Joker ou les névroses de la violence de la pyramide sociale

Au début des années 1980, Gotham City sombre de plus en plus dans un chaos conséquence du mépris grandissant d’une élite politique et économique incarné notamment par Thomas Wayne. Arthur Fleck, vivant avec sa mère dont il s’occupe seul, est humilié sans cesse par des inconnus comme ses proches. Son mal-être s’exprime par un handicap : un rire irrépressible.

"Joker" de Todd Phillips © Warner Bros. "Joker" de Todd Phillips © Warner Bros.
Sortie DVD : Joker de Todd Phillips

Après les origines des super-héros et une psychologie toujours plus sombre et traumatisée liée à l’aire du temps, c’est au tour des bad guys charismatiques de raconter leur propre histoire. C’était l’enjeu déjà il y a vingt ans avec la seconde trilogie des Star Wars (nommée la « prélogie » puisqu’il s’agit de la trilogie préquel de celle réalisée à la fin des années 1970 et au début des années 1980) dont tout l’enjeu était construit sur les origines du mystérieux méchant emblématique Dark Vador. Voici donc l’origine du plus charismatique méchant antagonique de Batman qui avait relancé à la fin des années avec la réalisation de Tim Burton une nouvelle ère des super-héros : le Joker. Après l’interprétation sensationnelle de Jack Nicholson, dépassée par celle de Heath Ledger, Joaquin Phoenix relève le nouveau défi de faire de cette figure emblématique la radiographie des névroses d’une époque. Car si le film est situé au début des années 1980, c’est bien de la crise de société du monde contemporain dont le film rend compte avec la violence méprisante de la classe sociale au sommet de la pyramide du pouvoir économique et politique, comme l’incarne les dirigeants actuels des pseudo-démocraties qui se partagent les décisions géopolitiques internationales.

Joker est ainsi devenu un film qui a rencontré son public et le mouvement de révolte international face aux injustices sociales en très peu de temps. Son analyse sociologique est en effet d’une brillante perspicacité et des plus ambitieuses de la part du réalisateur qui s’était jusque-là fait sa notoriété plutôt réussie avec sa trilogie des Very Bad Trip. Il faut signaler que Todd Philipps a fait appel pour incarner sa figure éponyme à l’un des acteurs les plus inventifs, créatifs, repoussant toujours plus loin ses propres limites physiques et psychologiques dans une gamme extrêmement large de personnages : Joaquin Phoenix. Non seulement le film trouve son époque et son public mais surtout le réalisateur trouve dans la complicité et le désir d’expérimentation totale de son acteur une opportunité unique dans sa filmographie pour mettre en scène un film qui prend dès lors une ampleur inattendue. Malgré les quelques clins d’œil quasi fétichistes à l’univers de Batman, le film prend son entière liberté à l’égard de cet univers de super-héros aux cheminements codés pour poser une nouvelle réflexion perspicace sur la nature du mal étroitement liée à la violence de la lutte de classes.

 

 

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Joker
de Todd Phillips
Avec : Joaquin Phoenix (Arthur Fleck / Le Joker), Robert De Niro (Murray Franklin, le présentateur de l'émission), Zazie Beetz (Sophie Dumond, la voisine d'Arthur), Frances Conroy (Penny Fleck, la mère d'Arthur), Hannah Gross (Penny Fleck, jeune), Shea Whigham (l’inspecteur Burke), Bill Camp (l’inspecteur Garrity), Glenn Fleshler (Randall, le collègue d'Arthur), Leigh Gill (Gary, le collègue d'Arthur), Greer Barnes (un collègue de travail d'Arthur), Brett Cullen (Thomas Wayne), Dante Pereira-Olson (Bruce Wayne, le fils de Thomas), Carrie Louise Putrello (Martha Wayne, l'épouse de Thomas), Douglas Hodge (Alfred Pennyworth, le Majordome de la famille Wayne), Josh Pais (Hoyt Vaughn), Rocco Luna (GiGi Dumond), Marc Maron (Ted Marco), Sondra James (Dr Sally), Murphy Guyer (Barry O'Donnell), Frank Wood (Dr Stoner), Bryan Callen (un strip-teaseur), April Grace (la psychiatre d'Arkham State Hospital), Brian Tyree Henry (Carl), Justin Theroux (un invité de Live With Murray Franklin), Todd Phillips (le comédien au Pogo's juste avant Arthur Fleck), Chris Redd (l’animateur du Pogo's Club), Carl Lundstedt (le membre de Wayne Enterprise qui agresse Arthur)


USA – 2019.
Durée : 121 min
Sortie en salles (France) : 9 octobre 2019
Sortie France du DVD : 12 février 2020
Format : 1,85 – Couleur
Éditeur : Warnes Bros.
Bonus :
« Veuillez accueillir… Joker ! » : prises alternatives (2’44”, VOST)

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