Entretien avec Johanna Caraire, directrice artistique du fifib 2019

Festival International du Film Indépendant de Bordeaux (fifib) se tient du 15 au 21 octobre 2019 à Bordeaux autour d'une programmation internationale de films incluant des focus, des rétrospectives, une carte blanche, une place à la création et à la formation.

Johanna Caraire © DR Johanna Caraire © DR
Cédric Lépine : Quel est votre rôle en tant que cofondatrice et directrice artistique du festival ? Comment travaillez-vous avec l'équipe de programmation ?
Johanna Caraire :
Je travaille en premier lieu sur la définition d'une vision globale avec Pauline Reiffers, la cofondatrice tout en intégrant les axes de développement du festival. Dans un deuxième temps (l'essentiel), je travaille sur la construction et la mise en œuvre de ces éléments tout au long de l'année. Un festival c'est un objet vivant, il faut se réinventer et s'adapter chaque année. Pour la partie artistique, ça passe par exemple par le choix des invités, en collaboration avec les directeurs de la programmation, Édouard Waintrop et Natacha Seweryn mais aussi avec les programmateurs Melissa Blanco, Nathan Reneaud et Sébastien Jounel. Je coordonne les réunions de programmations mais nous proposons chacun nos idées, c'est un travail collectif et collégial, il n'y a pas de hiérarchie dans le travail de réflexion et d'exploration. Chacun apporte son univers et ses propositions et ensuite nous harmonisons pour rendre cela cohérent et lisible pour le public. L'équipe de communication prend la suite car les propositions sont foisonnantes et inattendue pour la plus grande partie du public. Il faut donc faire un travail pour rendre lisibles et accessibles les propositions artistiques. Il y a aussi une grosse partie de mon travail qui consiste à mettre en place les rencontres professionnelles et les dispositifs qui les constituent : Résidences de développement artistique (le CLOS), résidences de post-production (Nouvelle-Aquitaine Film Workout, accompagnement des talents émergeants avec Talents en court, etc.).


C. L. : Pouvez-vous rappeler le contexte dans lequel a été créé le festival ?
J. C. :
Il a été créé par Pauline Reiffers et moi-même en 2012 alors qu'il n'y avait pas (plus) de festival de cinéma généraliste à Bordeaux. Il y avait un vrai renouveau dans la ville, une dynamique, une envie forte de culture. C'était avant que la ville ne devienne "à la mode" mais on sentait une énergie propice aux projets ambitieux. Le projet s'est fait de manière un peu folle, sans trop de cadre, avec beaucoup de liberté, d'improvisation et sans prendre la mesure de ce qu'il allait devenir. Nous sommes allées au départ sur un projet de petit festival de week-end "tranquille" puis au fur et à mesure des rencontres (Sébastien Jounel et Nathan Reneaud ont été les premiers à nous suivre) nous avons commencé à sentir qu'il y avait un vrai besoin, une envie, voire une nécessité (bon j'exagère un peu mais nous avons été embarqués par l'enthousiasme des gens).


C. L. : Quelles ont été les grandes lignes d'évolution et de construction du festival au fil des années ?
J. C. :
Les premières années ont été consacrées à la jeunesse et aux premières œuvres. Le côté découverte, avant-garde, émergence et l'exigence sont toujours autant présent mais l'ouverture s'est développée vers plus d'international. Les rencontres professionnelles se sont également renforcées.


C. L. : Quel est le lien entre Bordeaux et le cinéma ?
J. C. : Le lien est fort mais l'histoire a été chaotique. Il n'y a jamais eu de festival pérenne, il y a eu des essais, le Festival du Film au Féminin ou Cinémascience mais ils n'ont pas perduré. Je crois qu'on est le plus tenace.
En revanche la cinéphile y est développée, le cinéma Utopia fait office de "temple" mais il manque un vrai lieu dédié à la cinéphilie où l'on puisse voir du patrimoine et des programmations thématiques. L'Utopia n'a pas cette vocation et l'espace nécessaire même s'ils ont une programmation ouverte et qu'ils accueillent de nombreuses structures et associations pour des soirées, cycles ou festivals.


C. L. : Comment se définit le terme d'indépendance dans le cinéma ? Quelles valeurs du cinéma tenez-vous à défendre autour de ce terme ?
J. C. :
Quand on parle d'indépendance on parle surtout de liberté mais aussi de prise de risque. L'indépendance c'est l'inconnu, le saut dans le vide. OK le cinéma est une industrie mais on ne peut pas se rassurer en projetant le nombre d'entrées que fera un film. On veut continuer à défendre les failles dans le système, la fragilité des œuvres qui font que le cinéma est encore un art. Sans oublier la salle et l'expérience du spectateur, on voudrait qu'elle continue à être physique, émotionnelle et purement subjective.

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C. L. : Quel est le public du festival ?
J. C. :
Un public assez large, pas vraiment stéréotypé. On peut y croiser des cinéphiles à la retraite, des adolescents qui sèchent les cours ou des jeunes parents en manque de sommeil. La plupart des gens nous reprochent d'être "branchés", alors on va être honnêtes, oui on croise aussi beaucoup de jeunes plutôt lookés. On passe beaucoup de musique au Village du festival (avec la même exigence dans les choix de programmation) et du coup on attire un public nouveau dans les salles !


C. L. : Comment est financée la manifestation ? Quels sont vos partenaires autres que financiers ?
J. C. :
Moitié de subventions publiques moitié de privés et un peu de vente de bières (10%).
Nous avons beaucoup de partenariats en nature (du vin à gogo), en communication aussi et beaucoup de réseau et d'entraide. Le festival peut compter sur environ 150 bénévoles, la plupart étudiants et on en retrouve certains dans l'équipe les années suivantes.


C. L. : Quelles sont les activités du FIFIB en dehors des dates du festival ?
J. C. :
Nous organisons une résidence internationale de développement artistique intitulée Le CLOS (Créations Libres et Originales du Septième art), des projections gratuites en plein air pendant l'été (le FIFIB saison chaude), des ateliers d'éducation à l'image et des rencontres professionnelles.

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