Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
Abonné·e de Mediapart

2543 Billets

6 Éditions

Billet de blog 15 juin 2022

Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
Abonné·e de Mediapart

"Vij ou le diable" de Konstantin Ershov et Georgiy Kropachyov

Trois séminaristes débarquent en pleine nuit dans une maison tenue par une sorcière. L'un d'eux, Khoma, est pris d'assaut par celle-ci qui finit par prendre l'apparence d'une jeune femme. Khoma n'est alors pas au bout de ses peines.

Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Sortie du combo Blu-ray/DVD : Vij ou le diable de Konstantin Ershov et Georgiy Kropachyov

Le cinéma russe, mis en lumière par Artus Films, n'en finit pas de révéler sans cesse les trésors de son histoire. Notamment avec la personnalité créatrice d'Alexandre Ptouchko, ici homme de l'ombre mais omniprésent pour les meilleurs choix de mise en scène. Appelé en complément sur la réalisation du film initié par deux jeunes étudiants en cinéma fraîchement sortis de leur école, Alexandre Ptouchko transforme leur fantaisie mystique et érotique en un chef-d'œuvre du cinéma d'horreur russe. Il faut aussi préciser que derrière le scénario se trouve une nouvelle de Nicolas Gogol lui-même, qui n'a pas fini d'inspirer le cinéma du monde entier, notamment aux USA avec Taras Bulba (1962, réalisation de Jack Lee Thompson, avec les interprétations de Yul Brynner et Tony Curtis).

Illustration 1
"Vij ou le diable" de Konstantin Ershov et Georgiy Kropachyov © Artus Films

Alexandre Ptouchko, ici crédité au scénario, à la direction artistique et aux effets visuels, est conjointement le vrai maître d'œuvre et maître d'ouvrage de cette cathédrale de l'horreur fantastique qui trouve son apothéose dans les dernières scènes avec notamment l'apparition de l'énigmatique et mystérieux Vij du titre.

L'histoire prend la forme du conte avec des épreuves pour un jeune séminariste qui fait appel à la religion chrétienne orthodoxe pour vaincre ses démons, notamment ceux de son attirance pour la chair et son appréhension des femmes tentatrices. Ce « héros » est sans cesse tourné en dérision avec un sens de la bouffonnerie et l'on est loin, même si le récit est similaire, du prêtre sacrificiel luttant contre un exorciste dans L'Exorciste de William Friedkin réalisé quelques années à peine plus tard. Pourtant en effet, le récit se poursuit dans le même cadre avec plusieurs nuits où la conviction religieuse est mise à rude épreuve. Cependant, le récit présente des démons qui ne sont pas nécessairement associés à la culture chrétienne, comme si l'enjeu était avant tout de tourner en dérision une religion misogyne face aux forces chtoniennes antédiluviennes rappelant à l'occasion l'inspiration lovecraftienne.

Pour autant, le film n'a pas pour volonté d'effrayer mais de se confronter à un univers fantastique fascinant autour de l'obsession religieuse de voir en une femme une sorcière surpuissante capable d'invoquer les forces de l'autre monde de la nuit, comme si le monde diurne avait suffisamment de culpabilité vis-à-vis de son ordre social inique pour s'inquiéter de l'esprit de revanche des apparitions nocturnes. Cette approche des cauchemars vis-à-vis d'une société a tous les traits freudiens de la manifestation de l'inconscient doublé d'une approche jungienne du groupe culturel en question.

Vij est un pur plaisir de cinéma dont les effets spéciaux créatifs portent la touche du maître Alexandre Ptouchko.

Vij ou le diable

Viy - Вий
de Konstantin Ershov et Georgiy Kropachyov
Avec : Leonid Kuravlyov (Khoma), Natalya Varley (Pannochka), Aleksey Glazyrin (Sotnik), Nikolay Kutuzov (Vedma), Vadim Zakharchenko (Khalyava), Pyotr Vesklyarov (le recteur), Vladimir Salnikov (Gorobets), Dmitriy Kapka (Overko), Stepan Shkurat (Yavtukh), Nikolay Yakovchenko (Spirid), Nikolay Panasev (Uteshitel), Georgiy Sochevko
Russie, 1967.
Durée : 76' (1h16)
Sortie en salles (France) : 22 mars 1972
Sortie France du combo Blu-ray/DVD : 6 juin 2020
Format : 1,37 – Couleur
Langues : russe, français - Sous-titres : français.
Éditeur : Artus Films

Bonus :
De l’écrit aux écrans, par Stéphane Derderian et Christian Lucas (18’)
Générique français (2’)
Bande-annonce (2’)
Galerie d’affiches et de photos (2’)

Illustration 2

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans Le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte