Entretien avec Francis Renaud pour son livre "La Rage au cœur"

L'acteur Francis Renaud a souvent été blacklisté parce qu' il a osé conserver son intégrité dans un milieu professionnel prompte a casser des carrières. Il livre ici son témoignage autobiographique.

Francis Renaud est acteur depuis trente ans pour le cinéma et la télévision, acteur fidèle d'Olivier Marchal où il apparaît dans des seconds rôles inoubliables dans chacun de ses films. Il est également scénariste et réalisateur d'un premier long métrage. Sa version de l'histoire de Rimbaud et Verlaine dans le Paris actuel attend toujours près de dix ans des producteurs toujours frileux.

 

Francis Renaud © Stéphane Kyndt Francis Renaud © Stéphane Kyndt

Cédric Lépine : Cette autobiographie aurait pu encore se poursuivre avec les chapitres de vos expériences à venir : qu'est-ce qui vous a décidé à mettre un premier point final pour le publier en 2018 ?
Francis Renaud :
Un besoin de raconter cet itinéraire d'un enfant pas très gâté par la vie et qui s'accroche à un rêve, celui de devenir acteur pour ne pas sombrer. On m'a souvent demandé comment j'avais réussi. On me pose souvent des questions sur le métier, etc.
J'avais envie de répondre à ces personnes à travers ce livre, d'être intime, entier, ne rien cacher, d'être sincère même dans les blessures les plus personnelles de l'homme que je suis aujourd'hui devenu, enfin si nous le devenons vraiment un jour. Ce livre est aussi pour mes filles. On m'a toujours dit de me taire, de ne rien dire. Alors j'ai sorti toutes ces pages qui dormaient depuis des années dans une malle pour reprendre tout ça jusqu'à aujourd'hui. C'est plus un témoignage qu'une autobiographie, c'est un parcours, un constat. Des fragments de cette vie que nous traversons tous, avec ces morts et ces espoirs, dans ces nuits crépusculaires...


C. L. : Avez-vous l'impression que votre parcours est proche de la majorité des acteurs en quête de rôles ?
F. R. :
Tous les parcours sont différents. Le mien est peut-être plus atypique, plus houleux et difficile que d'autres.


C. L. : Vous travaillez aussi bien dans le cinéma qu'à la télévision : quelles sont les différences et les similitudes entre les deux ?
F. R. :
Personnellement lorsque j'interprète un personnage, je ne fais aucune différence entre un plateau de cinéma où un décor de télévision, lol. C'est le même job.Aujourd'hui, ce sont principalement les chaînes qui décident de tout, du scénario au casting. Les réalisateurs sont moins libres. Il y a cette course aux chiffres, ce hisser en tête des audiences, être leader. Quitte à produire n'importe quoi et s'éloigner bien trop souvent de l'essentiel, du jeu, de l'histoire, de l'émotion. Il faut atteindre une part de marché : 29,99 % c'est pas mal. On essaye aussi de vous ranger dans une case, de vous proposer toujours les mêmes rôles. Mais la ménagère n'est pas si bête, elle attend souvent de meilleurs programmes, d'où la réussite de Netflix. Pour le cinéma aujourd'hui ce sont les distributeurs qui ont du pouvoir. Ils veulent un casting bankable. Ils prennent aussi de moins en moins de risque, quitte à voir toujours les mêmes.


C. L. : Vous dénoncez les « droits de cuissage » de directeurs de casting pour avoir un rôle : pensez-vous qu'à ce sujet les hommes osent moins en témoigner ? En effet, dans le mouvement me-too les acteurs de cinéma n'ont guère été nombreux à rejoindre les rangs de leurs collègues féminins.
F. R. :
Les hommes ne parlent pas beaucoup contrairement aux femmes qui subissent quelques abus, outrages dans tous les milieux malheureusement. L'homme est un prédateur et certains qui sont au pouvoir en abusent sans aucune morale, éthique. Je n'ai pas rencontré les meilleurs au début de ma carrière. Et il y a cette loi du silence, insupportable, cette omerta qu'il faudrait briser.

C. L. : Quelles sont pour vous les plaies du cinéma français ?
F. R. : Le copinage, le favoritisme, l'abus de pouvoir, l'argent, le luxe. Magouilles et compagnie...

C. L. : Comment l'industrie du cinéma pourrait-elle devenir plus intègre et honnête ?
F. R. : Avec des gens qui ont le sens de l'équité, du partage, du risque et de certaines valeurs.

C. L. : Les conditions pour accéder à des premiers rôles ont-elles changées dans l'industrie du cinéma depuis vos débuts ?
F. R. : Il était plus facile de produire des films indépendants hier, qu'aujourd'hui.

C. L. : Qu'est-ce qui conduit selon vous dans le microcosme des professionnels de cinéma a tant d'excès inhumains ?
F. R. : Les excès humains sont partout, autant dans la mode que dans le sport, comme en politique ou dans d'autres professions. C'est le comportement de l'individu qui est à déplorer pas la profession que l'on tente d'exercer mais ces détracteurs sont nombreux et légions dans ce monde.

C. L. : Quelles recommandations feriez-vous à un jeune qui aimerait débuter dans le cinéma actuellement ?
F. R. : D'être bilingue, de connaître son texte par cœur et en amont. D'oser, d'être sincère, authentique et de faire vivre son personnage.

C. L. : Qu'est-ce qui a changé dans votre vie et dans votre travail depuis la publication de votre livre ?
F. R. : Avant la sortie du livre, j'ai eu quelques menaces. Des intimidations. Je suis au RSA, plus de projets, mise au ban. Le pire dans cette histoire c'est que le métier que vous aimez le plus au monde vous coupe les vivres.




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La Rage au cœur
de
Francis Renaud

Nombre de pages : 340
Date de sortie (France) : 20 septembre 2018
Éditeur : Hugo Doc
Collection : Biographies / Autobiographies


 

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