Le saut de l’ange marseillais : le pouls d’une jeunesse

À Marseille sur la Corniche Kennedy, Marco, Mehdi, Franck, Mélissa, Hamza, Mamaa et Julie défient les lois de la gravité afin d’affronter la vie avec plus de légèreté. Fascinée, la jeune Suzanne les observe du haut de sa villa et rêve de les rejoindre.

"Corniche Kennedy" de Dominique Cabrera © Jour2Fête "Corniche Kennedy" de Dominique Cabrera © Jour2Fête

À propos de l'édition DVD : Corniche Kennedy de Dominique Cabrera

La topographie est matière à fiction dans laquelle s’inscrit des réalités sociales où l’incarnation de l’adolescence vient questionner des choix urbanistiques et immobiliers qui les dépassent. Voici quelques-unes des problématiques abordées par la fascinante réalisatrice et auteure de Chronique d’une banlieue ordinaire (1992) entre autres moments d’une filmographie atypique où la fiction a autant d’importance que le documentaire, à travers l’implication et l’indépendance dans les moyens mis en œuvre pour révéler des histoires de vie méconnues, souvent volontairement laissées en marge du panorama de la société française, dans toute sa grandiloquente démonstration au sein d’un journal de 20h00. Tout commence par une fascination pour la ville de Marseille qui dépasse la vision monopolistique d’un certain Guédiguian : Dominique Cabrera ose présenter un microportrait de Marseille inédit. En tant que non Marseillaise, elle se garde bien de parler à la place des Marseillais eux-mêmes et sa démarche de faire jouer des non-professionnels n’est pas là pour offrir une véracité des premiers instants. C’est là que l’approche documentaire de Dominique Cabrera vient inonder et renforcer l’adaptation qu’elle fait du roman éponyme de Maylis de Kerangal (2008). Là encore, les ingrédients de la recette de la mise en scène de la cinéaste sont perspicaces. La fascination pour Marseille, ville méditerranéenne, ouvert sur le monde, mais aussi une ville gangrenée par une organisation mafieuse qui témoigne de cet odieux constat d’être plus efficace en intégration professionnelle que les décisions politiques qui ne dépassent pas le simple statut d’effet d’annonce de candidats politiques… cette fascination pour Marseille chez Dominique Cabrera passe par sa rencontre incontournable avec ce véritable groupe de jeunes qui réalisent des sauts de plusieurs mètres pour se sentir vivant et se réappropriant des lieux dont les aménagements urbanistiques les ont exclus. Prendre des risques, défier les lois de la municipalité comme de la vie en mettant celle-ci en danger devient un enjeu pour ces jeunes de se sentir vivre. Cette question traverse tout le film et tous les personnages, qu’il s’agisse du groupe de jeunes minots interprétés par des acteurs non professionnels, comme de la jeune bourgeoise et de la policière venant de Paris : chacun cherche sa place dans la géographie marseillaise où se jouent de profondes luttes de territoires entre classes sociales dont tire allègrement profit la pieuvre (symbole récurrent du film) mafieuse. L’univers de la jeunesse marseillaise est magnifiquement mise en scène avec les figures de Marco et Mehdi qui produisent de véritables personnages attractifs de cinéma. En revanche, la partie policière du film est déséquilibrée malgré l’ambiguïté du personnage interprété par Aïssa Maïga. Un film déséquilibré de ce côté mais globalement d’une infinie justesse. Quant à l’édition DVD, les bonus présentent des portraits de chacun des protagonistes, acteurs non professionnels engagés dans leur vie à travers leur quotidien, leurs attentes, leur projection dans l’avenir. Il s’agit là d’un véritable engagement éditorial qui montre tout l’intérêt de ce film dédié à la jeunesse marseillaise. Le livret qui accompagne le DVD est riche d’une grande palette d’entretiens, de la réalisatrice à l’auteur du livre adapté en passant par divers techniciens : rarement n’a ainsi été mis en valeur le travail collectif, attention toujours appréciable pour envisager la globalité d’un film. 

 

 

corniche-kennedy
Corniche Kennedy
de Dominique Cabrera
Avec : Lola Créton (Suzanne), Aïssa Maïga (Awa), Moussa Maaskri (Gianni), Kamel Kadri (Marco), Alain Demaria (Mehdi)
France – 2016.
Durée : 90 min
Sortie en salles (France) : 18 janvier 2017
Sortie France du DVD : 6 juin 2017
Format : 1,85 – Couleur
Langue : français - Sous-titres : anglais, français.
Éditeur : Jour2Fête
Bonus :
Interview des acteurs, par Ciné+ (14’)
« De l’écrit à l’écran » : Casting et préparation du tournage (10’)
« On ira loin », un film documentaire de Malou Lévêque (44’) : du haut de leurs vingt ans, les acteurs du film nous confient leurs rêves et murmurent : « être en vie, c’est plonger à sa manière »

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