La maison de l’horreur

Dans un inframonde indiscernable, Jack raconte quelques « incidents » qui ont fait de lui un serial killer obsédé par une maison à construire et de faire œuvre à travers la mort.

"The House That Jack Built" de Lars von Trier © Potemkine Films "The House That Jack Built" de Lars von Trier © Potemkine Films
Au sujet de l'édition Blu-ray : The House That Jack Built de Lars von Trier

L’enfant torturé du cinéma, persona non grata d’un festival qui s’est lui-même absenté de sa mise en scène en 2020 en période de crise mondiale, poursuit son parcours de génie maudit capable de faire une œuvre époustouflante de cinéma à partir d’éléments épars, d’une histoire à peine construite de serial killer pour interroger la figure du mal. Si The House That Jack Built est un film d’horreur avec des scènes qui révulsent pour le sens social qu’elles portent comme l’assassinat gratuit d’enfants et la misogynie tournant à l’épouvante du « héros » de l’histoire, la loufoquerie burlesque d’un humour noir extrêmement sombre et assurément nihiliste porte l’ensemble de la mise en scène. Le film est le frère jumeau de Nymphomaniac par ses partis pris esthétiques, la forme de récit en flashback venant interroger la nature du mal. Les deux sont ainsi portés par deux faces genrés de l’humanité dans une chronique initiatique torturée volontairement dérangeante. Si l’humour pourrait laisser entendre les enjeux ludiques du réalisateur, la réflexion est ici toujours profondément saisissante sur la nature humaine prise à travers la philosophie nietzschéenne de sa destinée. Jack n’est, par son prénom même ultra générique, qu’une représentation métaphorique de la nature du mal que chaque époque peut porter et couver en elle avec notamment, en voix off, la possibilité de philosopher sur la nature du mal à travers l’histoire et son rapport à l’art, en artiste raté qui n’est pas sans évoquer Hitler évoqué dans le film, le serial killer supranational.

Lars von Trier fait aussi bien la synthèse digestive de l’histoire des genres au cinéma autour du mélodrame dans lequel il excelle et du film d’horreur et de serial killer dont il fait siens les codes de narration avec une perspicacité critique saisissante. Il embrasse aussi dans une volonté quasi testamentaire du moins rétrospective de sa propre filmographie son cinéma torturé dès lors interrogé avec un nouvel éclairage. Et il dépasse aussi ces deux ressources d’inspiration pour venir assumer toutes ses références plastiques et littéraires notamment autour des représentations de l’enfer de Dante à Blake en passant par les peintres qui n’ont pas été effrayés de représenter l’irreprésentable des démons de l’âme humaine comme Bosch. Sous son faux aspect innocent de films de genre, Lars von Trier poursuit sa réflexion métaphysique torturée sur le devenir de l’humanité, rien que cela, de manière non sentencieuse mais avec la liberté décomplexée de l’artiste qui assume ses erreurs dans un long chemin de croix porteur de fulgurance créatrice.
En bonus de cette édition réalisée par Potemkine, près d’une heure et demie d’entretiens comprenant Lars von Trier mais surtout Pacôme Thiellement qui se révèle être l’un des plus brillants analystes du cinéaste.

 

 

the-house-that-jack-built-blu-ray
The House That Jack Built
de Lars von Trier
Avec : Matt Dillon (Jack), Bruno Ganz (Verge), Uma Thurman (la première victime), Siobhan Fallon Hogan (Claire Miller), Sofie Gråbøl (la troisième victime), Riley Keough (« Simple », Jacqueline), Jeremy Davies (Al), Jack McKenzie (Sonny), Ed Speleers (Ed), David Bailie (S.P. ), Cohen Day (George), Rocco Day (Grumpy), Osy Ikhile (le militaire), Marijana Jankovic (l'étudiante), Christian Arnold, Yu Ji-tae, Johannes Kuhnke, Jerker Fahlström


Danemark, France, Allemagne, Suède – 2018.
Durée : 146 min
Sortie en salles (France) : 17 octobre 2018
Sortie France du Blu-ray : 5 mars 2019
Format : 2,39 – Couleur
Langue : anglais - Sous-titres : français.
Éditeur : Potemkine Films


Bonus :
Interview de Lars von Trier (34’)
Entretien avec Pacôme Thiellement (32’)
Entretien avec Stéphane du Mesnildot (22’)

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.