La Quinzaine des Réalisateurs : un enfant de mai 1968 devenu cinquantenaire

Cette année, La Quinzaine des Réalisateurs fête sa cinquantième édition : une belle opportunité pour revenir sur l’histoire de ses origines avec ce livre écrit par Bruno Icher, journaliste et membre du comité de sélection de ladite Quinzaine.

Parution du livre La Quinzaine des Réalisateurs, les jeunes années 1967-1975 de Bruno Icher

À cinquante ans d’existence, Bruno Icher, journaliste (Libération, Télérama) fraîchement intégré au comité de sélection de la Quinzaine, a donc reçu la responsabilité de découvrir les origines d’une sélection pas comme les autres au sein des festivités cinématographiques à Cannes. Tout commence avec la « bande à Langlois » ou comment toute une nouvelle génération de cinéphiles a entouré le gardien illustre de la cinémathèque et l’a défendu avec vivacité au moment où le pouvoir gaulliste voulait s’en débarrasser. La Quinzaine est donc née des revendications de mai 1968 alors que la programmation officielle n’était plus du tout connectée avec son époque : malgré ses excellents choix de programmation, comme à l’heure actuelle, le festival officiel met en scène une idéologie élitiste de l’art inaccessible produit par des personnes hors du commun des mortels, tristement habillées en un noir et blanc de smoking pour marquer encore plus la distinction sociale. C’est donc tout un monde à dépoussiérer dans lequel s’installe la fraîcheur de proposition de la Quinzaine. De nombreuses pages sont ainsi consacrées au contexte social de l’époque et à l’émergence de l’homme qui a pris à bras le corps les premières éditions de la Quinzaine des Réalisateurs : son cofondateur et délégué général Pierre-Henri Deleau. Si 1968 et 1969 sont décrites patiemment et longuement, il n’en est pas de même des années suivantes prises dans leur globalité au fil des anecdotes recueillies issues de divers témoins de l’époque. Ces anecdotes renforcent le ton volontairement léger du livre qui ne prend jamais le parti pris de la précision historique. Le livre est avant tout une compilation de divers témoignages mettant en valeur la débrouille, le système D et la profonde ouverture à la diversité des expressions cinématographiques à travers le monde. Ainsi, la Quinzaine accompagnera la découverte des films cubains, brésiliens ainsi que de tout le continent africain et des « pays non alignés » aux grandes puissances économiques, encore trop mésestimés jusque-là au festival de Cannes. Il en ressort une lecture d’une grande fraîcheur, qui se lit aussi vite que fond une douceur sucrée sur la langue. Cet esprit résolument décomplexé à la limite de l’autodérision, est servi par les dessins humuristiques du dessinateur-photographe-cinéaste Benoît Grimalt. Il en résulte une brève histoire de la Quinzaine qui respire bien l’état d’esprit d’origine où il ne s’agit jamais de se prendre trop au sérieux afin de rester humain, simplement humain comme devraient l’être les films mis à l’honneur. On reste malgré tout un peu sur sa faim si l’on pensait à l’occasion des cinquante ans de la Quinzaine en savoir un peu plus sur l’ensemble de ces différentes années d’existence pour comprendre le présent de cette sélection cannoise et sa place toute particulière en dialogue avec l’Officielle.

 

 

 

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La Quinzaine des Réalisateurs, les jeunes années 1967-1975
de Bruno Icher

Nombre de pages : 182
Date de sortie (France) : 15 mars 2018
Éditeur : Riveneuve

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