Un violon sur le toit pour s'affirmer pudiquement

Un violoniste émérite mais désabusé doit donner des cours de violon dans un collège à une classe de 6ème. Ses débuts sont d’autant plus laborieux que les élèves se révèlent difficiles et provocateurs à l’égard de sa rigidité.

"La Mélodie" de Rachid Hami © UGC Vidéo "La Mélodie" de Rachid Hami © UGC Vidéo

Sortie DVD : La Mélodie de Rachid Hami

La musique adoucit les mœurs et peut être un facteur d’intégration et de prise de confiance en soi : c’est selon ce précepte que le scénario original s’inspire de l’expérience du programme Démos de la Philharmonie de Paris qui est un « dispositif d’éducation musicale et orchestrale à vocation sociale ». Guy Laurent, le scénariste des grosses comédies de ces dernières années (C'est beau la vie quand on y pense, Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu?, Stars 80, Les Vacances de Ducobu, etc.) a proposé à Rachid Hami de faire de ce sujet la trame du scénario de son premier long métrage. Il en résulte un véritable « feel good movie » qui s’assume en tant que tel, notamment avec la présence de Kad Merad dans le rôle principal du professeur de musique qui retrouve goût à la vie au contact de jeunes collégiens. La présence de Guy Laurent au scénario est ce qui est le plus handicapant pour l’ensemble du film où les grandes ficelles d’un récit d’apprentissage sont usées jusqu’à épuisement. Heureusement, Rachid Hami s’impose avec une mise en scène héritière de son travail avec Abdellatif Kechiche et Arnaud Desplechin. Il en résulte un film beaucoup plus intimiste qu’il n’y paraît au premier regard, avec un Kad Merad tout en sobriété au service de son personnage tout en retenue et maladresse corporelle. Tous les rôles d’adulte servent ainsi avec subtilité et une vraie présence le jeu des enfants, à l’instar de la magnifique interprétation de Tatiana Rojo dans le rôle de la mère d’Arnold.
Le montage est aussi à mettre en valeur parce qu’il permet de mettre en avant les enfants qui sont au cœur de cette histoire : les acteurs professionnels à ce titre ne volent jamais la vedette aux acteurs non professionnels au premier rang desquels on trouve les enfants. Cela aurait été un comble s’il en était autrement puisque les adultes se dévouent durant tout le récit au profit des enfants. Les choses fonctionnent et Rachid Hami a bien assimilé le propos et la méthode de Ken Loach pour raconter son récit social avec élégance et simplicité dans la mise en scène. Le film multiplie les gros plans pour lire au plus près des personnages leurs émotions, leurs doutes, leurs protestations. À ce titre le film est plus expérimentateur qu’il n’y paraît, telle une modeste audace rare dans une production de cette ampleur. Le film ne se situe pas dans la filiation du cinéma documentaire et de la fiction réaliste : il s’agit avant tout d’un conte urbain où la fiction porte de multiples symboles au premier rang desquels se trouve la volonté de défendre une véritable cohésion sociale pour tous. Le film est délibérément optimiste et ne souhaite rien de mieux que de répandre cette bonne volonté autour de lui. Hormis les facilités de scénario directement imputables à Guy Laurent, La Mélodie constitue une heureuse surprise où le sujet même se retrouve dans les choix de mise en scène dans une cohérence qui tient de la capillarité entre les deux. On sent un réel plaisir du réalisateur à jouer avec ses jeunes acteurs non professionnels avec des scènes d’échanges entre eux qui n’ont d’autres justifications dans le déroulement du scénario que leur propre existence pour caractériser la vivacité des jeunes acteurs. Un film qu’il fait bon voir et sur lequel s’émouvoir avec toute l’intelligence citoyenne du terme. Il manque l'implication sociale et politique d'un Entre les murs de Laurent Cantet mais en même temps le film s'assume pleinement dans le rôle du "feel good movie".

 

 

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La Mélodie
de Rachid Hami
Avec : Kad Merad (Simon Daoud), Alfred Renely (Arnold), Samir Guesmi (Farid Brahimi), Tatiana Rojo (la mère d'Arnold), Mathieu Spinosi (Julien, le chef d'orchestre), Slimane Dazi (le père de Samir), Sofiene Mamdi (Radouan, le père de Mehdi), Jean-Luc Vincent (Laurent), Zakaria-Tayeb Lazab (Samir), Youssouf Gueye (Abou), Mouctar Diawara (Mouctar), Shirel Nataf (Yaël), Amine Shir (Mehdi), Claudine Vinasithamby (Umi), Idaya Haddouche (Sabrina), Nassima Bourhetta (Nassima), Souhade Temimi (Djamila, la mère de Samir), Marc Brunet (Michel Peretti, le proviseur), Anaïs Meiringer (Lola), Ginger Romàn (Marie Pagès), Corinne Marchand (la mère de Simon)
France, 2017.
Durée : 91 min
Sortie en salles (France) : 8 novembre 2017
Sortie France du DVD : 8 mars 2018
Format : 2,39– Couleur
Langue : français - Sous-titres : français.
Éditeur : UGC Vidéo
Bonus :
Essais de Renély Alfred
Scène coupée

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