"La Belle Américaine" de Robert Dhéry et Pierre Tchernia

Pour une modique somme, Marcel Perrignon, modeste employé d’usine, devient le propriétaire d’une luxueuse voiture américaine qui va littéralement changer sa vie tout en lui causant de nombreux tracas.

"La Belle Américaine" de Robert Dhéry et Pierre Tchernia © LCJ "La Belle Américaine" de Robert Dhéry et Pierre Tchernia © LCJ
Sortie du combo Blu-ray / DVD : La Belle Américaine de Robert Dhéry et Pierre Tchernia

Les années d’après-guerre en France ont vu apparaître une nouvelle génération de comiques désireux de s’affranchir des années les plus sombres pour l’humanité en se moquant sans complexe de divers traits de la nouvelle société de consommation des prétendues « Trente Glorieuses ». Cet élan a notamment été initié par Colette Brosset et son époux Robert Dhéry lorsqu’ils ont fondé la troupe théâtrale comique dénommée les Branquignols parmi lesquels on trouve de très nombreux acteurs qui allaient à eux seuls s’emparer au cinéma de la comédie populaire dans les années 1960 et 1970.

La Belle Américaine qui est un triomphe public au début des années 1960 en parallèle avec l’arrivée du cinéma d’auteur de la Nouvelle Vague, possède tout l’état d’esprit de cette troupe de comiques emportée par les idées réjouissantes de Robert Dhéry au scénario et à la mise en scène avec son ami complice Pierre Tchernia. Ainsi, le film est une véritable œuvre chorale où des comiques issus ou non de la troupe des Branquignols a droit à une ou plusieurs séquences désopilantes. Robert Dhéry épouse l’esprit populaire du cinéma des années 1930 où le collectif prime plus que le parcours individuel dans la droite ligne des glorieux espoirs drainés par le Front populaire. Ainsi, lorsque Marcel Perrignon se retrouve au volant d’une luxueuse voiture, il est évident pour lui qu’elle doit profiter à toute la communauté de son quartier qui fleure bon l’ambiance familiale élargie de la bienveillance et de la solidarité partagées.

Cet esprit traverse tout le film dans son écriture comme dans sa mise en scène où le personnage joué par Robert Dhéry n’est finalement qu’un modeste narrateur servant à mettre en valeur les scènes comiques de ses complices qu’ils aient pour nom Jean Richard, Louis de Funés, Pierre Dac, Jean Lefebvre, Jacques Legras, Claude Piéplu, Michel Serrault, Jean-Marc Thibault, Roger Pierre, Grosso & Modo, Jean Carmet, etc. La liste est longue et il est d’autant plus jouissif de retrouver toute cette fine équipe au service d’un film généreux.

Toute la première partie du film est muette et avec cette ouverture dans une usine avec une machine foutraque qui automatise et rend esclaves les hommes dans des mouvements répétitifs, Robert Dhéry rend hommage au cinéma muet et à l’humour burlesque notamment de Charles Chaplin. Même s’il n’est pas aussi virulent dans sa critique sociale que Chaplin, Robert Dhéry tourne malgré tout en ridicule une société française extrêmement hiérarchisée où il suffit d’avoir une voiture luxueuse pour avoir accès aux plus hautes sphères du pouvoir et découvrir à cet endroit-là une incompétence sans limites dans la France gaullienne. C’est aussi la liberté du cinéma comique de pouvoir faire passer une démonstration du ridicule du pouvoir en place qui n’aurait pas été tolérée par les ciseaux d’Anastasie dans un film qui se présenterait comme plus sérieux.

 

 

81imjdovobl-ac-sl1500
La Belle Américaine
de Robert Dhéry et Pierre Tchernia
Avec : Alfred Adam (Alfred), Colette Brosset (Paulette Perrignon), Robert Burnier (Houche), Pierre Dac (le colonel), Éliane d'Almeida (Simone), Bernard Dhéran (M. Jean), Robert Dhéry (Marcel Perrignon), Annie Ducaux (Mme Lucanzas), Jacques Fabbri (Le Gros), Louis de Funès (les frères Viralot, commissaire de police et chef du personnel), Bernard Lavalette (le ministre du Commerce), Jean Lefebvre (Chougnasse, le chef comptable), Jacques Legras (Riri, le cafetier), Christian Marin (Pierrot, le frère de Paulette), Jean Richard (le serrurier), Robert Rollis (Maurice Clapier, le coiffeur dit « Lapin »), Marthe Serres (Marthe, la femme du coiffeur), René Sarvil (le marinier), Michel Serrault (Chauveau, le clochard), Catherine Sola (Isabelle Zoutin), Robert Destain (l'inspecteur de police et le bourgeois à la 2CV), Pierre Tchernia (le speaker), Jean Carmet (le malandrin à casquette), Jacques Charrier (l'automobiliste), Christian Duvaleix (le curé noctambule), Roger Pierre (le snob à la Ford Thunder Bird), Jean-Marc Thibault (l'efféminé), André Badin (le directeur de la station service), Bruno Balp (un pompiste), Jacques Balutin (Balutin), Didier Daix (Bernapic), Hélène Dieudonné (Mémé), Philippe Dumat (un employé de la station service), Max Favalelli (l'ambassadeur), Maurice Gardett (Grougnache), Gilberte Géniat (Mme Zoutin), Jean Gras (le barbouilleur), Guy Grosso (Barbemont), Sophie Destaing (la fille du coiffeur), Gérard Hernandez (Gruau, un policier), Dominique Maurin (Jojo, le fils du coiffeur), Michel Modo (Slovak), Claude Piéplu (Me Fachepot, le notaire), Fernand Raynaud (lui-même dans son sketch télévisé La Bougie), Nono Zammit (un pompiste), André Zibral (le présentateur du concours d'élégance), Gros Pépère (le chien), Franck Daubray, Jacques Denoël, Brigitte Peynaud
France, 1961.
Durée : 105 min
Sortie en salles (France) : 29 septembre 1961
Sortie France du combo Blu-ray / DVD : 12 janvier 2021
Format : 1,66 – Noir & Blanc
Langue : français.
Éditeur : LCJ Éditions

Bonus :
un livret de 40 pages par Marc Toullec
Interview d’Yves Calvi qui revient sur la musique de Gérard Calvi (44’)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.