Entretien avec Cerise Jouinot, programmatrice du festival de cinéma de Gardanne

Du 19 au 28 octobre 2018 se déroule à Gardanne la trentième édition du festival de cinéma mettant en valeur cette année 30 avant-premières. Cerise Jouinot, programmatrice du festival et du cinéma 3 casino où ont lieu les projections, dévoile au fil de ses réponses dans cet entretien l'identité de ce festival et quelques éléments de la programmation de cette année.

Cerise Jouinot © Sabrina Guintini Cerise Jouinot © Sabrina Guintini
Cédric Lépine : Quelle est la ligne éditoriale du festival de Gardanne ?
Cerise Jouinot :
C'est une bonne question... Il me semble que le point de départ de ce festival était une fenêtre sur le monde. Je pense qu'aujourd'hui, outre les avant-premières et la programmation pour le jeune public, la thématique permet de travailler une question plus en profondeur tout en gardant à l'esprit ce fil de l'ouverture sur le monde.


C. L. : En trente années d'existence, quelles ont été les grandes évolutions du festival ?
C. J. :
C'est assez difficile de raconter l'histoire de ce festival car il a connu deux histoires tragiques, la première il y a 5 ans lorsque la mairie a fermé la plus grande salle pour une question de sécurité mais qui n'a pas encore commencé les travaux de réhabilitation, puis l'année suivante avec le décès de Régine Juin qui était aux rênes depuis 1996. À mon arrivée, j'ai décidé de continuer ce qui était en place, mais j'ai découvert qu'il y avait eu durant quelques années une compétition de courts métrages par exemple et un jury jeune. Nous avons remis en place le jury jeune car il s'agit pour moi d'une très belle manière de transmettre notre amour du cinéma, et c'est aussi une très belle expérience d'éducation à l'image. Une belle occasion m'a donné l'idée d'avoir un invité d'honneur. Denis Côté était en France et il acceptait de venir dans notre petit cinéma pour notre festival. J'aime beaucoup son travail et j'ai voulu le faire découvrir à tous les spectateurs. Depuis, nous accueillons tous les ans depuis 3 ans un invité d'honneur. Et par le plus grand des hasards, nous avons reçu 3 documentaristes. Enfin, je pars du principe que cette programmation est un cadeau aux spectateurs, tous les ans je leur offre aussi une sélection autour d'une question de cinéma toujours dans le but de voyager à travers le monde.


C. L. : Pourquoi avoir choisi Stefano Savona en invité d'honneur : qu'est-ce que son cinéma signifie pour la programmatrice que vous êtes ?
C. J. : J'ai découvert le travail de Stefano il y a quelques années avec son documentaire Palazzo delle Aquile à l'ACID à Cannes et je suis tombée admirative de cette manière qu'il a de s'attacher aux gens. Il y a une délicatesse d'écriture dans son travail que j'aime retrouver. Dans Samouni road, le mélange entre le documentaire et l'animation s'allie à merveille tout autant que dans Chris the Swiss d'Anja Kofmel. J'ai hâte de l'accueillir pour lui poser toutes les questions que pose son travail.


C. L. : En dehors du festival, quelle est offre du cinéma faite à l'année à Gardanne ?
C. J. :
Le Cinéma 3 Casino est un cinéma généraliste classé art et essai. Nous sommes très fières de présenter plus de 300 films par an sur 2 écrans. Nous continuons d'accueillir régulièrement des professionnels pour venir faire découvrir leur travail aux spectateurs.


C. L. : En choisissant une section dédiée à la figure du journalisme au cinéma, cela témoigne-t-il aussi de l'une des missions du festival consistant à informer de l'état du monde par le biais du plaisir de suivre des histoires de fiction ?
C. J. : C'est en effet une belle manière de résumer le principe fondateur de notre festival. Il faut quand même dire que cette thématique est née de plusieurs films comme Chris the Swiss ou encore Another Day of Life que j'avais très envie de mettre dans la programmation. En prenant un peu de recul, il semblait que l'image du journaliste revenait depuis très longtemps dans l'histoire du cinéma. Le personnage permet de voyager, mais pas seulement : il permet aussi de prendre conscience du reste du monde.


C. L. : Pouvez-vous parler des enjeux de la programmation des avant-premières ?
C. J. : Cette année : 30 automnes 30 avant-premières. Bon le pari était un peu fou il faut bien le dire. 30 avant-premières à trouver c'est tout d'abord une véritable collaboration avec des distributeurs. Ce sont des heures passées en salle mais aussi chez soi devant son écran. L'idée de l'avant-première, c'est de faire découvrir à son public avant tout le monde des pépites qui sortiront dans les prochaines semaines ou les prochains mois. C'est aussi faire découvrir dans les mêmes conditions que nous programmateurs lorsque nous découvrons les films, sans critique, sans info et surtout sans aucune pollution autour.


C. J. : Comment les aires géographiques se répartissent dans la programmation où apparaît une domination des productions françaises ?
C. J. : C'est un peu le hasard finalement. Je crois que ça se joue plus au coup de cœur. Mon petit bonheur de cette année c'est d'avoir mis un film de Fellini et un film de Kiarostami (sans aucun doute un amour de cinéma, bien que Marker ne soit pas très loin non plus) dans la même thématique.


C. L. : Que souhaitez-vous à cette trentième édition ?
C. J. : Beaucoup de bonheur, des cotillons et de la chantilly, des spectateurs heureux, et comme le plus beau des cadeaux pour ce cinéma : une rénovation !

 

gardanne-2018-facebook

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.