Korczak, un pédagogue face à la fin de l'humanité

Janusz Korczak fait partie de ces pédagogues révolutionnaires qui ont repensé l'éducation et la place active de l'enfant dans le processus d'apprentissage au début du XXe siècle. Lorsque la Pologne est violemment occupée par les Nazis en 1939, Korczak suit ses 200 orphelins juifs dans le ghetto de Varsovie.

"Korczak" d'Andrzej Wajda © Éditions Montparnasse "Korczak" d'Andrzej Wajda © Éditions Montparnasse

Sortie DVD : Korczak d’Andrzej Wajda

Les pédagogies alternatives retrouvent un nouveau regain d'intérêt, un siècle après qu'une multitude de pédagogues ont remis en question l'école-fabrique de chairs à canon de la Première Guerre mondiale. Ils avaient pour noms Célestin Freinet, Maria Montessori, Rudolf Steiner et Janusz Korczak. Andrzej Wajda s'intéresse à cette figure de l'histoire polonaise, en explorant la notion de sacrifice d'un individu durant l'époque la plus traumatisante de la Pologne depuis plus d'un siècle. Il ne s'agit pas d'une biographie complète de la réalité historique de Janusz Korczak mais de ses années passées dans le ghetto de Varsovie avec ses 200 enfants orphelins jusqu'à l'extermination finale au camp de Treblinka en 1942. Cette reconstitution historique est toujours éprouvante parce qu'elle se solde sur un drame incontournable, où l'innocence est sacrifiée sans le moindre état d'âme par une machine impitoyable. Les méthodes pédagogiques, même si elles ne constituent pas l'enjeu du film, sont belles et bien présentes pour opposer la foi d'un homme pour une humanité qui n'aurait plus à prendre aveuglément les armes parce que l'enfance préservée, active dans son apprentissage ouvre la voie d'une maturité accomplie. Wajda est bel et bien un cinéaste qui maîtrise parfaitement les reconstitutions historiques en se passant de l'artificialité d'une mise en scène spectaculaire. Le drame se développe de plus en plus, étendant toujours davantage sa chape de plomb. Le film est réalisé en 1989 à l'heure où le travail de mémoire au sujet de l'Holocauste était encore peu audible et visible dans le cinéma. Le cinéaste polonais Wajda participe avec son film à la nécessité de se réapproprier une histoire passée avec ses figures héroïques. La limite du film est cette construction d'un homme hors du commun, où l'on insiste un peu trop sur son sacrifice final tout au long du film où une multitude de personnages ne cessent de proposer à Korczak de prendre la fuite. Alors que tout s'effondre autour de lui, la seule humanité qui lui reste est toujours ses enfants. Même si sa pédagogie méritait d'apparaître davantage à l'écran pour montrer aussi comment Korczak a préparé ses enfants à faire face à leur propre mort imminente, les motivations du personnage qui s'inscrivent pleinement dans sa pédagogie et son humanisme sont pleinement accessibles au spectateur. Un an après la disparition d'Andrzej Wajda, ce film conserve indiscutablement une place importante dans sa filmographie, replaçant dans un contexte tout contemporain la figure toujours moderne du pédagogue dans le mouvement progressiste des écoles alternatives.

 

 

korczak

Korczak
d'Andrzej Wajda
Avec : Wojciech Pszoniak (Henryk Goldszmit / Janusz Korczak), Ewa Dalkowska (Stefania 'Stefa' Wilczynska), Teresa Budzisz-Krzyzanowska (Maryna Rogowska-Falska), Marzena Trybala (Estera), Piotr Kozlowski (Heniek), Zbigniew Zamachowski (Ichak Szulc), Jan Peszek (Max Bauer), Aleksander Bardini (Adam Czerniaków), Maria Chwalibóg (l'épouse de Czerniaków), Andrzej Kopiczynski (le directeur de Polskim Radiu), Krystyna Zachwatowicz (la mère de Szloma)
Pologne, Allemagne, Royaume-Uni, France – 1989.
Durée : 114 min
Sortie en salles (France) : 9 janvier 1991
Sortie France du DVD : 16 août 2017
Format : 1,85 – Noir & Blanc
Langue : polonais - Sous-titres : français.
Éditeur : Éditions Montparnasse
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