La Nouvelle Vague tournée en parodie

Gérard suit sa sœur éprise de cinéma-vérité, sa caméra-stylo à la main, dans une échappée belle à Paris.

"Dragées au poivre" de Jacques Baratier © Les Films du Paradoxe "Dragées au poivre" de Jacques Baratier © Les Films du Paradoxe

Sortie DVD : Dragées au poivre de Jacques Baratier

Alors que règne en quasi maître la Nouvelle Vague dans le cinéma français, Jacques Baratier signe en 1963 une grande farce se moquant avec une grande légèreté d'un grand panel de cinémas, au premier rang desquels trônent effectivement la Nouvelle Vague et le cinéma-vérité. Le film est constitué d'une succession de saynètes écrites par Guy Bedos qui est également l'un des acteurs principaux du film, en assurant la continuité entre les séquences. Celles-ci sont interprétées par une très large pléiade d'acteurs où domine la jeune génération et où l'ancienne ne démérite pas. L'atmosphère est ouvertement parodique, proche de Zazie dans le métro de Louis Malle (1960), sauf que la parodie est ici proprement cinématographique. Ainsi Roger Vadim s'autoparodie dans une séquence d'amour éperdu entre deux jeunes de la bonne société aux côtés de Monica Vitti et les multiples séquences chantées vont bon train avec notamment une reconstitution de West Side Story. Les séquences ne sont pas toutes des plus heureuses, comme celle avec Jean-Paul Belmondo en légionnaire mais ce qui emporte le tout c'est bien la légèreté assumée de l'ensemble. lLe film propose de faire une véritable fête au cinéma dans toute sa diversité, pastichant aussi le travers misogyne du cinéma qui fait de la femme un objet de séduction offert à l'homme : ainsi les femmes sont ici souvent des prostituées et dans d'autres rôles encore, toujours dévolus à la séduction masculine. Serait-ce là le poivre d'un film présenté comme une dragée ? En effet, le caractère obsessionnel des jeunes épris de cinéma-vérité et de Nouvelle Vague, fondamentalement perdus dans leurs liens familiaux comme l'illustre le personnage larmoyant de Guy Bedos, a de quoi interroger sur l'enthousiasme artistique qui semble envahir la société. Cette fantaisie filmique saisit ainsi une certaine inquiétude qui traverse la société française, qui semble faire une grande fête afin d'amnésier les consciences sur les massacres perpétrés en Algérie. Jacques Baratier offre un film singulier, véritable témoin de son époque.

 

 

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Dragées au poivre
de Jacques Baratier
Avec : Guy Bedos (Gérard), Jean-Paul Belmondo (Raymond-la-Légion), Francis Blanche (Franz), Jean-Marc Bory (un journaliste), Claude Brasseur (le plombier), Sophie Daumier (Jackie), Françoise Brion (une élève stripteaseuse), Sophie Desmarets (Lucienne, la pianiste accompagnatrice), Jacques Dufilho (Monsieur Alfonso), Anna Karina (Gisèle & Ginette), Valérie Lagrange (une élève strip-teaseuse), Daniel Laloux (Gaby), Jean-Pierre Marielle (le joueur de tennis Rakanowski), Andréa Parisy (une élève), François Périer (le père Legrand), Rita Renoir (l'ethnologue de service), Jean Babilée (Oscar), Jean Richard (M. Lepetit), Pascale Roberts (une élève strip-teaseuse), Jacques Seiler (l'officier de police), Simone Signoret (Geneviève), Francesca Solleville (une chanteuse), Alexandra Stewart (Anna), Jean-Baptiste Thierrée (Grégoire), Roger Vadim (lui), Romolo Valli (Monsieur X.), Monica Vitti (elle), Marina Vlady (la callgirl), Elisabeth Wiener (Frédérique), Georges Wilson (Casimir), Sophie Grimaldi, Irène Tunc
France - Italie, 1963.
Durée : 94 min
Sortie en salles (France) : 4 septembre 1963
Sortie France du DVD : 20 septembre 2018
Noir & Blanc
Langue : français.
Éditeur : Les Films du Paradoxe

 

 

 

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