Entretien avec Jérémie Imbert, délégué artistique du Festival CineComedies de Lille

Du 27 au 30 septembre 2018, un nouveau festival de cinéma dédié à la comédie s'installe à Lille : le CineComedies. Jérémie Imbert, délégué artistique du festival, spécialiste émérite de la comédie à travers ses livres, publications et réalisations, livre ici son point de vue.

Jérémie Imbert © Bruno Tocaben Jérémie Imbert © Bruno Tocaben
Cédric Lépine : Pouvez-vous présenter votre goût du cinéma avant d'arriver à la direction artistique du festival ?
Jérémie Imbert :
Je n’ai aucune frontière dans mes goûts cinématographiques. J’ai autant été bercé par Tex Avery, Belmondo, Bourvil, Louis de Funès et Pierre Richard, Jacques Tati et les grands burlesques américains, que par Spielberg, Hitchcock, Fritz Lang, Cassavetes, Wilder et Bergman, sur qui j’ai écrit mon mémoire de maîtrise.


C. L. : Quels sont les enjeux de la création de ce festival ?
J. I. : Rendre hommage à un genre sous-estimé et valoriser des œuvres majeures qui font la fierté de notre patrimoine cinématographique.
Comme le dit Pierre Richard, notre invité d’honneur : « le rire et le burlesque sont les meilleures armes contre les travers de la société »


C. L. : Quels seront les temps forts de cette première édition ?
J. I. : En plus de l’hommage à Pierre Richard, un des grands maîtres du cinéma burlesque, qui traverse le cinéma français depuis plusieurs décennies avec humour et élégance, nous mettons également à l’honneur les grands auteurs, scénaristes et dialoguistes, ces femmes et hommes de l’ombre ayant largement contribué à l’excellence et au rayonnement de la comédie à la française. Seront notamment présents des légendes de la comédie (Danièle Thompson, Pascal Thomas, Jean-Marie Poiré, Didier Kaminka), mais aussi la nouvelle génération (Jean-François Halin, Hector Cabello Reyes, Eloïse Lang, Fadette Drouard).


C. L. : Considérez-vous que les festivals généralistes n'offrent que peu d'ouvertures à la comédie ? 
J. I. : La place de la comédie dans les festivals généralistes est mince, voire inexistante. En 2013, Thierry Frémaux déclarait même à propos du Festival de Cannes : « La comédie reste le seul genre cinématographique que nous avons du mal à légitimer. Si dans les intentions, nous souhaitons programmer des comédies à Cannes, dans les faits, nous n'y parvenons pas souvent. »



C. L. : Qu'est-ce que cette rétrospective du cinéma comique français démontre selon vous des caractéristiques (ou non) de celui-ci
J. I. : Les qualités et la spécificité de la comédie à la française tiennent essentiellement à l’originalité des situations, et plus encore aux dialogues. C’est avec les fabuleux acteurs qui ont servi les textes de nos grands auteurs (de Sacha Guitry à Francis Veber en passant par Jacques Prévert, Marcel Pagnol, Henri Jeanson, Michel Audiard, Daniel Boulanger, Jean-Loup Dabadie, Danièle Thompson, Pascal Thomas, Jean-Marie Poiré, Bertrand Blier, Bacri-Jaoui, Toledano-Nakache…) que s’est distinguée une comédie française qui n’a rien à envier à celle des autres.


C. L. : Qu'est-ce qui est essentiel à défendre derrière la notion de comédie dans le cinéma alors que les productions françaises qui attirent le plus de spectateurs depuis de nombreuses années sont avant tout des comédies ?
J. I. :
Certains gros succès sont un peu l’arbre qui cache la forêt car beaucoup de comédies de qualité ne rencontrent malheureusement pas leur public, à l’image de Paris pieds nus, un petit bijou burlesque qui sera projeté lors du festival en présence de leurs auteurs-réalisateurs-interprètes Abel & Gordon. Notre mission est de transmettre aux jeunes générations les classiques de la comédie sur grand écran, mais aussi de dénicher les perles rares de la comédie actuelle.


 Pour en savoir plus sur le festival, rendez-vous sur le site.

 

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