La mort de l'humanité ou l'expérience transhumaniste

Dans un futur proche au Japon, plusieurs centrales nucléaires ont été attaquées. Les habitants du pays fuient peu à peu à l'étranger tandis que d'autres attendent leur tour. C'est le cas de Tania souffrant d'une maladie incurable et vivant seule sous la surveillance de son robot androïde.

"Sayonara" de Kôji Fukada © Survivance "Sayonara" de Kôji Fukada © Survivance
Sortie DVD : Sayonara de Kôji Fukada

Dans un monde semi apocalyptique, l'humanité à l'image du personnage principal est en train de disparaître sous les yeux insensibles de la pointe de la technologie humaine : un robot à forme humaine. Cette fin de l'humanité est retracée à rythme lent en cohérence avec l'absence d'enjeux pour des individus qui n'attendent rien d'autre que la mort. La seule figure capable de survivre à la catastrophe causée par l'humanité est un robot qui se trouve lui-même vidé de sens en l'absence de tout humain à servir. Le personnage humain central, Tania, est une jeune femme qui, née en Afrique du Sud, a fui la fin de l'Apartheid dans le contexte où des Blancs étaient assassinés. Au Japon, ses parents qui la savent atteinte d'une maladie incurable lui ont offert un esclave qui veillera sur elle en la personne d'un robot. Ce contexte est en soi une curieuse et troublante mise en miroir de l'histoire de l'humanité dans sa folie à vouloir asservir, qu'il s'agisse de la nature comme des autres êtres humains. Le transhumanisme évoqué ici est étroitement lié à la filiation de l'histoire de la servitude de l'Autre, rappelant le destin dérisoire d'une humanité qui s'est lancée aveuglément dans une course au progrès qui ne laisse plus derrière elle que des destructions où les êtres vivants n'ont plus droit de cité. Le réalisateur de La Grenadière et d'Harmonium épouse ici le rythme et l'esthétique du cinéma d'Alexandre Sokourov pour mener une réflexion sur la post humanité.
L'histoire est adaptée d'une pièce de théâtre où une actrice menait un dialogue existentiel avec un vrai robot à l'apparence humaine sur scène. Ici, le cinéma traduit un monde où l'apocalypse est en train de se généraliser à travers des filtres altérant la lumière et des lentilles générant une anamorphose, ce qui produit un malaise profond dans la stabilité de base de l'humaine rationalité. L'expérience cinématographique est troublante car la mort est saisie comme les peintres de la fin du Moyen-Âge marqués par les ravages de la peste l'ont cristalisée dans leurs tableaux de manière plus ou moins explicite, à l'image encore de l'apparition de la mort en anamorphose par Hans Holbein le Jeune dans sa peinture Les Ambassadeurs (1533). Vu à travers une lentille, objet scientifique censé développer le regard sur le monde, c'est la dérisoire découverte de la mort qui règne sans partage qui impose son ordre ultime, à l'image des enjeux de ce film aux préoccupations existentielles transhumanistes pointant du doigt la réalité contemporaine. Un cinéma indépendant japonais audacieux !
Ajoutons à cela une remarquable réflexion sur le transhumanisme dans le cinéma par Carlos Tello en guise de bonus de cette édition DVD.

 

 

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Sayonara
réalisé par Kôji Fukada
Avec : Bryerly Long (Tania), Germinoid F (Leona), Hirofumi Arai, Makiko Murata, Nijiro Murakami, Yuko Kibiki, Jerone Kircher, Irène Jacob
Japonais, 2015.
Durée : 108 min
Sortie en salles (France) : 10 mai 2017
Sortie France du DVD : 2 juillet 2019
Format : 1,85 – Couleur
Langue : japonais - Sous-titres : français.
Éditeur : Survivance
Bonus :
Transhumanisme : Entretien avec Carlos Tello
Livret contenant un entretien avec Kôji Fukada
Affiche du film

 

 

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