FIFIB 2020 : "Lux Æterna" de Gaspard Noé

Béatrice Dalle tourne son premier film en tant que réalisatrice en dirigeant Charlotte Gainsbourg sur une histoire de bûchers de sorcières. De la complicité entre la réalisatrice et l’actrice suit pourtant un tournage chaotique, imprévisible et infernal.

"Lux Æterna" de Gaspard Noé © UFO Distribution "Lux Æterna" de Gaspard Noé © UFO Distribution
Lux Æterna de Gaspard Noé était diffusé le mercredi 14 octobre 2020 dans le cadre d’une séance spéciale suivie d’un échange à distance avec le public avec le réalisateur au sein du Festival International de Film Indépendant de Bordeaux (FIFIB) du 14 au 19 octobre 2020.

Gaspar Noé parle aisément de sa filmographie comme autant de « crimes commis ». Cela ne l’empêche nullement de s’inscrire dans une filiation où il cite plus que jamais ses différents pères spirituels ici à l’image en citations de phrases desdits cinéastes comme en insérant des extraits de leurs films. Sur le thème du féminicide qu’a constitué la chasse aux sorcières, il ouvre ainsi son film avec La Sorcellerie à travers les âges (Häxan, 1922) de Benjamin Christensen et poursuit son récit en faisant intervenir Jour de colère (1943) de Carl Theodor Dreyer. Les fantômes de Luis Buñuel, Rainer Werner Fassbinder, Jean-Luc Godard, Pier Paolo Pasolini, Kenneth Anger, Paul Scharits, Paul Morrissey ou encore Tony Conrad sont délibérément invoqués à l’écran dans une volonté d’incarner les inspirations et filiations d’un cinéaste contemporain capable de faire de l’expérimentation une source infinie de proposition cinématographique, rejoignant en cela aussi le cinéma de Lars von Trier dont Charlotte Gainsbourg est aussi un porte-étendard ici. D’ailleurs, en citant les cinéastes danois qui ont parlé de sorcellerie et de féminicide, Lars von Trier se révèle être l’héritier direct de Dreyer. Cependant, à la différence des longs métrages du cinéaste danois, Gaspard Noé conçoit et accouche dans l’urgence d’un film atypique : parti d’une commande du groupe Yves-Saint-Laurent dont les seules contraintes consistaient à utiliser dans le film des acteurs-rices égéries ainsi que quelques vêtements de la marque. Tout le film s’est développé en moins de deux mois et demi, de la proposition en mi-février 2019 faite à Gaspard Noé de réaliser un court métrage à la présentation au festival de Cannes en mai 2019 en séance de minuit du moyen métrage terminé. C’est peut-être aussi cette contrainte temporelle souhaitée par le réalisateur qui souhaitait présenter son film dans ce lieu de culte médiatique que représente le festival de Cannes, que les ressources de l’improvisation de la part des actrices fascinantes Béatrice Dalle et Charlotte Gainsbourg comme l’évocation du cauchemar d’un tournage apocalyptique ont pu offrir une matière fertile d’expérimentation.
En débutant avec l’évocation du féminicide, Gaspard Noé l’insère dans une histoire de tournage de cinéma où la femme se retrouve encore mise une fois au bûcher d’hommes de pouvoir cherchant à s’approprier leur lumière la Lux Æterna, symbole de création pure que le pouvoir dominateur masculin cherche toujours à contrôler. Or, c’est par le contrôle et tous ses excès que le tournage finit pas devenir une véritable apocalypse où se jouent divers égos au sein d’une même équipe dont le seul recul pour le cinéaste est de souligner l’effet hypnotique, invitant le spectateur à entrer en transe par l’entrée oculaire.

 

 

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Lux Æterna
de Gaspard Noé

Fiction
51 minutes. France, 2019.
Couleur
Langues originales : français, anglais
Sortie nationale au cinéma (France) : 23 septembre 2020

Avec : Charlotte Gainsbourg (Charlotte), Béatrice Dalle (Béatrice), Abbey Lee (Abbey), Félix Maritaud (Félix), Claude-Emmanuelle Gajan-Maull (Claude-Emmanuelle), Mica Argañaraz), Yannick Bono (Yannick), Loup Brankovic (Loup), Stefania Cristian (Stefania, Fanny), Clara Deshayes (Clara 3000), Karl Glusman (Karl), Paul Hameline (Paul), Luka Isaac (Luka), Tom Kan (Tom), Lola Perier (Lola)
Scénario : Gaspar Noé
Images : Benoît Debie
Montage : Jérôme Pesnel
Superviseur musical : Pascal Mayer
Son : Ken Yasumoto
Assistante réalisateur : Claire Corbetta-Doll
Décors : Samantha Benne
Effets spéciaux : Rodolphe Chabrier
Production : Les Cinémas de la Zone, Saint Laurent, Vixens
Producteurs délégués : Gary Farkas, Lucile Hadzihalilovic, Clément Lepoutre, Olivier Muller, Gaspar Noé, Anthony Vaccarello      
Directeur de production : Jean-Pierre Crapart
Distributeur (France) : UFO Distribution

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