Entretien avec Corinne Kouper à propos de l'association "Les Femmes s'Animent"

Cette année, Corinne Kouper, présidente de l'association "Les Femmes s'Animent" (LFA) était invitée au Festival International du Film d'Animation d'Annecy au sein des rencontres professionnelles : une opportunité à travers un entretien avec elle de faire le point sur l'état de la situation professionnelles des femmes dans le cinéma d'animation.

Corinne Kouper © DR Corinne Kouper © DR
Cédric Lépine : Pouvez-vous présenter l'association Les Femmes s'animent ?
Corinne Kouper :
L’association LES FEMMES S’ANIMENT que j’ai initiée, est une association créée en 2015 par un groupe de femmes représentant un large panel de métiers de l’animation en France. L’association LES FEMMES S’ANIMENT compte près de 200 adhérent(e)s dont une dizaine de membres actifs qui constituent le comité directeur de l’association. Vices présidentes : Delphine Nicolini et Eleanor Coleman. Présidente : moi-même.

L’association LES FEMMES S’ANIMENT a pour objet de promouvoir la place des femmes dans la création, la production et l’exploitation des contenus animés, d’encourager l’accès des femmes aux responsabilités artistiques, techniques et économiques des métiers de l’animation, d’éveiller les consciences vis-à-vis des stéréotypes de genre dans les contenus animés, de contribuer à la réduction des inégalités dans nos métiers.

L’association LES FEMMES S’ANIMENT questionne régulièrement la place des personnages féminins dans les contenus audiovisuels et cinématographiques. Elle essaie par différents moyens de mettre en évidence certains clichés perpétués dans les programmes. L’association tente de rendre cette réflexion essentielle pour tous les acteurs de création, les auteurs, les producteurs, les chaînes de télévision.


C. L. : Quelles sont vos responsabilités au sein de l'association ? Quelle place avez-vous dans l'industrie du cinéma de l'animation en dehors de l'association ?
C. K. :
Sensibilisée en 2014 par les actions de l’association Women in Animation aux US, j’ai rassemblé un groupe de personnes intéressées, et ensemble nous avons créé l’association en 2015. Je suis productrice déléguée et cofondatrice du studio TeamTO. Depuis 2005, je dirige le développement, la production et le financement des projets ciné et TV tels que Oscar & Co (78x 7’), Angelo La Débrouille (4 saisons de 52x13’) , le long métrage Gus, petit oiseau grand voyage et dernièrement la série Mike, une vie de chien (78 x 7’) avec FranceTV et Cartoon Network.

Après 13 ans passés dans le monde du cinéma et de la publicité, j’ai découvert le monde de l’animation en 1994 en dirigeant la production du film Pierre et le Loup de Michel Jaffrennou (Canal+, Capa Productions).

Je suis également membre du conseil d’administration du SPFA (Syndicat des Producteurs de Films d'Animation).


C. L. : Quelle est la situation actuelle de la place des femmes dans le cinéma d'animation en France ?
C. K. :
Comme dans la plupart des industries, il existe une discrimination à l’égard des femmes dans le secteur de l’animation, du dessin animé. La situation ne serait guère plus alarmante que dans d’autres secteurs si les films d’animation n’étaient pas en théorie plus lourds à monter, plus chers que les films de fiction, ce qui renforce encore la difficulté pour les femmes à accéder aux postes clés qui sont plus largement confiés aux hommes. Nous avons des écoles d’animation où se trouvent à parité des étudiants filles et garçons et un monde professionnel qui compte en son sein une population féminine à 31% avec des écarts très importants dans certains métiers.


C. L. : Les problématiques dans le cinéma d'animation autour de la place des femmes sont-elles distinctes des films réalisés en prise de vue réelle ?
C. K. :
Comme je le disais ils sont renforcés et la courbe mettra probablement plus longtemps à s’inverser. Un autre facteur que nous prenons en compte est l’intensité des plannings et durées de production parfois incompatibles avec les responsabilités familiales pas encore suffisamment partagées équitablement par les hommes et les femmes.


C. L. : Les réalisatrices sont-elles dans l'animation comme dans les autres productions reléguées à des budgets moindre que dans leurs collègues masculins ?
C. K. :
Les films d’animation sont chers du fait du nombre de techniciens dans les équipes et les durées de production. Mais les chiffres montrent que les femmes réalisatrices de courts métrages sont nombreuses (ce qui veut bien dire que les talents ne sont pas loin), pour autant les films de long métrage sont rarement confiés aux femmes.

Comme on l’a vu, les raisons sont nombreuses c’est pourquoi il faut lancer des stratégies variées : la lutte contre les stéréotypes inconscients, renforcer la confiance des femmes en elles-mêmes, l’exposition des talents, les actions de mentorat, les ateliers, sont parmi les stratégies que nous abordons au sein des Femmes s’Animent. En parallèle et aux cotés du collectif 5050 en 2020 qui s’active sur une démarche plus institutionnelle.

Une avancée majeure cette année ; non pas une démarche de quota mais une bonification adoptée par le CNC : le bonus parité pour le cinéma d’Animation qui a été mis en place par le CNC au 1er janvier 2019. Il est entré dans le champ de cette mesure en faveur de la Parité, en même temps que la Fiction (et grâce à la communication simultanée du CNC avec 5050 en 2020 & LFA ). L’extension de ce bonus parité à la Télévision est le prochain objectif !


C. L. : Quels sont les postes au sein des longs métrages d'animation à plus forte représentation féminine et les autres à plus faible représentation ?
C. K. :
75% Chargées de production

15% Chef animatrices

39% Réalisatrices de courts métrages entre 2009 et 2016 (172 courts sur 441 produits)

6% Réalisatrices des longs entre 2003 et 2017 (10 films sur 154 produits)

 

C. L. : Dans les grands festivals internationaux, le cinéma d'animation est encore moins présent que les films réalisés par des femmes : être réalisatrice d'un film d'animation n'est-ce pas subir une double discrimination implicite ?
C. K. :
La discrimination elle vient surtout de l’accès aux financements. Forcément que sur peu de films il y aura moins de films sélectionnés. Plus il y aura de films plus il y aura de films sélectionnés : c’est une logique implacable ! Après, c’est certain que si les jurys de sélections sont paritaires, les sensibilités différentes seront mieux exprimées. Et on mesure la portée de ces changements aux résultats annoncés par les festivals qui ont signé la Charte Parité. Il va maintenant falloir se battre pour que les critiques femmes s’expriment dans la presse autant que les hommes 

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