’est qu’un prétexte à l’obsession hawksienne de suivre son duo de personnages. Cet univers est excessivement masculin et l’unique femme ne sert qu’à mettre en valeur les personnages masculins. Pour cette raison, celle-ci n’a même pas droit à la parole : parlant uniquement la langue des Blackfoots, tout ce temps passé auprès d’anglophones et de francophones ne lui aura jamais permis de saisir la moindre bribe de vocabulaire… L’actrice chargée d’incarner la jeune Indienne, est un mannequin répondant plus à l’esthétique de beauté des conquérants de l’Ouest que de la communauté indienne. Les Indiens, contrairement aux westerns des décennies antérieures, ne sont pas foncièrement mauvais, mais ne possèdent aucune personnalité propre : au même titre que les personnages féminins, ils n’intéressent pas le réalisateur. Est-ce donc là la définition du western foncièrement viril et construit par le seul regard du Blanc conquérant ? Ainsi est-il rendu hommage en préambule à l’héroïsme des pionniers qui ont défriché les zones laissées à l’état sauvage pour ouvrir la voie à ce qui allait devenir les États-Unis du XXe siècle. On n’est bien évidemment dans une idéologie à l’heure où l’identité américaine au sortir de la Seconde Guerre mondiale se trouve dans un esprit enthousiaste de vainqueur conquérant : après la conquête de l’Ouest américain, est venu le temps de la conquête du marché mondial, en pleine Guerre froide, alors que le maccarthisme est à son apogée de pression aux États-Unis au moment de la réalisation du film.

Il n’en reste pas moins que le film est une ballade au rythme du fleuve, parsemée de chansons francophones, de danses. Lorsque la mort frappe, elle est dès lors d’autant plus impressionnante que l’on ne s’y attendait pas. En outre, le réalisateur fait la part belle aux lieux de tournage auxquels rend hommage le titre original du film : The Big Sky. Kirk Douglas est à son accoutumée énergique et plein d’entrain, sans jamais voler la vedette à ses compagnons, qu’ils apparaissent un peu fade (Dewey Martin) ou plus inspirés (Arthur Hunnicutt et Stephen Geray). Globalement, le film et bien réalisé, même si les cadrages autour des personnages ont quelque peu vieilli : les personnages ne cessent de se resserrer entre eux pour entrer dans le cadre étroit (1,37) de l’époque. Ceci conduit à des postures peu réalistes et parfois « théâtralisée » de personnages secondaires qui ne savent plus quoi faire de leur corps devenu encombrant.

 

 

La Captive aux yeux clairs

The Big Sky

de Howard Hawks

Avec : Kirk Douglas (Jim Deakins), Dewey Martin (Boone Caudill), Arthur Hunnicutt (Zeb Calloway), Elizabeth Threatt (Teal Eye), Buddy Baer (Romaine), Stephen Geray (Jourdonnais), Hank Worden (Poor Devil), Jim Davis (Streak), Henri Letondal (Labadie), Robert Hunter (Chouquette)

 

États-Unis – 1952.

Durée : 122 min

Sortie en salles (France) : 9 octobre 1953

Sortie France du DVD : 13 mai 2015

Format : 1,37 – Noir & Blanc – Son : Dolby Digital 2.0 Mono

Langues : anglais, français - Sous-titres : français.

Éditeur : Warner Bros.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.