Famille et immobilier : chute en plein vol

Peu de temps avant d'entrer en retraite, le commissaire Beffrois enquête sur des vols de tableaux de grande valeur et rencontre la surprenante restauratrice Justine et son mystérieux amoureux Bertrand.

"Un beau voyou" de Lucas Bernard © Pyramide "Un beau voyou" de Lucas Bernard © Pyramide

Sortie DVD : Un beau voyou de Lucas Bernard

Cette comédie policière est portée par trois formidables acteurs : Charles Berling, Swann Arlaud et Jennifer Decker qui font toute la saveur du film ! L'histoire se déroule autour de l'opposition entre un flic qui va partir à la retraite et un cambrioleur amateur d'art à la vie modeste. Le premier fait le constat du vide de sa vie avec la mère de ses enfants qui n'est plus là et ses enfants devenus adultes qui n'ont plus beaucoup de valeurs à partager avec leur père. Le second dispose d'un charme subtil et cultive le mystère de sa personnalité. Tous deux souffrent d'un manque d'enracinement dans leurs familles respectives, tout comme le troisième personnage joué avec une spontanéité réjouissante par Jennifer Decker, dans le rôle d'une restauratrice qui cohabite et travaille avec un père intrusif et misanthrope. L'enquête policière est rapidement évacuée car ce qui intéresse le réalisateur et scénariste Lucas Bernard pour son premier long métrage, ce sont ses personnages et leurs rapports déstructurés avec leur famille. Il en résulte des portraits assez sombres de solitudes profondes dont le seul espoir est porté par le couple formé en bout de course par Justine et Bertrand qui se situe en dehors des loirs et des conventions sociales. Car la société décrite, alors que le récit se fait sous l'étincelante lumière d'un Paris estival, est bien sombre, entre des policiers inutiles, un juge corrompu, des jeunes locataires acceptant facilement d'offrir des « dessous de table » en billets pour avoir un appartement... La société contemporaine est bien triste comme l'illustrent les parents respectifs des personnages principaux. Sous son apparent aspect de comédie policière, le constat porté sur la société parisienne contemporaine est bien amer, révélant les basses manœuvres réalisées autour de l'obtention d'un habitat : le policier qui chasse les dernières traces de ses fils et se retrouve seul à regarder les trains passer, la famille du « beau voyou » qui veut mettre en location la maison de famille pour se faire davantage d'entrées monétaires faute de projets de vie arrivés à l'âge de la retraite et la restauratrice contrainte à cohabiter et travailler avec un père extrêmement toxique. Sans parler des appartements luxueux où des vols ont été commis et où le policier se perd comme dans un labyrinthe alors que la population en Île-de-France doit faire face à une véritable crise de logement. Il faut donc accepter de quitter le registre du film policier pour vraiment apprécier ce film inattendu. Le dénouement du film a beau tomber à plat, l'histoire n'en est pas moins captivante grâce au regard porté par Lucas Bernard sur la société contemporaine. Il existe néanmoins un déséquilibre dans la fausse amorce de l'intrigue policière qui n'est pas bien digéré par le reste du film et la personnalité atypique du voyou éponyme interprété par un Swann Arlaud qui sait toujours dosé avec subtilité son charisme, aurait mérité un développement pour ne pas rester sur sa faim en tant que spectateur.

 

 

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Un beau voyou
de Lucas Bernard
Avec : Charles Berling (le commissaire Beffrois), Swann Arlaud (Bertrand), Jennifer Decker (Justine), Jean-Quentin Châtelain (Charles), Erick Deshors (Berlaud), Anne Loiret (Mme Maupas), Pierre Aussedat (Étienne), Marina Moncade (Nicole), Christian Benedetti (Georges), Alassane Diong (le petit cambrioleur)
France, 2018.
Durée : 104 min
Sortie en salles (France) : 2 janvier 2019
Sortie France du DVD : 7 mai 2019
Format : 1,85 – Couleur
Langue : français.
Éditeur : Pyramide Vidéo
Bonus :
2 courts métrages de Lucas Bernard :
La Part disponible (2013, 7’)
La Place du mort (2014, 22’)

Séquence réalisée dans le cadre de la Fabrique Émergence (2015, 8’)
Essais comédiens et essais costumes (10’)
2 scènes coupées (6’)

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