Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
Abonné·e de Mediapart

2209 Billets

5 Éditions

Billet de blog 18 janv. 2022

FIFP de Carcassonne 2022 : "Arthur Rambo" de Laurent Cantet

Karim D. est un jeune auteur extrêmement apprécié et qui se trouve au sommet d’une grande vague de popularité jusqu’au moment où ses tweets de haine gratuite publiés quelques années plus tôt refont surface.

Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

4e édition du Festival international du film politique de Carcassonne 2022 : Arthur Rambo de Laurent Cantet

Laurent Cantet poursuit son exploration de la tentation pour l’extrémisme dans la jeunesse contemporaine qu’il avait  déjà bien développé et disséqué dans L’Atelier (2017) où un jeune homme au talent littéraire certain se lançait dans un chemin sinueux entre provocation gratuite et désappointement total. De l’errance de jeunes de la banlieue de Marseille de L’Atelier, Arthur Rambo est un prolongement direct puisque les productions littéraires d’hier resurgissent au cœur de la vie d’un jeune écrivain émergent à succès. Pour cela, Laurent Cantet s’inspire du livre autobiographique Autopsie (2018) de Mehdi Meklat où celui-ci revient sur l’affaire de ses tweets haineux.

"Arthur Rambo" de Laurent Cantet © Memento

Pour autant, Laurent Cantet et ses deux coscénaristes inventent un véritable récit de fiction dans un contexte extrêmement réel, plus que probable. Le temps est condensé puisque toute l’action se déroule en moins de 48 heures, de la consécration à la chute vertigineuse d’un jeune homme qui a osé s’approprier les codes de la société intégrée au-delà du périph’ parisien. Un mouvement géographique où il est amené à retrouver sa famille, ses proches du quartier dans une confrontation où il est constamment sollicité sous la forme d’un procès où il est appelé à se justifier. Dès lors, après un début éthéré où le succès sourit trop facilement à ce jeune homme tout de suite condamné dans sa chute vertigineuse par son entourage tel Icare se brûlant les ailes après avoir tenté d’atteindre l’Olympe de la consécration sociale.

Le sujet est assurément fascinant par sa tentative de proposer la radiographie d’une jeunesse et de ses rapports addictifs aux réseaux sociaux et ses excès, dans une continuité avec les excès provocateurs venus du rock et du punk du côté des générations antérieures. Cependant, malgré des interprétations de jeunes acteurs totalement convaincants, le scénario s’essouffle à un moment donné en répétant des séquences similaires dans leurs enjeux sans apporter d’éléments supplémentaires qui puissent faire avancer intérieurement le protagoniste auquel il ne reste d’autre option que de s’évanouir. La confrontation avec sa mère ou encore son petit frère sont cependant les plus pertinentes du film.

Laurent Cantet contrairement à ses films précédents, n’a pas souhaité se plonger plus profondément dans la psychologie de son personnage puisqu’il lui évite différentes confrontations distinctes. Certes, il ne voulait pas juger son protagoniste qui se référait en outre à un personnage réel, mais aurait pu proposer des pistes de lecture au pluriel pour laisser une réflexion ouverte. Il aurait été peut-être judicieux d’offrir à l’auteur Mehdi Meklat une place dans l’écriture du scénario pour apporter une légère approche introspective.

Arthur Rambo
de Laurent Cantet
Fiction
87 minutes. France, 2021.
Couleur
Langue originale : français

