L'animation ou l'art de libérer l'imaginaire au cinéma

Existe-t-il une spécificité française du cinéma d'animation ? D'entrée de jeu, dans leurs préfaces respectives, Michel Ocelot et Sébastien Laudenbach s'opposent à cette idée de « french touch ».

Parution du livre Cinéma d'animation : la french touch de Laurent Valière

Existe-t-il une spécificité française du cinéma d'animation ? D'entrée de jeu, dans leurs préfaces respectives, Michel Ocelot et Sébastien Laudenbach s'opposent à cette idée de « french touch », procédé marketing pour vendre un savoir faire artistique à l'étranger et rivaliser avec les deux géants de l'industrie de l'animation : le Japon et les États-Unis. Plus qu'un cinéma d'animation labellisé français, il existe une histoire de ces films témoignant d'une très large diversité les uns vis-à-vis des autres et qui commence bien avant même l'invention officielle du cinéma des frères Lumière. En effet, Émile Reynaud propose ses « pantomimes lumineuses » le 28 octobre 1892 : il s'agit de la première projection publique d'un dessin animé. Monsieur Cohl, un autre Émile, expérimente à son tour l'animation avec autant d'inventivité que d'humour. Patiemment et avec une profonde passion pour l'animation, Laurent Valière livre plus d'un siècle d'histoire de ce cinéma encore trop peu connu dans l'histoire officielle du cinéma d'auteur. Et pourtant, l'animation permet de libérer encore davantage la créativité d'un auteur qui n'est plus soumis au diktat du réalisme, le réalisateur (le disciple du réel) devenant étymologiquement enfin cinéaste. L'auteur au fil de ses chapitres thématiques suit la chronologie des événements où s'est tardivement mise en place une véritable industrie du cinéma en France. Il y a dans cette histoire des films clés, notamment Le Roi et l'oiseau de Paul Grimault, La Planète sauvage de René Laloux, Kirikou et la sorcière de Michel Ocelot pour ne citer que les plus emblématiques de la révolution qu'ils ont générée dans le milieu. Les chapitres sont entrecoupés d'entretiens dédiés à des techniciens du cinéma d'animation permettant de faire connaître la spécificité de celui-ci, qu'il s'agisse du travail de l'animateur, du décorateur, du character design, du producteur, du storyboarder, de l'animateur 3D, etc. L'objet du livre n'est rien moins que d'embrasser la diversité des films d'animation tout en comprenant de l'intérieur les défis auxquels les cinéastes ont dû faire face. Le modèle français s'appuie sur une pluralité de références, avec l'appui d'une volonté politique autant intéressée par les applications artistiques que publicitaires. Plusieurs écoles ont essaimé à travers le territoire, secondées par des sociétés de production et d'autres fervents laboratoires d'idées, comme le cas exemplaire de Folimage. Rares sont les cinéastes de l'animation à manquer à cette histoire tant l'ouvrage, ambitieux, réussit à tenir la promesse d'offrir à connaître, comprendre et à voir (une grande place est laissée à l'iconographie) ce que peut signifier l'animation sur un territoire, notamment français. Ce livre permet également de comprendre comment le cinéma se construit et évolue à travers des sources distinctes au fil des époques, offrant des ressorts d'expression artistique sans limites. Un magnifique ouvrage très complet sur le sujet qui a en plus la gageure d'annoncer les projets de films encore en phase d'élaboration.




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Cinéma d'animation : la french touch
de Laurent Valière

Nombre de pages : 256
Date de sortie (France) : 11 mai 2017
Éditeurs : ARTE Éditions & Éditions de La Martinière

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