"La Voix d’Aïda" un film de Jasmila Žbanić

En juillet 1995 à Srebrenica, des civils tentent de se réfugier sous la protection des Casques bleus de l’ONU pour échapper aux soldats serbes du général Mladic. Aïda, traductrice auprès de l’ONU, tente de sauver son époux et ses enfants face au drame imminent.

"La Voix d’Aïda" (Quo vadis, Aida?) de Jasmila Žbanić © Condor Distribution "La Voix d’Aïda" (Quo vadis, Aida?) de Jasmila Žbanić © Condor Distribution
Sortie nationale (France) du 22 septembre 2021 : La Voix d’Aïda de Jasmila Žbanić

Comment évoquer la douleur absolue que constitue un génocide qui s’est déroulé au cœur de l’Europe il y a vingt-six ans ? Une génération plus tard, que reste-t-il de la mémoire des massacres de Srebrenica ? C’est autour de ce constat que la réalisatrice Jasmila Žbanić, confirmée par la réussite de sa mise en scène et des sujets qu’elle a interrogé avec force dans ses précédents longs métrages, s’est plongée dans cette évocation historique. Pour concentrer son intrigue elle choisit de suivre son héroïne Aïda. Celle-ci se démène pour sauver ses proches et faire face à la paralysie du commandement armée des Casques Bleus qui doivent protéger les civils mais se retrouvent à la merci d’une armée d’assassins qui mènent une épuration ethnique planifiée.

Tout se déroule sous la forme d’une tragédie dans la tradition grecque d’une fatalité inscrite dans une Histoire dont l’issue est inéluctable. Car les événements ont eu lieu et le spectateur en connaît théoriquement l’issue. Il ne reste dès lors à l’héroïne éponyme qu’à se démener tout le long du film pour déjouer les ressorts de la fatalité et rappeler la responsabilité aux différents acteurs de cette tragédie qu’un pouvoir leur était donné pour agir.

Le film ne se contente pas d’offrir un hommage et une mémoire nécessaires à la plus grande tragédie qui a terminé un XXe siècle extrêmement sanglant, il interroge encore l’organisation internationale pour le maintien de la paix et la protection des civil-e-s. Dans la succession des événements qui conduisent à la tragédie, alors que l’OTAN s’est désengagé de ses responsabilités et que les grandes puissances se sont montrées inopérantes, le combat est alors mené par une seule femme au profit de sa famille. Alors que la violence armée est représentée par des hommes, Aïda incarne toutes ces femmes qui, dans un contexte de violence armée, œuvrent pour une autre gestion du conflit et sauvegarder l’intégrité familiale.

L’interprétation est assurée avec force et conviction par chacun des acteurs dont certains, en grande majorité parmi les figurants, revivent une histoire vécue durant le conflit meurtrier. La tension du thriller historique est réalisée grâce à un montage d’une grande efficacité dans le but d’appréhender progressivement les différentes étapes du drame.

Ce film qui sort au cinéma en France en septembre 2021 rappelle l’horreur actuelle que constitue l’occupation armée du régime des Talibans en Afghanistan en même temps qu’il vient réaffirmer la prise de conscience nécessaire de l’histoire européenne récente. Un film qui marque avec force les consciences.

 

 

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La Voix d’Aïda
Quo vadis, Aida?
de Jasmila Žbanić
Fiction
104 minutes. Bosnie, Allemagne, France, 2020.
Couleur
Langue originale : anglais

Avec : Jasna Duričić (Aïda), Izudin Bajrović (Nihad), Boris Isaković (le général Ratko Mladic), Johan Heldenbergh (le colonel Karremans), Raymond Thiry (le major Franken), Boris Ler (Hamdija), Dino Barjović (Sejo), Emir Hadžihafizbegović (Joka), Edita Malovčić (Vesna)
Scénario : Jasmila Žbanić
Images : Christine Maier
Montage : Jarosław Kamiński
Musique : Paul M. van Brugge
Décors : Hannes Salat
Direction artistique : Sabine Engelberg
Production : Deblokada Produkcija
Coproduction : Coop99 Filmproduktion, Digital Cube, N279 Entertainment, Razor Film Produktion GmbH, Extreme Emotions, Indie Prod, Tordenfilm AS
Producteurs : Damir Ibrahimovich, Jasmila Žbanić
Distributeur (France) : Condor Distribution
Relations presse : Robert Schlockoff & Célia Mahistre

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