Avec : Rabah Nait Oufella (Karim D.), Antoine Reinartz (Nicolas), Sofian Khammes (Rachid), Bilel Chegrani (Farid), Sarah Henochsberg (Léa), Hélène Alexandridis (Louise de Blossière, éditrice), Chouaïb Arif (Driss), Malika Zerrouki (la mère), Anne Alvaro (l'écrivaine), Anaël Snoek (Clio)
Scénario et dialogues : Laurent Cantet, Fanny Burdino, Samuel Doux
Image : Pierre Milon
Son : Julien Sicart
Casting : Leïla Fournier
Montage image : Mathilde Muyard
Musique : Chloé
Montage son : Valérie Deloof et Agnès Ravez
Mixage : Jean-Pierre Laforce
Décors : Pascale Consigny
Costumes : Marie Le Garrec
Assistante réalisateur : Delphine Daull
Directeur de production : Diego Urgoiti-Moinot
Régisseur général : Stéphane Avenard
Photographe de plateau : Céline Nieszawer
Directrice de postproduction : Christina Crassaris
Productrice : Marie-Ange Luciani (Les Films de Pierre)
En coproduction avec : France 2 Cinéma, Memento Production
Distributeur (France) : Memento

Sortie salles (France) : 2 février 2022

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Pouvoir d'achat
« Et Macron, il pense aux familles nombreuses quand tout augmente ? »
En avril 2022, selon l’Insee, les prix des produits de grande consommation vendus dans la grande distribution ont augmenté de 1,3 %. Une hausse des prix que subissent de plein fouet les plus modestes. À Roubaix, ville populaire du nord de la France, la débrouille règne.
par Faïza Zerouala
Journal — France
Violences conjugales : Jérôme Peyrat finalement contraint de retirer sa candidature
L’ancien conseiller d’Emmanuel Macron, condamné pour violences conjugales, renonce à la campagne des législatives. La défense catastrophique du patron de LREM, Stanislas Guerini, a accéléré les choses. Et mis fin à la gêne qui montait au sein du parti présidentiel, où personne ne comprenait cette « décision venue d’en haut ».
par Ellen Salvi
Journal
Affaire Jérôme Peyrat : « Le problème, c’est qu’ils s’en foutent »
Condamné pour violences conjugales en 2020, Jérôme Peyrat a fini par retirer sa candidature aux élections législatives pour la majorité présidentielle à deux jours de la date limite. Il était pourtant toujours soutenu par les responsables de La République en marche, qui minimisent les faits.
par À l’air libre
Journal
Élisabeth Borne et l’écologie : un certain savoir-rien-faire
La première ministre tout juste nommée a exercé depuis huit ans de nombreuses responsabilités en lien direct avec l’écologie. Mais son bilan est bien maigre : elle a soit exécuté les volontés de l’Élysée, soit directement contribué à des arbitrages problématiques.
par Mickaël Correia et Jade Lindgaard

La sélection du Club

Billet de blog
images écrans / images fenêtres
Je ne sais pas par où prendre mon film.
par Naruna Kaplan de Macedo
Billet de blog
Une fille toute nue
[Rediffusion] Une fois de plus la « culture » serait en danger. Combien de fois dans ma vie j’aurais entendu cette litanie… Et ma foi, entre ceux qui la voient essentielle et ceux qui ne pas, il y a au moins une évidence : ils semblent parler de la même chose… des salles fermées. Les salles où la culture se ferait bien voir...
par Phuse
Billet de blog
Quand le Festival de Cannes essaie de taper fort
La Russie vient de larguer 12 missiles sur ma ville natale de Krementchouk, dans la région de Poltava en Ukraine. Chez moi, à Paris, je me prépare à aller à mon 10e Festival de Cannes. Je me pose beaucoup de questions en ce mois de mai. Je me dis que le plus grand festival du monde tape fort mais complètement à côté.
par La nouvelle voix
Billet de blog
Le générique ne prédit pas la fin
Que se passe-t-il lorsque le film prend fin, que les lumières de la salle de cinéma se rallument et qu’après la séance, les spectatrices et spectateurs rentrent chez eux ? Le film est-il vraiment terminé ? Le cinéma vous appartient. Le générique ne prédit pas la fin. Il annonce le début d’une discussion citoyenne nécessaire. Prenez la parole, puisqu’elle est à vous.
par MELANIE SIMON-FRANZA