La Résistance contre Vichy en Martinique occultée de l’histoire officielle

En 1942, la Martinique est sous l’autorité de l’Amiral Robert qui répond aux ordres de Vichy alors que la Résistance parmi la population s’organise afin de rejoindre l’appel du dissident de Gaulle. C’est le cas de Rose qui voit dans l’arrivée d’un officier allemand l’opportunité d’agir alors qu’elle commence une relation amoureuse avec un officier français.

"Rose et le soldat" de Jean-Claude Barny © BQHL "Rose et le soldat" de Jean-Claude Barny © BQHL
Au sujet de l'édition DVD : Rose et le soldat de Jean-Claude Barny

Le réalisateur Jean-Claude Barny depuis son premier long métrage Nèg marron (2005) n’a cessé à travers ses fictions pour le cinéma et la télévision de retracer l’histoire méconnue des Antilles. Ainsi, ce téléfilm remet en avant la Résistance qui s’est organisée aux Antilles durant l’occupation nazie et la collaboration de Vichy alors que la reconnaissance des actes de résistance des femmes et des hommes par le gouvernement français de la Métropole n’a été reconnu après la guerre qu’en 1990 !!! Ainsi, Jean-Claude Barny a décidé de mettre en avant une femme comme figure volontaire de l’entrée en Résistance face à l’autorité militaire, et faisant front à la fois à sa famille et aussi à ses sentiments amoureux. Hélas, l’histoire amoureuse extrêmement mal mise en scène, est superflue et alourdit inutilement le sujet. Zita Hanrot (la révélation magistrale du film Fatima de Philippe Faucon) porte haut et fort son personnage face à un Fred Testot mutique, incapable d’exprimer ses émotions : dès lors leur relation amoureuse arrive rapidement et de manière artificielle sans apporter de véritables enjeux au reste de l’intrigue. En outre, il est très regrettable de ne voir apparaître au casting et notamment dans les rôles principaux peu d’acteurs locaux à l’exception de Jocelyne Beroard, chanteuse connue pour faire partie du groupe Kassav’ : les acteurs locaux, même sans notoriété aurait mérité plus de visibilité à l’égard d’une chaîne de télévision diffusée sur tout le territoire français ! C’était là un enjeu politique et militant dont la production aurait pu s’emparer.

En revanche, il faut noter le remarquable souci par les costumes de représenter toute une époque historique dominée par le racisme extrêmement violent des autorités militaires en Martinique incarnée par l’amiral Robert dont les crimes ont été partiellement jugés en Métropole à la suite d’un procès hâtif et d’une amnistie totale alors que ses exactions en Martinique n’ont pas été jugés. Cette problématique est représentée dans le film et aurait mérité davantage d’investigations historiques pour qu’elle trouve sa pleine place dans le scénario et conséquemment dans le film. Avec beaucoup moins de moyens économiques, Peter Watkins avait su dans La Commune représenter les questionnements d’une période trouble et encore tabou pour la république française. On imagine que le format de la télévision française limite tout contenu éminemment politique et que l’histoire d’amour, auquel le réalisateur finalement ne croit aucunement, a été contrainte. Le téléfilm a du moins été vu par plus de 3 millions de téléspectateurs, sans commune mesure avec ce qu’aurait été la diffusion de ce film au cinéma comme ce fut malheureusement le cas pour les deux films de cinéma de Jean-Claude Barny qui mérite d’être vus et revus : Nèg marron et Le Gang des Antillais.

 

 

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Rose et le soldat
de Jean-Claude Barny
Avec : Zita Hanrot (Rose), Fred Testot (Jacques Meyer), Christophe Malavoy (Amiral Robert), Pascal Légitimus (Octave), Jocelyne Beroard (Clémence), Josef Mattes (Alfred Dietrich von dem Borne), Yann Gael (Augustin), Jean-Michel Martial (Hippolyte), Augustin Legrand (Blandin), Stanley Nourel (Siméon)
France – 2015.
Durée : 98 min
Diffusion télévisée sur France 2 : 20 avril 2016
Sortie France du DVD : 29 octobre 2018
Couleur
Langue : français.
Éditeur : BQHL Éditions
Bonus :
Entretien avec le réalisateur Jean-Claude Barny
Entretien avec la productrice Élisabeth Arnac 

 

 

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