"La Femme et le pantin" un film de Jacques de Baroncelli

Lorsque Don Matéo, riche homme aux conquêtes féminines multiples, rencontre à Séville la danseuse Conchita, qui se refuse à lui, un jeu d’une profonde perversité commence entre eux sous le signe de la dépendance affective.

"La Femme et le pantin" de Jacques de Baroncelli © Pathé "La Femme et le pantin" de Jacques de Baroncelli © Pathé
Sortie du combo Blu-ray / DVD : La Femme et le pantin de Jacques de Baroncelli

Publié pour la première fois en 1898, La Femme et le pantin de Pierre Louÿs a connu plusieurs adaptations au cinéma, notamment par des cinéastes qui ont offert au récit différentes directions dans un espace de libertés d’expérimentation à l’œuvre aussi bien chez Jacques de Baroncelli que chez Luis Buñuel un demi-siècle plus tard. Au moment où le cinéma s’apprête à abandonner l’expression du muet, Jacques de Baroncelli réalise avec La Femme et le pantin une véritable quintessence des expérimentations visuelles au service d’un récit littéraire. Si ce n’est pas le premier à associer ces deux penchants du cinéma (l’adaptation classique d’un scénario d’un côté, la liberté du poème du cinéma expérimental de l’autre) séparés la plupart du temps avec le parlant, puisqu’Abel Gance et Jean Epstein dans leur vague poético-romantique ont fait de la caméra un outil sensitif, Jacques de Baroncelli poursuit cette confiance dans les prises de vue d’une caméra tout comme en un travail de montage inventif usant des surimpressions pour dévoiler toute la force dramatique de son récit. Ainsi, c’est avec un véritable délice que l’on découvre les fascinants choix d’angles de prises de vue pour filmer la confrontation entre une femme et son pantin, tout comme dans des séquences de danse et de musique dont on sent l’énergie par l’image. La caméra peut ainsi se retrouver à l’intérieur d’une guitare juste derrière ses cordes pour se retrouver au cœur de la naissance de l’émotion musicale !

Quant à l’érotisme des corps, notamment féminin, car le corps masculin du protagoniste n’est jamais érotisé, il témoigne d’un avantage fulgurant à l’égard de l’industrie du cinéma hollywoodien d’un puritanisme qui va encore s’aggraver quelques années à peine plus tard avec l’application du Code Hays. Le cinéma muet se révèle aussi un bon outil pour les fantasmes du voyeurisme du spectateur qui épouse le regard concupiscent du personnage masculin condamné à une impuissance de tous les instants. En effet, la contrainte de l’économie de paroles aboutit à construite des images suffisamment explicites dans l’expression des désirs et émotions des personnages par des enjeux savamment dosés de lumières sur des parties du corps comme sur les visages.

La toujours magnifique entreprise de restauration des films chez Pathé s’accompagne encore ici d’un contenu éditorial de bonus apportant des éléments d’information de premier ordre sur le film pour saisir la singularité de cette œuvre autant que celle de son réalisateur. Un film qui est déclaration d’amour au cinéma muet arrivé à pleine maturité à la fin des années 1920 en France !

 

 

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La Femme et le pantin
de Jacques de Baroncelli
Avec : Conchita Montenegro (Concha Perez), Raymond Destac (Don Mateo Diaz), Henri Lévêque (André Stévenol, l'ami de Don Mateo), Jean Dalbe (Morenito, l'amoureux de Concha), Andrée Canti (la mère de Concha), Raoul Lagneau (le chef de gare
France, 1929.
Durée : 115 min
Sortie en salles (France) : 31 mai 1929
Sortie France du combo Blu-ray / DVD : 16 juin 2021
Format : 1,33 – Noir & Blanc
Langue des cartons : français - Sous-titres : anglais.
Éditeur : Pathé

Bonus :
« Géométrie des corps » : entretiens avec Philippe Roger et Bernard Bastide (2021, 31’45”)
« La musique de La Femme et le Pantin » : entretiens avec Jean-Louis Sajot, Günter Buchwald et Léon Rousseau (2021, 19’21”)
Actualité Pathé d’époque : La Semaine Sainte à Séville - 1924 (4’49”)

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