"Stella, femme libre" de Michael Cacoyannis

Stella est chanteuse de bouzouki dans un cabaret où les hommes sont fascinés par elle. L’un d’eux la demande en mariage, ce qui entraîne la rupture de leur relation : Stella veut être libre et le mariage signifie son esclavage.

"Stella" de Michael Cacoyannis © Tamasa "Stella" de Michael Cacoyannis © Tamasa
Sortie du DVD : Stella, femme libre de Michael Cacoyannis

Que faire face à un chef-d’œuvre atemporel du cinéma grec ? Se laisser prendre par ce mélodrame réussissant à unir la modernité de l’émancipation féminine dans une société grecque archaïque à travers une mise en scène inspirée par le néo-réalisme italien et le sens antique de la tragédie ! Michael Cacoyannis pour son second long métrage, témoigne déjà d’un sens développé de la construction dramatique avec des cadrages extrêmement précis qui ne doivent rien au hasard et qui sont aussi des clins-d’œil explicites pour le cinéma américain : ainsi, un dialogue entre Stella et son pianiste évoque Casablanca (Michael Curtiz), un baiser sur la plage avec des corps en maillots de bains baignés par les vagues invite Tant qu’il y aura des hommes (From Here to Eternity, Fred Zinnemann, 1953) et un règlement de comptes final un duel tout droit issu d’un western. Quant au récit, il puise sur diverses figures mythologiques emblématiques pour inspirer son puissant sens de la tragédie à l’instar de la demande faite à Orphée : « Va et ne te retourne pas ! »

Le film s’appuie encore sur l’extraordinaire performance de son actrice principale Melina Mercouri qui joue pourtant pour la première fois devant une caméra après une longue expérience au théâtre. Michael Cacoyannis convoque aussi de nombreux talents grecs de l’époque en adaptant la pièce de théâtre Stella aux gants rouges d’Iákovos Kambanéllis et en confiant le soin de la création et de l’interprétation musicales à Mános Hadjidákis, Vassílis Tsitsánis et Sofia Vembo.

La musique a d’ailleurs un rôle diégétique très fort et ne se résume ainsi jamais à vendre de l’exotisme grec. Ainsi, le bouzouki représente le poids la tradition quand il est opposé en un formidable montage parallèle au jazz de la modernité féminine revendiquée par Stella. Quant aux enjeux contemporains du tournage ils sont prépondérants puisqu’au moment du tournage les femmes obtiennent en Grèce le droit de vote. Ainsi, même si l’émancipation politique et économiques des femmes grecques n’est pas ouvertement déclamée, tout le récit s’épanouit dans une confrontation forte entre modernité et tradition, où la femme est l’avenir de l’humanité. Stella n’a ainsi pas d’autre revendication que de pouvoir jouir de la vie avec les hommes qu’elle aime profondément et passionnément sans l’entrave du mariage et de la domestication bourgeoise.

La lutte des classes sociales est aussi présentée autour de l’opposition de ses deux amants antothétiques : le premier est un riche oisif distingué à l’expression tout en retenue de ses émotions alors que le second est un footballeur célèbre d’origine modeste qui est une boule d’énergie physique sexuelle décomplexée et explosive. Le film démontre que le patriarcat n’est pas un problème de classe sociale puisqu’on le retrouve à tous les niveaux et que l’émancipation féminine doit s’appuyer non pas sur les promesses de la victoire d’une classe sur une autre, mais bien sur une prise de conscience collective de la privation de liberté de la moitié de l’espèce humaine par l’autre. Ainsi, la date du mariage correspond symboliquement au même jour que l’une des deux fêtes nationales : le jour où la Grèce a dit « non » à l’Italie mussolienne de se soumettre ! Le destin de Stella consiste dès lors à clamer haut et fort sa liberté, dût-elle connaître la tragédie.

 

 

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Stella, femme libre
Stella
de Michael Cacoyannis
Avec : Melina Mercouri (Stella), Giórgos Foúndas (Míltos), Alekos Alexandrakis (Alékos), Christina Kalogerikou (la mère de Míltos), Voula Zouboulaki (Annetta), Dionysis Papagiannopoulos (Mitsos), Sofía Vémbo (María, le propriétaire du Paradis), Costas Kakavas (Antonis), Tassó Kavadía (la sœur d'Alékos), Michael Cacoyannis (un invité au mariage), Nitsa Papa, K. Pateraki, G. Pomonis, Kostas Karalis
Grèce, 1955.
Durée : 90 min
Sortie en salles (France) : avril-mai 1955 (festival de Cannes) ; 10 janvier 1958 (sortie nationale)
Sortie France du DVD : 6 mai 2014
Noir & Blanc
Langue : grec - Sous-titres : français.
Éditeur : Tamasa Diffusion

Bonus :
Bande-annonce réédition 2013
Galerie de photos et affiches
Autour de Stella : témoignages (20’)
un livret (16 pages)

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